Un Vian plein de fraîcheur

L'écume des jours au Lucernaire ©Charles Decoux

Claudie Russo-Pelosi signe une adaptation théâtrale du roman de Boris Vian, L’écume des jours, des plus réussies. Mené par une jeune troupe pleine d’entrain et de sincérité, ce spectacle embellit  les soirées du Lucernaire.

Qu’il est beau ce spectacle. C’est léger, aérien, subtil et spirituel. Claudie Russo-Pelosi a su retranscrire au plateau toute la beauté de ce classique moderne, que Raymond Queneau considérait comme le plus poignant des romans d’amour contemporain. Tout est là, le style, le ton, l’ambiance, la douce folie de la jeunesse, la rudesse de la vie, les joies et les peines qui vont avec. Sa mise en scène, alerte et exaltante, est d’une belle fluidité. La jeune femme a su, grâce à de remarquables trouvailles, faire exister l’univers poétique de l’auteur, l’ambiance qui passe du lumineux au sombre.

Je voudrais pas crever
L'écume des jours au Lucernaire ©Charles Decoux

Vian a écrit ce roman à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. La jeunesse a envie de profiter de la légèreté de la paix retrouvée. Elle veut rire et s’amuser. Les personnages du livre en sont les parfaits parangons. Ces rats des caves aiment faire la fête. Ils veulent aimer et être aimé. Ils s’étourdissent dans ce bonheur tant espérer. Mais on le sait, la vie ne fait pas de cadeau. Alors quand le malheur entre, tout s’effondre, tout rapetisse. Colin, Chloé, Chick et Alise ne sont pas armés pour mener cette bataille du quotidien où tout n’est jamais tout rose. Nicolas et Isis, plus raisonnables, plus terre à terre peut-être, vont savoir s’adapter aux choses de la vie.

En avant la zizique
L'écume des jours au Lucernaire ©Charles Decoux

Claudie Russo-Pelosi met en scène l’auteur en train d’écrire son roman (excellent Aurélien Raynal). De son imaginaire, il fait surgir les personnages sur la scène. Il les regarde vivre puis revient à sa machine à écrire, lit des passages et les fait revivre. Comme pris dans un doux ressac, nous passons de l’un à l’autre. Ce qui dessine des tableaux très vivants. Et puisque le jazz est très présent dans l’ouvrage, la metteuse en scène a eu cette ingénieuse idée d’insérer entre les scènes, des chansons de Vian. Les artistes, accompagnés par une pianiste (Loue Echalier) sur le fameux Pianocktail, se déchaînent sur ces grands airs, qui vont du Rock and Rol Mops à Fais-moi mal Johnny. Comme il est amusant ce Jean-Sol Parte chantant J’suis snob.

En bonne compagnie
L'écume des jours au Lucernaire ©Charles Decoux

Comme certains personnages sont joués en alternance, le soir de notre venue, c’était Ethan Oliel qui incarnait un Colin divin. Quel jeu ! Il a une bouille et une gestuelle qui siéent bien à son personnage. La délicate Lou Tilly prêtait avec talent son adorable frimousse à la Audrey Hepburn à Chloé. Celle qui, telle une fleur, se fane pour disparaître. Claudie Russo-Pelosi, avec son allure à la Juliette Gréco en blonde, était formidable en Alise, tout comme Aurore Streich en Isis. On retrouve l’épatant Charles Garcia dans le rôle de Chick, pris par sa passion dévorante pour ce philosophe aux écrits alambiqués, et l’émouvant Stéphane Piller dans celui de Nicolas. Dans le personnage fugace du médecin, qui semble sorti tout droit d’un Cinémassacre, on découvre l’ineffable Adrien Grassard. Et c’est debout que les spectateurs les applaudissent, heureux d’avoir été transportés ! Alors pas d’hésitation, courez-y !

Marie-Céline Nivière

L’écume des jours de Boris Vian.
Lucernaire.
53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris.
Du 15 juin au 21 août 2022.
Du mardi au samedi à 19h, dimanche 16h.
Durée 1h15.

Adaptation et mise en scène de Claudie Russo-Pelosi.
Musiques et chansons de Boris Vian.

Direction d’acteurs de Christos Paspalas.
Par la Compagnie Les Joues Rouges.
Avec Aurélien Raynal ou Quentin Bossis, Ethan Oliel ou Baptiste Hérout, Lou Tilly ou Léa Philippe, Charles Garcia, Claudie Russo-Pelosi ou Sara Belvison, Stéphane Piller, Emilie Le Néouanic ou Aurore Streich, Adrien Grassard, et Loue Echalier ou Marie Jouhaud au piano.

Crédit photos ©Charles Decoux.

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.