Geoffrey Rouge-Carrassat, petit prince de Villerville

Silhouette longiligne, chevelure flamboyante, Geoffrey Rouge-Carrassat est une nature. Sur scène, il impose son style tranchant, direct. Avec Roi du Silence, créé l’an passé, il présente cette année une première ébauche prometteuse de sa prochaine pièce Dépôt de bilan. Des pièces à voir, un artiste à suivre. 

Tel un Hamlet et son crâne, Goeffrey Rouge-Carrassat fait face à l’urne qui contient les cendres de sa mère. La cérémonie s’est bien passée. La famille, les amis, les proches, sont venus en nombre. Pourtant, il manque une personne, l’ami d’enfance, le soutien, l’autre qui obsède ses pensées, le voisin du dessus. Cette absence qui ronge l’âme du jeune homme est l’occasion pour lui de se débarrasser d’un poids, d’une vérité qu’il a toujours tue pour ne pas blesser cette génitrice étouffante, aimée, détestée.

Par touche, ce Roi du silence se libère de ses chaines. Il fait face, il confie ses doutes, il dit qu’il est, qui il aime. La parole est puissante, salvatrice, les mots coulent avec fluidité, rapidité. Ils sont le reflet de son âme, de son cœur. Incandescents, brûlants, ils disent la passion dévorante, le désir qui incendie le creux de ses reins pour ce garçon trop timide qui habite ses rêves depuis l’adolescence.

Avec une fureur toute retenue, une élégance crue, Goeffrey Rouge-Carrassat donne vie à ses propres mots, ses propres questionnements. Évidemment, ce récit est fictionnel, mais en creux révèle quelques pans de l’identité de l’auteur, du poète, du comédien. Sous le regard bienveillant d’Emmanuel Besnault, sculpté par les belles lumières d’Emma Schler, il explose littéralement, fait vibrer la carcasse dépouillée de cet ancien garage, qui sert de salle de représentation. Sensible, humain, tendu à l’extrême, il habite son personnage. Un peu trop précis, trop parfait, il masque encore ses failles, ses parts d’ombres, d’incertitudes, d’ambiguïtés qui vont à terme faire de lui, on lui souhaite, un artiste rare, bouleversant. 

Conscient de cette rigidité, Geoffrey Rouge-Carrassat présente en matinée une étape de travail de sa prochaine création, Dépôt de bilan, où il conte la vie d’un jeune homme, d’un cadre supérieur obsédé par son travail, auquel il sacrifie sa vie, sa jeunesse, sa famille. De sa verve ciselée, il esquisse les contours d’une dépression, les failles d’un être qui s’est perdu en route, a oublié qui il était pour se noyer dans une carrière qu’il croit à tort l’essence même de son existence. Ayant perdu ses proches, ses amis, il les remplace par des mannequins. L’image est forte, frappante. 

Totalement sous le charme du jeune homme, à l’allure androgyne, conscient d’avoir assisté à un moment singulier, d’avoir touché de près la naissance d’un comédien, d’un auteur prometteur, le public ne s’y trompe pas et applaudit les deux spectacles avec la même intensité, le même enthousiasme. 

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Villerville


Roi du silence de Geoffrey Rouge-Carrassat 
Un festival à Villerville
Garage 
10 Rue du Général Leclerc
14113 Villerville
Jusqu’au 31 août 2019 à 22h00
Durée 3h00


Tournée du 4 au 22 février 2020 aux Déchargeurs, Paris

Dépôt de Bilan de Geoffrey Rouge-Carrassat 
Garage 
10 Rue du Général Leclerc
14113 Villerville
Jusqu’au 1er septembre 2019 à 15h00
Durée 3h0


Mise en scène et jeu de Geoffrey Rouge-Carrassat 
Collaboration artistique d’Emmanuel Besnault
Lumière d’Emma Schler
En partenariat avec le Jeune Théâtre National (JTN)

Crédit photos © Victor Tonelli

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.