Un vent de Russie souffle sur l’Opéra de Paris

À Garnier, les danseurs de l’Opéra de Paris s’emparent de l’héritage des ballets russes. De Frederick Ashton qui rend hommage à leur classicisme sur une musique de Rachmaninov à Dominique Brun qui reprend minutieusement Le Sacre du printemps de Nijinski, en passant par l’éblouissant Faunes de l’israélienne Sharon Eyal, c’est tout un art qui fait ses gammes dans un programme éclectique autant qu’exigeant. 

Avant la levée de rideau, le public est prévenu. Il n’y aura pas d’orchestre dans la fosse. La covid a encore frappé. A défaut de musique en direct, c’est sur une bande son qui accompagnera durant près de deux heures trois pièces chorégraphiques, proposées dans le cadre de ce programme très russe. Certains crierons au scandale, le charme est rompu, mais ce serait oublié le principal, l’art chorégraphique qu’on est venu voir, saluer, célébrer. Et, il y en aura pour tous les goûts, du très classique à l’ultra-contemporain. Un grand écart stylistique fascinant à observer.

Rhapsody de feu

Rhapsody
Musique de Serguei Rachmaninov - (Rhapsodie sur un thème de Paganini)
Chorégraphie de Frederick Ashton © Jonathan Kellerman

En s’appuyant sur la partition pour piano et orchestre de La Rhapsodie sur un thème de Paganini en la mineur, opus 43, de Sergueï Rachmaninov, composée 1934, le regretté Frederick Ashton, chancre du ballet néoclassique et fondateur du Royal Ballet, invite à une plongée vertigineuse dans son écriture, sa grammaire, qu’il déploie à renfort de pointes, de sauts?et de portées. Créée en 1980 à Londres, la pièce chorégraphique, d’une trentaine de minutes, à quelque peu vieillie, mais n’a que peu perdu de son esthétisme impeccable, de sa technicité exigeante. Grâce à la toute nouvelle étoile du Ballet, éblouissante Sae Eun Park, et par le premier danseur, Marc Moreau, qui offre ici toute l’étendue de son talent, de sa technicité – batterie, tours, manège, fouettés -, Rhapsody séduit par sa belle fluidité, la richesse de son vocabulaire. 

Sharon Eyal magistrale

Faunes – Création
Musique de Claude Debussy
Chorégraphie de Sharon Eyal © Yonathan Kellerman

Le moment est de courte durée, à peine une douzaine de minutes, mais il est d’une telle beauté, d’une telle intensité, qu’il en ferait oublier tout le reste. En s’emparant à sa manière de l’Après-midi d’un faune la chorégraphe israélienne s’inscrit à la fois dans une filiation intuitive avec le mythique faune créée par Nijinski en 1912 sur la musique de Debussy, mais aussi dans un mouvement plus large, plus contemporain, plus charnel qui parcourt son œuvre depuis qu’elle a quitté la Batsheva pour prendre son envol. Construit sans début, ni fin, Faunes est une sorte d’instantané, comme si le spectateur surprenait, autour d’une balade en forêt, l’étrange danse de ces huit créatures androgynes – cinq femmes et trois hommes – dont les costumes signés par la styliste Maria Grazia Chiuri, directrice artistique de la maison Dior, épousent parfaitement les corps, les muscles. L’effet est bluffant, surprenant, hypnotique. D’une beauté rare, cette première création de Sharon Eyal pour le Ballet de l’Opéra de Paris est une réussite totale, une audacieuse et courte pièce qui touche au sublime.

Ballet d’archives

Le Sacre du printemps
Nouvelle production en accord avec la succession Vaslav et Romola Nijinski
Musique d’Igor Stravinsky
Chorégraphie de Vaslav Nijinski - Dominique Brun © Yonathan Kellerman

Après un entracte d’une trentaine de minutes, Dominique Brun plonge le public dans des temps immémoriaux. En archéologue de la danse, et tout particulièrement celle écrite, imaginée par Nijinski et sa sœur Nijinska, dont elle a monté, l’an dernier, leBoléroavec François Chaignaud, à Chaillot, elle puise, dans les archives, la partition originelle du Sacre du Printemps, qui avait fait scandale en 1913 à sa création au Théâtre des Champs-Élysées. Portée par la troupe virtuose du corps de ballet, cette nouvelle production de l’œuvre mythique du chorégraphe russe vaut surtout et particulièrement pour sa dimension historique, son approche minutieuse d’une écriture qui a fait date, et influencé sans contexte le monde de la danse.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Programme Ashton / Eyal / Nijinski
Palais Garnier
Opéra de Paris
Place de l’Opéra
75009 Paris
Jusq’au 2 janvier 2022
Durée 1h45 avec entracte

Rhapsody
Musique de Serguei Rachmaninov – (Rhapsodie sur un thème de Paganini)
Chorégraphie de Frederick Ashton
Direction musicale de Vello Pähn
Décors de Patrick Caulfield
Costumes de Patrick Caulfield
Lumières de John B. Read
Piano solo de Joseph Moog

Faunes – Création
Musique de Claude Debussy
Chorégraphie de Sharon Eyal
Direction musicale de Vello Pähn
Co‑créateur de Gai Behar
Costumes de Maria‑Grazia Chiuri
Lumières d’ Alon Cohen

Le Sacre du printemps
Nouvelle production en accord avec la succession Vaslav et Romola Nijinski
Musique d’Igor Stravinsky
Chorégraphie de Vaslav Nijinski
Direction musicale de Vello Pähn
Recréation et adaptation chorégraphique de Dominique Brun
Décors et costumes de Nicolas Roerich
Adaptation scénique et conseiller historique d’Alexandre Vassiliev
Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet ainsi que l’Orchestre de l’Opéra national de Paris

Crédit photo © Yonathan Kellerman

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