De belles variations sur la vie de Glenn Gould

Glenn Gould, naissance d'un prodige © Fabienne Rappeneau

La nouvelle pièce d’Ivan Calbérac, Glenn Gould, naissance d’un prodige, a séduit les spectateurs des Béliers au Festival Off d’Avignon. Ce magnifique spectacle possède tous les atouts pour que public parisien du Petit Montparnasse tombe à son tour sous son charme.

Construite avec une belle intelligence, la pièce d’Ivan Calbérac est passionnante. C’est avant tout un drame familial que son auteur juge, et il n’a pas tort, presque shakespearien. À travers le destin hors norme du pianiste canadien, l’auteur cherche à comprendre comment l’artiste et l’homme se sont construits. On le sait maintenant, Glenn Gould n’était pas qu’un excentrique qui interprétait à sa manière les partitions de certains grands compositeurs. Qu’il n’était pas non plus un névrosé. Quoique ! Le mot a été posé, il était certainement atteint du syndrome d’Asperger. Ce qui faisait de lui un être étrange et insondable. Il suffit de le regarder en vidéo pour voir sa tenue étrange devant son clavier, chaise basse, corps plongé sur les touches, fredonnant les notes.

L’éternel adolescent
Glenn Gould, naissance d'un prodige © Fabienne Rappeneau

Glenn est enfermé dès l’enfance dans une tour d’ivoire faite de notes et de musique. C’est un extraterrestre incapable de comprendre les codes du monde extérieur. Même en pleine canicule, il entasse sur lui les vêtements, ne quittant que rarement pulls et gants. Incapable de se comporter normalement en société, il restera un éternel adolescent, alternant les crises de paniques et les caprices. Pas facile d’être un génie. Thomas Gendronneau est exceptionnel dans ce rôle pas si facile à incarner. Car il ne faut jamais tomber dans le cliché. Tout en nuances, comme il y en a tant dans les Variations Goldberg de Bach, il joue sa partition avec maestria.

Un douloureux chemin

Comme on le sait, les parents ont pour tâche d’élever et d’éduquer leurs enfants pour les préparer à leur vie d’adultes, et on peut dire à ce titre que le jeune Glenn n’a pas été gâté. Elle est terrible, cette mère fusionnante, trop aimante, presque incestueuse. Une véritable héroïne de tragédie grecque. L’interprétation de Josiane Stoleru est saisissante. Elle est une symphonie de maux, de douleurs et d’excès ! Dans un tempo tempéré, Bernard Malaka, toujours aussi remarquable et très émouvant, incarne le père aimant qui a baissé les armes.

Glenn Gould, naissance d'un prodige © Fabienne Rappeneau

Calbérac a eu la bonne idée d’intégrer dans l’histoire le personnage de la cousine. Elle représente l’inaccessibilité au bonheur et à l’amour. C’est un beau personnage, à qui Lison Pennec prête sa douceur, sa candeur et sa force de caractère. Elle est parfaite dans cette Ophélie du XXe siècle qui saura se préserver. Benoît Tachoires est épatant dans les rondeurs et les tonalités de l’imprésario débonnaire, compréhensif mais intraitable. Stéphane Roux apporte tout son talent à divers personnages, ce qui n’est jamais chose aisée.

Une mise en scène toute en accords

La mise en scène de Calbérac est rythmée comme une œuvre de Gould. Sous les lumières d’Alban Sauvé, dans les décors mouvant et astucieux de Juliette Azoppardi et Jean-Benoît Thibaud, les scènes s’enchaînent, les époques et les lieux s’harmonisent avec fluidité. Il y a comme quelque chose dans l’esthétisme qui fait songer aux tableaux d’Edward Hopper. Après L’étudiante et Monsieur Henri, Venise n’est pas en Italie et La dégustation, on peut dire qu’Ivan Calbérac est vraiment entré dans le sérail des auteurs de théâtre sur lesquels on peut compter.

Marie-Céline Nivière

Glenn Gould, naissance d’un prodige, texte et mise en scène d’Ivan Calbérac
Petit Montparnasse
31 rue de la Gaîté
75006 Paris.
Du 7 septembre au 20 novembre 2022.
Du mardi au samedi à 21h, dimanche 15h.
Durée 1h30.

Avec Josiane Stoleru, Bernard Malaka, Thomas Gendronneau, Lison Pennec, Benoît Tachoires, Stéphane Roux.
Scénographie de Juliette Azoppardi et Jean-Benoît Thibaud.
Lumières d’Alban Sauvé.
Vidéo de Nathalie Cabrol.
Costumes de Bérengère Roland.
Assistante à la mise en scène Florence Mato.

Crédit photos © Fabienne Rappeneau

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