Les utopies noires et poétiques de Pauline Haudepin

Chère Chambre de Pauline Haudepin. TNS. © Jean Louis Fernandez

Au TNS, Pauline Haudepin, sortie de l’école en 2017, questionne, avec Chère chambre, le don de soi sans limite et signe le portrait illuminé de ce que pourrait être une sainte du XXIe siècle. Chimène Chimère (Claire Toubin) a vingt ans. Belle comme un cœur, équilibrée, elle a la vie devant soi. Un soir, dans un tunnel sous le périph’, prise d’un étrange mysticisme, cette enfant trop sage, choyée, aimée par des parents bobo (Jean-Louis Coulloc’h et Sabine Haudepin) et une petite amie (Dea Liane) en guerre contre le monde et la société, commet un acte sublime, altruiste autant qu’irréparable. Elle offre son corps autant par goût du sacrifice, que par abnégation, à un sdf mourant. 

Contaminée par un mal incurable, Chimène accepte sans regret, sans remord, son funeste destin. Cette insane décision n’est pas aussi facilement acceptée par ses proches. Entre déni, colère et résilience forcée, tous se débattent, totalement démunis, face à la mort imminente de cet être qui éclaire avec chaleur leur existence. Plume étonnante, un peu conventionnelle , style vaporeux, Pauline Haudepin, qui a notamment co-écrit avec la metteuse en scène Mathilde Delahaye, l’excellent Nickel,  esquisse le récit d’une vie hors champs, hors cadre. Loin de tout académisme, de toute littéralité, elle invite à un songe, une balade dans un monde fantasmé à l’onirisme sombre, ténébreux. 

Illuminée par la présence solaire de Dea Liane et celle éthérée de Jean-Gabriel ManolisChère Chambre n’a pas encore, en ce soir de première, où le stress était palpable, trouvé son rythme, pris corps. Le temps devrait permettre à cette poésie théâtrale, cet ovni scénique de se polir. Une fantaisie mortifère, entre ironie, humour et rage, qui certes ne plaira pas à tous, mais qui est porteuse de belles promesses.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé Spécial à Strasbourg

Chère Chambre de Pauline Haudepin
TNS
Salle Gignoux

1 avenue de la Marseillaise
67000 Strasbourg
jusqu’au 5 décembre 2021
durée 2h00

Texte et mise en scène de Pauline Haudepin
Avec Jean-Louis Coulloc’h, Sabine Haudepin, Dea Liane, Jean-Gabriel Manolis, Claire Toubin
Scénographie de Salma Bordes
Lumière de Mathilde Chamoux
Costumes de Solène Fourt
Composition musicale et son de Rémi Alexandre
Plateau et régie générale de Marion Koechlin

Crédit photos © Jean-Louis Fernandez

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