Pontus Lidberg fait le grand écart à Montpellier Danse 

les sept péchés Capitaux de Ponrus Lidberg © Büre Jantzen

Au Corum, le chorégraphe suédois fait danser le Danish Dance Theatre sur un diptyque qui joue des contrastes jusqu’à l’antinomie. Passant d’un opéra composé en 1933 par Kurt Weill sur les textes de Brecht à une création de son cru, il surprend, déconcerte et déroute avec sincérité et simplicité. 

La salle de l’Opéra Berlioz est pleine à craquer. Comme chaque année, la programmation du festival entremêle adroitement valeurs sûres, comme Emanuel GatPhilippe Decouflé ou Ohad Naharin et nouveaux venus, comme Bouchra Ouizguem ou Marcelo Evelin. C’est aussi le cas de Pontus Lidberg qui investit le Corum. Né à Stockholm, formé au classique depuis l’âge de 4 ans, le danseur, chorégraphe et vidéaste ne cesse de nourrir sa technique, son écriture au fil des expériences, des rencontres. Mâtinant son œuvre, plus d’une quarantaine de pièces, écrites notamment pour le New York City Ballet ou le Beijing Dance Theater, de son goût pour les arts plastiques et cinématographiques, il trace sa route faisant le grand écart entre écriture classique et contemporaine, entre opéra des années 30 et création irriguée de la musique électro de Den Sorte Skole.

Un opéra brechtien 
les sept péchés Capitaux de Ponrus Lidberg © Büre Jantzen

De la fosse, les premières notes jouées en direct par l’Orchestre national de Montpellier Occitanie dirigé par Robert Houssart s’élèvent. Du fond de la scène, deux silhouettes féminines apparaissent. Manteaux turquoise ajustés, cheveux blonds cendrées, les deux sœurs, des jumelles, des doubles dont l’une danse, l’autre chante, l’une est la bonne conscience de l’autre, partent à la conquête des États-Unis. Envoyées par leurs parents, des sortes de Thénardier, elles ont pour unique mission de rapporter suffisamment d’argent pour que la famille construise une belle maison au bord du Mississipi pour enfin couler des jours heureux. Composé d’un prologue, d’un épilogue et de sept tableaux inspirés des péchés capitaux, cette ultime pièce de théâtre musical de Kurt Weil, commande d’Edward James pour les ballets de George Balanchine, s’appuie sur les textes Brecht , qui dénoncent un monde vaniteux et capitaliste, un monde de faux-semblant.

Pas de deux en manque de souffle

Peu à l’aise avec l’exercice, Pontus Lindberg signe un spectacle en demi-teinte plus visuel que chorégraphique. S’appuyant sur les magnifiques costumes de Patrick Kinmonth, il joue la carte du cabaret des curiosités, des illusions d’optique et de genre. Convoquant au plateau les belles courtisanes du XVIIIe siècle, la Reine vierge, il y va à l’esbrouffe à renfort de paillettes et d’effets lumières. Conte de fées, un brin moralisateur, ces Sept Péchés capitaux manque de souffle. Malgré la présence lumineuse de la chanteuse pop Oh Land, véritable star au Danemark, et de l’interprétation virtuose de la troupe du Danish Dance Theatre, la partition reste trop sage et laisse le public sur sa faim. 

Un air de Pina 
les sept péchés Capitaux de Ponrus Lidberg © Büre Jantzen

Délivré du poids d’une œuvre pré-existante, Pontus Lidberg libère sa plume. Travaillant au fil de l’eau avec le musicien Den Sorte Skole, il imagine un impromptu d’une vingtaine de minutes autour des cabarets berlinois des années 1920. Ronde de chaises, corps en proie au vertige, le chorégraphe suédois entrecroise ses souvenirs new-yorkais à des inspirations hommages à Pina Bausch. Romantique à souhait, l’artiste de 45 ans convie à une balade sur la carte de Tendre. Mouvements de bassin chaloupés, sauts, portés, les danseurs – tous épatants – se cherchent, s’unissent pour mieux s’éloigner. Amours déchues, passions retrouvées, consommées, Roaring Twenties est une invitation aux songes, aux rêves, à une réalité fantasmée. Un joli moment de poésie plus personnel, qui certes ne convainc pas tout à fait mais donne envie de creuser plus avant le travail de ce colosse blond au visage d’ange !

Olivier Frégaville-Gratian d’amore – Envoyé spécial à Montpellier 

Festival de Montpellier danse 
Le Corum – Opéra Berlioz
Place Charles de Gaulle
34000 Montpellier

Grande Tournée au Danemark du 21 février au 15 avril 2023

Les Sept Péchés capitaux —Création 2022
opéra de Kurt Weill et Bertolt Brecht 
Mise en scène et chorégraphie de Pontus Lidberg
Mise en scène de Patrick Kinmonth
Avec les danseurs du Danish Dance Theatre et les chanteurs du Royal Danish Opera 
Musique d’Orchestre national de Montpellier Occitanie dirigé par Robert Houssart
Décor et costumes de Patrick Kinmonth
Lumière de Mathias Hersland 

Roaring Twenties – Création 2022
Chorégraphie de Pontus Lidberg
Musique de Den Sorte Skole 
Costumes de Filippa.K
Scénographie et lumière de Raphael Frisenvænge Solholm 

Crédit photos © Büre Jantzen

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