Olivier Fredj questionne le temps au Châtelet 

Watch d'Olivier Fredj ©Thomas Amouroux

Ouvrant la saison théâtrale de la célèbre institution parisienne, le compositeur et metteur en scène franco-britannique invite à un voyage à travers le temps. Né de sa collaboration avec la compagnie Paradox Palace et le comédien Nadir Chebila, Watch interroge avec humour et sensibilité, l’état de nos sociétés à travers les lieux d’enfermement. 

En ce dimanche après-midi particulièrement ensoleillé, le théâtre du Châtelet se remplit petit à petit. Plus personne ne semble entrer, cependant longtemps les portes restent ouvertes. L’attente s’installe. Des salves d’applaudissements, d’impatience pour les uns, de soutien pour les autres, résonnent régulièrement. 30 minutes se sont écoulées depuis l’heure supposée de début du spectacle. Ce temps de latence, préfigurant l’œuvre à venir, comme le souligne Olivier Fredj, monté sur scène, a un nom, une belle explication, Kylian Mbappé. Touché par le projet qui réunit au plateau les mots d’auteurs célèbres mais aussi ceux d’inconnus venant d’EHPAD, du SAMU social, de l’AP-HP, d’une école primaire et du centre pénitentiaire de Meaux, le footballeur tenait à être présent et parrainer l’événement. 

Le temps, une notion subjective
Watch d'Olivier Fredj © Thomas Lamouroux

Enfin, le rideau de scène peint par Gérard Garouste se lève pour une vingtaine d’artistes. Comédiennes, comédiens, musiciennes, musiciens ou DJ, professionnels ou amateurs, détenus venus évoqués leur manière d’appréhender le temps ou acteurs se glissant dans la peau de ces hommes, ces femmes, ces enfants, confrontés à la maladie, à la vieillesse, à l’enfermement, habitent l’espace de leur fougue, de leur joie de vivre, de leur croyance en une humanité solidaire, à un monde de tous les possibles où le temps s’adapte. 

Une course contre la montre

Défiant l’horloge qui tourne inexorablement, luttant pour ne pas se laisser imposer un rythme, ils donnent vie aux textes, les font résonner avec les musiques jouées en direct. Conjuguant avec habileté Le voyage d’hiver de Franz Schubert qui sert de ligne directrice avec des sonorité pops, électroniques ou tsiganes, Olivier Fredj signe une œuvre singulière, délicate quand l’un évoque sa mort à venir, lumineuse quand tous se mettent à chanter, danser, frapper des mains, drolatique quand pingouins, baleines et autres animaux investissent la scène. 

Une expérience incroyable
Watch d'Olivier Fredj © Thomas Lamouroux

Premier volet d’une aventure humaine qui s’étend sur les trois années à venir, Watch a pour principal objectif de mettre en lumière ceux qu’on ne voit pas. Impliquant patients, détenus, personnes âgées, élèves, hébergés d’urgence, artistes, mais aussi soignants, instituteurs, assistants sociaux et de vie et aidants, ce triptyque théâtral, musical et social est un autre regard sur le monde, une manière d’aborder la vie, nos sociétés très cadrées différemment. Une belle initiative humaine, qui certes tombe parfois dans quelques poncifs, mais qui, portée par une mise en scène particulièrement ciselée, touche droit au cœur.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore 

Watch, réponse festive à des temps fatigués
Théâtre du Châtelet
Place du Châtelet
75001 Paris 
Jusqu’au 6 octobre 2022
Durée 1h40

Conception, écriture et mise en scène d’Olivier Fredj , Paradox Palace, assisté d’Arthur Hauvette
Création graphique de Geoffroy Pithon
Création lumière de Philippe Berthomé
Scénographie et costumes d’Olivier Fredj , Thomas Lauret
Piano et coordination musicale – Shani Diluka
Musique électronique – Matias Aguayo
Arrangements – Abel Saint Bris
Violon de l’Académie Jaroussky – Iris Scialom
Violoncelle de l’Académie Jaroussky – Charbel Charbel
Alto – Waren Kempf
Clarinette – Vincent Lochet
Percussions – Théo Lamperier
Avec Emma Bazin, Fanny Sintès , Hadyl Amar , Jacques Mazeran , Nadir Chebila , Alphonse, Biggy, Bizon, Corso, Davka, Haïss, Madara, Mara, Pazzo, Tarek
Direction des ateliers d’écriture – Sylvie Ballul, Yann Apperry, Judith Perrignon, Célia Houdart et Loïc Froissart
Co-auteurs – Abdel, Abderazak, Bizon, Catherine, Danielle, Denis, Elisa, Esther, Gamal, Hadyl, Haïss, Hervé, Jamilé, Jean-Claude, Jean-Marc, Jeannine, Liberté, Lucette, Lyes, Maria, Marinette, Marco, Marvin, Michel, Mireille, Mohammed, Nadia, Nadir, Mme Pierrada, Sofiane, Rachid, Ramirez, Robert, Ryan, Salah, Sarah, Steeve, Teresa, Véronique, William, Willy… et les élèves de CE1a de Delphine Régnier Lucas, de l’école élémentaire Jeanne d’Arc B (Paris 13e)

Inspirés par les écrits de Jerôme Baschet, Henri Bergson, Emmanuel Lévinas, Michel Foucault, Richard Ayres, Mafalda (Quino), Peter Handke, Annie Ernaux, Georges Perec, W.H. Auden, Roland Barthes, Anton Tchekhov et Byung-Chul Han

crédit photos © Thomas Lamouroux

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