Le Festival d’Alba-la-Romaine 2022, une cure de jouvence et de tendresse en plein canicule

L'empreinte - Attraction céleste - © DR

Au cœur de l’Ardèche, à l’ombre du tutélaire château fort, le pôle national du cirque La Cascade fait comme chaque année, à la mi-juillet, son festival. Pour cette 13e édition, pas moins de seize spectacles pour petits et grands sont à l’affiche. Une belle bouffée d’air frais en ces temps caniculaires. 

Un vent chaud souffle dans la plaine, soulève la terre en jolis tourbillons de poussière. En ce début d’après-midi, tout semble calme. Les familles venues en nombre sont en quête de fraîcheur, en attendant le spectacle gratuit de 18h. Certains festivaliers prennent le temps d’un café à l’ombre des platanes. D’autres – les plus jeunes- testent quelques agrès. Des artistes s’échauffent. Malgré la chaleur, il y a dans l’atmosphère quelque chose de joyeux, de convivial, d’humain. Les trois grandes caractéristiques, au-delà bien évidement de la qualité des spectacles proposés, qui font la renommée d’Alba. Ici, on vit, on s’amuse, on s’émerveille, on s’émeut entre amis.  

Des airs de cour d’école
Marelle de El Nucleo - © OFGDA

Le soleil est encore haut, quand au Carbonica, centre névralgique du festival, un mouvement de foule s’opère. Dans moins de 30 minutes, la Compagnie colombienne El Nucleo va présenter sa dernière création, Marelle. Les places assises et à l’ombre son chères. Peu importe, les spectacteurs sont au rendez-vous, heureusement des brumisateurs actionnés par des bénévoles rafraichissent l’air ambiant. Sur la scène vide, rien ne se passe. C’est du public que les six circassiens émergent. Sacs d’écoliers sur le dos, ils investissent le plateau. Imaginée pour être jouée dans des collèges et des lycées, Marelle est une fantaisie bon enfant qui ne se prend pas la tête. Tout est léger, rien n’est sérieux. En grande forme, les artistes se chamaillent, se cherchent et virevoltent joyeusement pour épater, amuser la galerie. Et clairement, ça marche !

La jeunesse en question 

Derrière l’apparente désinvolture du propos, les deux metteurs en scène, Edward Aleman et Sophie Couleu s’intéressent aux comportements adolescents au quotidien. Puisant dans les doutes et leurs espoirs de cette génération en pleine croissance, une matière à questionner, à appréhender, ils signent un show acrobatique tourbillonnant, énergique qui en filigrane aborde les premiers émois, les premiers troubles, le harcèlement, etc. Embarquant avec humour et vitalité le public dans leur univers très solaire, Edward AlemanAlexandre BellandoCélia Casagrande PouchetCristian ForeroFanny Hugo et Jimmy Lozano font des étincelles. Une belle mise en bouche pour la suite du programme !

Du peps et du pop 
Fin ! Maroussia Diaz Verbèke

Un peu plus tard, en fin de journée, le Groupe Acrobatique de Tanger, sous la direction circographique* de Maroussia Diaz Verbèke, enflamme le théâtre antique et redonne de vives couleurs à cet été caniculaire. Porté par les beats, les scratchs et les pulsations mixés par DJ Key, les seize circassiens envahissent l’espace de leurs acrobaties virtuoses autant que vertigineuses. 

Un nouveau monde 

Se donnant à 1000 %, les artistes donnent de la voix, expriment leur volonté de changer le monde, de vivre libres loin des carcans sociétaux, de réveiller une société endormie sur ses normes, de rappeler qu’au Maroc, le droit à l’avortement n’est toujours pas acquis. Choisissant de construire ce show survolté à la manière d’une liste, sur ce qu’un corps, des corps peuvent changer, revendiquer, Maroussia Diaz Verbèke signe une sorte de feu d’artifice circassien particulièrement bigarré et survolté. Sous le charme, le public sort de FIQ !, show explosif, des étincelles plein les yeux. 

Dis te souviens-tu ? 
L'empreinte - Attraction céleste © DR

Alors que la nuit tombe, sur le site antique, que les montagnes noires se dessinent au loin, contrastant avec le rouge du ciel, Serviane Guittier et Antoine Monceau, de la compagnie l’Attraction céleste, invitent à un spectacle intimiste et délicat, une sorte de cabaret tout en délicatesse et sensibilité. Tout commence bien avant le début de cet ovni scénique. Généreux, gouailleurs – surtout elle -, ils accueillent dans une sorte de cirque miniature à ciel ouvert, chaque spectateur d’un petit mot de bienvenue, font l’effort de bien retenir leur prénom. Leur mémoire est impressionnante. Imperceptiblement, le duo nous a amené ailleurs, dans leur joli et poétique délire. À leur manière, très décalée, très joyeuse, ils revisitent le couple, le rapport à l’autre et nous entraînent dans une quête bouleversante, au pays des souvenirs qui s’effilochent. Nous n’en dirons pas plus. L’empreinte se vit, se dépose comme un doux baiser sur la joue, une caresse que l’on souhaite longtemps garder en mémoire. 

La soirée s’achève. Un petit air frais s’est levé. Alba a tenu ses promesses, nous faire voyager loin de la fournaise, de la morosité. Comme chaque année, la magie a opéré !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Alba-la-Romaine

Festival d’Alba-la-Romaine
La Cascade – pôle national de crique

Crédit photos © DR et © OFGDA

* Circographie: néologisme de Maroussia Diaz Verbèke, datant de 2015, en open source. 
N.f. désignant l’écriture spécifique/ la mise en scène d’un spectacle de cirque (cela veut aussi dire ‘’soyons fous’’ en brésilien du nord, mais c’est un hasard).

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