Le Duo Osinski-Lavant continue sa quête beckettienne au Lucernaire

Le metteur en scène Jacques Osinski poursuit son compagnonnage avec l’acteur Denis Lavant dans l’œuvre de Samuel Beckett. Après Cap au pire et La dernière bande, ils nous proposent au Lucernaire, L’image, un spectacle d’une grande finesse, composé de quatre textes, où les mots se font entendre et voir.

Un plateau nu, juste une servante allumée ! Cette lampe est tout un symbole. C’est elle qu’on laisse allumée sur la scène quand le théâtre est dans le noir. Elle veille et protège des fantômes qui viendraient hanter les lieux. Jacques Osinski, avec maestria, va nous plonger dans ce qu’est aussi le théâtre, un acteur qui dit des mots et fait surgir des images.

Lavant intime

L’image d'après Beckett - Osinski Lavant © Pierre Grosbois

Denis Lavant se glisse sur la scène, se plante sous un halo de lumière qui n’éclaire que son visage. A chaque changement de texte, un déplacement de cour à jardin, et en découpe, nous ne verrons que son visage ou une partie de son visage. Le travail des lumières de Catherine Verheyne est de toute beauté. Cela crée une intimité directe entre le comédien et nous, les spectateurs. Rien ne vient parasiter le texte, aucun mouvement de mains, de corps. Ainsi nous sommes concentrés sur la parole et sur l’écoute. Dans cette épure, Denis Lavant est absolument remarquable. Sa voix, sa précision de jeu, nous emporte.

Des tableaux ciselées

Et toutes les images qu’évoque l’auteur, surgissent. Et il y en a dans ces quatre textes. On découvre alors que tel un naturaliste, à la ZolaBeckett sait décrire les paysages, le silence et les bruits de la nature, les événements, les sentiments, les émotions. Et puis, il y a son style, épuré, concis, qui prend ici toute sa force. On peut alors parler d’une musique dont chaque note produit en nous des résonances. Une image en entraînant une autre, on s’échappe parfois, mais cela n’est pas dramatique car nous ne partons pas loin, juste dans notre propre monde intérieur. Avec ce spectacle qui évoque des moments de vie, l’espace d’un instant, le temps semble s’être arrêté et cela fait un bien fou.

Marie-Céline Nivière

L’image, suivi de Un soir, Au loin, un oiseau et Plafond de Samuel Beckett
Lucernaire, salle Paradis
53, rue Notre-Dame-des-Champs Paris 6e
Du 4 au 23 janvier 2022
Du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h30
Durée 1h

Mise en scène de Jacques Osinski
Avec Denis Lavant
Lumières de Catherine Verheyde

Crédit photos © Pierre Grosbois

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