Les Filles de Simone dépoussièrent la scène de ménage

Derrière le hublot se cache parfois du linge © Christophe Raynaud de Lage

Avec Derrière le hublot se cache parfois du linge, le collectif Les Filles de Simone, composé de Claire Fretel, Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivères et associé pour ce projet au comédien André Antébi, parcourt, avec esprit et drôlerie, cette contrée accidentée qu’est la vie en couple. Ce spectacle créé à L’Azimut – Antony passera par la Ferme du Buisson avant de se poser en janvier au Montfort Théâtre. À ne pas manquer.

Après s’être penché sur la maternité avec C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde, sur l’apparence physique avec Les secrets d’un gainage efficace, Les filles de Simone poursuive leur exploration artistique sur la place de la femme dans cette société où règne encore trop le patriarcat. Avec Derrière le hublot se cache parfois du linge, le collectif s’est penché sur le couple. Comment deux êtres issus de deux planètes parallèles, celles des genres, de deux mondes différents, celles de leur passé familial, peuvent-ils arriver à cohabiter ? On le sait, la scène de ménage commence souvent par une histoire de nettoyage, de rangement, de linge à laver, de chaussettes à trier, de tasse à ne pas laisser traîner… Fait de diverses tâches à accomplir et quelques tracas, le quotidien met souvent à mal l’équilibre de cette relation née d’un amour ardent.

Le couple dans tous ses états
Derrière le hublot se cache parfois du linge © Christophe Raynaud de Lage

On pourrait craindre un énième manifeste féministe ! Cela en est un, bien sûr, puisqu’il reproduit une réalité. Mais c’est bien plus subtil que cela. D’abord parce que Les Filles de Simone n’ont pas leurs pareilles pour aborder les choses de la vie. L’humour, meilleure arme de guerre, est omniprésent. Elles n’hésitent pas à se moquer d’elles-mêmes et de leurs semblables. Puisqu’il est question de couple, il fallait prendre le point de vue de l’autre versant, le masculin. Alors, elles ont inclus dans le processus de création collective, le comédien André Antébi. Et ça, c’est une excellente idée. Ainsi, nous dépassant l’affrontement entre deux clans, nous appréhendons vraiment le fonctionnement et la problématique du vivre ensemble. Le résultat est remarquable. Une sorte d’« homme-femme mode d’emploi » qui réjouit de bout en bout.

L’amour dans tous ses états
Derrière le hublot se cache parfois du linge © Christophe Raynaud de Lage

Sur le plateau trois personnages, Tiphaine, Chloé et André. Elles symbolisent toutes les femmes et lui tous les hommes. Ils les représentent dans toutes leurs fragilités, excès, inquiétudes, incompréhensions mais figurent également leurs accès de tendresses et de désirs, refoulés où exprimés, et leurs silences lourds de sens… En quelques tableaux, André Antébi, Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivères enchaînent brillamment des scènes de ménage, revues et corrigées. Si les rires fusent dans la salle, l’émotion n’est pas absente. Chacun se mire en miroir ou repère l’autre dans ce qui est relaté. Cette thérapie de couple fait du bien, parce qu’elle nous oblige à réfléchir sur nos habitudes, nos comportements, notre compréhension de l’autre. C’est ainsi que l’on pourra enfin repenser le monde et l’amener à changer.

Une créativité réjouissante

Comme on aime cette création collective ! Par sa conception scénographique et textuelle, les images et les pensées ne cessent de nous surprendre et de nous ravir. Quelle excellente idée de démarrer ce spectacle par la fin, par ce que l’on appelle un bord plateau. Les trois artistes répondent aux questions imaginaires, bien sûr, des spectateurs qui viennent d’assister à la représentation. Les réponses prendront alors tout leur sens lors du déroulement du spectacle. Il y a de la variété dans les styles utilisés, un faux Feydeau, une comédie musicale, une approche contemporaine, une plus comique et une plus dramatique. Il y a surtout une grande sincérité et de justesse de jeu dans chaque intention. Ce qui permet à la parole de nous atteindre. C’est brillant !

Marie-Céline Nivière

Derrière le hublot se cache parfois du linge, création collective des Filles de Simone.
L’Azimut – Théâtre Firmin Gémier / Partrick Devedjian
13, rue Maurice Labrousse
92160 Antony.

Création du 9 au 16 novembre 2022
(mardi 15 et mercredi 16 à 20h30).
Durée 1h30

Tournée :
24 au 27 novembre 2022 à La Ferme du Buisson – Noisiel (77)
Du 10 au 21 janvier 2023 au Monfort Théâtre – Paris (15e).
Autres dates 2023 sur le site Les filles de Simone.

Avec André Antébi, Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivères.
Direction d’acteur et d’actrices deClaire Fretel.
Création lumièresde Mathieu Courtaillier.
Scénographie d’Emilie Roy.
Costumes deSarah Dupont.
Chorégraphie de Jeanne Alechinsky.

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage

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