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Le rire en réponse à la déshumanisation

Une opérette à Ravensbrück © Xavier Cantat

En s’emparant de l’œuvre de Germaine Tillion, Le Verfügbar aux enfers, Claudine Van Beneden rend hommage aux déportées et à celles qui se sont battues pour la liberté. Une opérette à Ravensbrück est à voir absolument au Théâtre du Chien qui fume.

Attention, ce spectacle est un ovni théâtral ! Germaine Tillion s’est retrouvée en 1943, pour acte de résistance, internée à Ravensbrück. En 1944, alors que la rumeur du débarquement et de la libération de Paris circule, il devient difficile de se raccrocher à l’espoir d’une libération, la jeune femme a cette idée géniale et incongrue de proposer à ses camarades de camp d’écrire une opérette sur ce qu’elles vivent. Un moyen de tenir. Le résultat est grandiose !

Œuvre de mémoire

Sans rien rajouter au texte initial, lui rendant sa couleur originelle, celle de la revue musicale, Claudine Van Beneden nous fait entendre l’œuvre telle qu’elle a été conçue. En découvrant ce spectacle magistral, l’humour qui le nourrit, on reste admiratif devant sa modernité de ton et de langage ! Ces femmes, toutes résistantes, toutes avec leurs histoires personnelles, nous plongent dans leur quotidien. Elles sont des Verfügbar, ce qui en allemand signifie des disponibles. Ce qui veut dire qu’elles sont vacantes pour les pires corvées et, donc, qu’elles ne rigolent pas. Pourtant, sous l’impulsion de Germaine Tillion, elles vont nous faire rire !

La victoire en chantant
Opérette à Ravensbrück © Xavier Cantat

L’idée de base de la jeune femme, devant le renoncement de ses camarades, est de concevoir une opérette sur les airs joyeux et détournés des chansons scoutes ou grivoises, de variété, de publicités et du classique. Mais sur un sujet qui ne se prête pas à la légèreté, la condition de vie dans un camp de concentration. Cela commence par une sorte de revue-conférence remplie d’humour noir. Il est bouleversant de voir leurs propos devenir de plus en plus lourds à mesure que l’espérance s’enfuit ! Aujourd’hui, on peut dire que ces femmes nous ont laissé une trace indélébile d’une histoire que l’on se refuse de voir se répéter.

J’écris ton nom, liberté

Il est curieux de penser que cette œuvre mineure, rédigée en mode majeur, n’ait pas été qu’exploité avant 2007. Il y avait un devoir de mémoire ! Soulignons que Germaine Tillion a dû attendre 1999 pour avoir la Grande Croix de la Légion d’honneur et 2015 pour entrer au Panthéon. Tout est dit ! Son Verfügbar aux enfers est une histoire de femme et les hommes n’en avaient rien à faire ! Pourtant, cela concernait une mère, une sœur, une fille, une amie, une fiancée, une voisine… Et corps et âme, elles s’étaient offertes à ce doux mot, liberté !

Willkomen in Cabaret

Rendons grâce à Claudine Van Beneden et sa troupe formidable qui, dans un spectacle d’une facture remarquable, redonnent vie à cette œuvre et rendent hommage à ses héroïnes. De l’ouvrière à la noble, de la bourgeoise à la gamine qui réclame sa mère, ces femmes ont donné leur vie. Elles vont vous surprendre, vous faire rire, pleurer et aimer la vie !

Marie-Céline Nivière

Une opérette à Ravensbrück d’après Le Verfügbar aux enfers de Germaine Tillion.
Festival d’Avignon OffLe chien qui fume.
75, rue des Teinturiers 84000 Avignon.
Du 7 au 30 juillet 2022 à 10h30, relâche les 12, 19, 26 juillet.
Durée 1h25.

Mise en scène de Claudine Van Beneden.
Avec Solène Angeloni, Angeline Bouille, Isabelle Desmero, Barbara Galtier, Claudine Van Beneden et Raphaël Fernandez
Arrangements musicaux de Grégoire Béranger et Jean Adam.
Scénographie de Blandine Vieillot.
Costume de Marie Ampe.
Son de Manu Giroud.
Création lumières d’Hervé Bontemps.
Régie lumières de Clémentine Gaud et Benjamin Duprat.
Chorégraphie de Jérémy Pappalardo.
Musicien de Grégoire Béranger.

Crédit photos © Xavier Cantat

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