Aux amours adolescentes, les adultes reconnaissants

Songe à la douceur de Clémentine Beauvais - adaptation de Justine Heynemann - Rachel Arditi © Cindy Doutres

Au Paris-Villette, Justine Heynemann et Rachel Arditi adaptent Songe à la douceur, roman de Clémentine Beauvais et signent une comédie musicale et romantique tendre, drôle et joliment décalée. Un bonbon acidulé pour finir l’année en beauté. 

Soir de demi-finale de coupe du monde, le théâtre installé en lieu et place de l’ancien Pavillon de la Bourse aux cuirs du Parc de la Villette fait salle comble. Loin des tumultes de la ville, des bars voisins, spectateurs de tout âge ont pris place. Malgré le froid qui règne dans la salle, le show peut commencer. Reprenant la trame d’Eugène Onéguine, roman en vers de Pouchkine, l’écrivaine Clémentine Beauvais ancre la tragédie amoureuse de ce dandy du XIXe siècle dans le monde d’aujourd’hui et démontre avec malice que romances et passions ne prennent pas de rides, se foutant de l’air du temps. 

Réminiscence de l’adolescence

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. C’est en tout cas, le mantra qui sert au jeune Eugène (Benjamin Siksou) de précepte de vie. Star du lycée et bourreau des cœurs, il butine à droite, à gauche, refuse les avances de la trop sage Tatiana (Elisa Erka en alternance avec Charlotte Avias), une intello de quinze ans, au motif qu’il ne la rendrait pas heureux. Sans vergogne, insouciant du drame à venir, il séduit Olga (Manika Auxire en alternance avec Lucie Brunet), sa grande sœur et copine de Lenski (Valérian Béhar-Bonnet), son meilleur et trop romantique ami. Dix ans plus tard, la tragédie oblitérée, le jeune homme, moins tête folle, retrouve, dans un couloir de métro parisien, celle qui l’avait éconduit. C’est le coup de foudre, mais les passions adolescentes peuvent-elles reprendre sous la cendre ? Sous le regard amusé de la narratrice, épatante et pétulante Rachel Arditi, les amours se font et se défont, le passé percute le présent, la vie suis son cours, pleine de surprises, de rebondissements, de gourmandises et de guimauve.

Un conte moderne en technicolor
Songe à la douceur de Clémentine Beauvais - adaptation de Justine Heynemann - Rachel Arditi © Cindy Doutres

Bluette d’hier, béguin d’aujourd’hui, l’autrice Clémentine Beauvais brouille les pistes, s’amuse à écrire en vers libres et donne un coup de poésie au roman jeunesse. S’appuyant sur sa collaboration éclairée et complice, Justine Heynemann et Rachel Arditi portent au plateau cette fantaisie littéraire autant que ludique. Rythmée par les musiques conjuguant pop-rock et éléctro de Manuel Peskine, la mise en scène emprunte, avec ingéniosité, le peps acidulé, un brun mélancolique, des classiques de Demy, ainsi que la patine bigarrée, cadencée de La La Land de Damien Chazelle. Lycéens en goguette ou adultes en quête de douceur, tous se laissent attraper par cette ritournelle au charme désuet à l’énergie très actuelle. 

Porté par un casting cinq étoiles empruntant à la Nouvelle star de belles révélations, Songe à la douceur est un petit bijou délicat et pétillant, qui donne du baume au cœur en ces temps gelés. Un spectacle fait mains qui pourrait bien vous faire croire à l’approche de noël au miracle des amours romanesques !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore 

Songe à la douceur d’après le roman de Clémentine Beauvais
(éditions Sarbacane)
Théâtre Paris-Villette
211 Avenue Jean Jaurès
75019 Paris
jusqu’au 30 décembre 2022
Durée 1h25

mise en scène de Justine Heynemann assistée de Stéphanie Froeliger 
musique de Manuel Peskine
livret de Rachel Arditi, Clémentine Beauvais, Justine Heynemann
avec Manika Auxire ou Lucie Brunet, Rachel Arditi, Elisa Erka ou Charlotte Avias, Valérian Béhar-Bonnet, Manuel Peskine, Benjamin Siksou
scénographie de Marie Hervé
 costumes de Madeleine Lhopitallier
lumières d’Aleth Depeyre
chorégraphie Alexandra Trovato et Patricia Delon

crédit photos © Cindy Doutres

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