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Les professeurs sont des élèves comme les autres

Conseil de Classe, Geoffroy Rouge-Carrassat © Faustine Guyard

Dompteur de bêtes ou prof d’école, c’est à peu près la même chose, en tout cas c’est ce que dit le prof imaginé et incarné par Geoffrey Rouge-Carrassat dans Conseil de classe, une pièce inspirée de ses années d’enseignement en collège et lycée. Le cours est terminé, la salle est vide. Seul, entouré de ces tables et ces chaises aux piétements colorés que l’on trouve dans les écoles et qui rempliront le vide dans un geste scénographique convaincant et ludique, un professeur rejoue les échanges avec ses élèves. Il imagine les mots qu’il aurait aimé avoir en face d’eux, mais qui ne lui sont pas venus.

Que dirait-on aux élèves si on leur disait toute la vérité ? Combien de filtres brident le discours du professeur ? Et si l’adulte avouait, au lieu de le cacher, que ses fragilités ne sont pas si différentes de celles des enfants ? Ou que les écoliers sont les proies d’un système de notation répondant déjà aux règles de la concurrence ? Adossé à ce que l’on connaît de la condition des enseignants de l’Éducation nationale, la déconsidération et le désespoir ressenti, ainsi que la pression bigote des familles en faveur d’un formatage du discours, le monologue de Conseil de classe fait le bruit d’une soupape de décompression.

La pièce ne se situe pas sociologiquement : pas de marqueur territorial ou économique, juste des élèves-archétypes : l’agitateur surdoué, la bonne élève académique, le cancre… On pense néanmoins à Nathalie Quintane, à cette critique de l’Éducation nationale qui passe par le verbe interdit, l’affirmation d’une forme incompatible avec un certain ordre de discours. Sans viser le même expérimentalisme, l’idée de Conseil de classe touche à cela. En tant qu’écrivain, Geoffrey Rouge-Carassat signe un texte ciselé et drôle. En tant que comédien, il fait vivre un personnage à part, peut-être sarcastique à l’excès, mais qui remplit bien cette salle de classe vide. L’artiste poursuit son geste librement autobiographique dans les deux autres volets du triptyque La gueule ouverte, visibles ensemble ou indépendamment dans le Off, au théâtre de la Reine blanche.

Samuel Gleyze-Esteban – Envoyé spécial à Avignon

Conseil de classe de Geoffrey Rouge-Carrassat
Tryptique La Gueule ouverte
Festival Off d’Avignon
La Reine blanche
16 rue de la Grande Fusterie
84000 Avignon

Jusqu’au 25 juillet 2022, 20h

Texte et jeu Geoffrey Rouge-Carrassat
Collaboration artistique Emmanuel Besnault
Création lumière Emma Schler

Crédit photo © Faustine Guyard


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