The Lulu projekt, le cri du cœur punk d’une jeunesse indocile

The Lulu projekt © Christophe Raynaud de Lage

Dans une RDA évoquée subrepticement, au milieu de champs de Colza qui s’étendent à perte de vue, Lulu est l’un des nombreux jeunes prolétaires sans avenir dont tout un courant du rock, à partir de la fin années 70, s’est fait le porte-voix. Face à The Lulu projekt nous revient en tête You’ve Got Everything Now des Smiths, dans lequel Morrissey brandissait sa langueur rebelle contre l’Angleterre conservatrice et ultralibérale de Thatcher : « No, I’ve never had a job/Because I’m too shy/I’ve seen you smile/But I’ve never really heard you laugh/So who is rich and who is poor ? »

Rêveur un peu apathique, un peu paumé, quelque part entre Sid Vicious et Gaston Lagaffe, Lulu ne cesse de se casser les dents sur les attentes de son entourage, trop maladroit pour trouver sa place dans la main-d’œuvre ouvrière à laquelle la logique le destine et la tête déjà trop loin dans les étoiles pour poursuivre les rêves d’astronaute qui tapissent les murs de sa chambre. La pièce dépeint avec crudité la violence sociale à l’œuvre autour de lui : sa mère démissionnaire, qui aimerait bien le pousser vers un quelconque institut psychiatrique, un patron désespéré de le voir s’amuser pendant ses heures de travail, son amitié avec un autre garçon de son âge, Moritz, qui finit par se noyer dans l’alcool.

À travers sa bande-son et les figures culturelles qu’il évoque, The Lulu projekt fait le lien entre l’Allemagne de l’Est et un référentiel plus large, puisé dans des figures rebelles du rock, de Neil Young à Kurt Cobain en passant par Nina Hagen et les Sex Pistols. La pièce chevauche ainsi plusieurs époques, « ‌comme si on avait froissé un morceau de papier pour se faire rencontrer 1989 et aujourd’hui », et met au jour les questionnements qui traversent la contre-culture ouvrière depuis les années 1970.

The Lulu projekt © Christophe Raynaud de Lage

Cécile Arthus offre un canevas maîtrisé pour faire résonner les thèmes qui traversent le texte de Magali Mougel. Les échanges entre le chœur et les protagonistes entre eux se dessinent avec une fluidité chorégraphique, tandis que la scénographie ingénieuse d’Estelle Gautier et Claire Gringore contribue à convoquer de belles visions sorties d’un chatoyant teen movie. Présente en juillet au théâtre du 11 dans le cadre du OFF d’Avignon, la troupe devrait acquérir la juste irrégularité et la sensibilité à fleur de peau qu’il faut pour secouer cette édifice de l’intérieur, et épouser, à sa manière, cette pensée de l’écart à une norme aussi politique qu’esthétique.

Samuel Gleyze-Esteban – Envoyé spécial à Vitry-le-François

The Lulu projekt de Magali Mougel
Bords 2 Scènes – Espace Simone Signoret
4 Rue Auguste Choisy
51300 Vitry-le-François

Tournée
Du 7 au 29 juillet 2022
11•Avignon
11 boulevard Raspail
84000 Avignon

Mise en scène – Cécile Arthus (Compagnie Oblique)
Dramaturgie – Guillaume Clayssen
Scénographie – Estelle Gautier et Claire Gringore
Corps et mouvements – Stéphanie Chêne
Lumières – Maëlle Payonne
Sons – Valérie Bajcsa
Costumes – Séverine Thiébault
Construction décor – Eclectik Sceno (Christophe Boisson et Hélène Schmitt)
Régie générale et son – Perceval Sanchez
Régie lumières – Christophe Mahon

Crédit Photos © Christophe Raynaud de Lage

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut