Magali Montoya © Pénélope

Magali Montoya, ciseleuse de portrait de femme

Au Colombier à Bagnolet, avant de poser ses valises au Moulin du Roc à Niort, magnifiquement rénové, Magali Montoya esquisse le portrait de l’autrice dominicaine Jean Rhys. À l’écriture et au plateau, la comédienne et metteuse en scène sètoise insuffle la vie, avec une ingéniosité foisonnante, aux mots de l’écrivaine créole. Rencontre avec une artiste passionnée, engagée, qui sculpte à chaque spectacle de beaux personnages de femme.

Les Tigres sont plus beaux à voir d’après l’œuvre de Jean Rhys traduite par Jacques Tournier, René Daillie, Claire Fargeot… Mise en scène Magali  Montoya © DR

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
La danse des marguerites, cour de la maternelle, rue Condorcet à Sète, les garçons étaient habillés en tiges et les filles en fleurs, tout un programme ! Je m’appliquais ! Vif succès.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
Adolescence, hasard des activités : une amie – viens, on s’amuse bien ! Je m’y suis plus qu’amusée, j’étais mordue, un monde s’est ouvert. Dans le même temps un soir au théâtre, Les Trois Soeurs de Tchekhov. Anne Alvaro y jouait. J’ai vu une vie, c’est ce soir-là peut-être ? (J’ai retrouvé Anne ensuite dans « le métier » et elle était de mon premier spectacle)

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédienne et metteuse en scène ?
C’est à cet endroit que je me sens le plus vivante, c’est de là que je parle. Comédienne, un désir clair très vite. Metteuse en scène, pour passer de l’autre côté, partager différemment, être dedans et dehors et transmettre à d’autres un choc, le rendre partageable avec la complicité, la confiance et la compréhension d’une équipe.  

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
Don Juan revient de guerre Horvath, Printemps des comédiens Montpellier mis en scène par Jean-Marc Bourg et Jacques Allaire , avec mes camarades du conservatoire de Montpellier (mon père, qui ne pleurait jamais était venu voir le spectacle. Au salut, je l’ai vu en larmes, la pièce l’avait remué atteint.) 

Les Tigres sont plus beaux à voir d’après l’œuvre de Jean Rhys traduite par Jacques Tournier, René Daillie, Claire Fargeot… Mise en scène Magali  Montoya © DR

Votre plus grand coup de cœur scénique ? 
Il y en a plusieurs ! Des clowns de Leningrad, au Récit de la servante Zerline (K-M Grüber), les spectacles de Jean-Marie Patte ! Titre provisoire ; Mes fils, et beaucoup d’autres plus proches, Italienne Scène et Orchestre (Jean François Sivadier et sa bande, un manifeste joyeux) pour en citer un. 

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
Il y en a eu beaucoup ! Mehmet Ulussoy, la folie, le récit, jouer devant Aimé Césaire, le discours sur le colonialisme, Alain Olivier, douceur confiance parole tenue, Le Marin Pessoa ; Jean Marie Patte, dans l’intimité d’une salle à préparer son jubilé de théâtre qui n’aura pas lieu Dominique Lurcel, l’humanisme. Et beaucoup d’autres encore côté théâtre. Et dans la vie, beaucoup de belles rencontres. « Trois rencontres merveilleuses qu’elle fit dans son enfance lui ont donné à entendre que le sens de la vie était de faire des rencontres » Unica Zürn, l’Homme-Jasmin.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
Pas de différence entre mon métier et ma vie, c’est tout un et ils s’arrangent pour s’équilibrer l’un par l’autre.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
La vie ! Vivre et les rencontres.
Et les auteurs, les livres et la liste serait longue.

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
Intuitif, organique, obsessionnel parfois, cherchant à réunir des singularités vers un chemin commun pour partager un choc initial.

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ?
Partout. « Quelque chose est passé de mon cœur à ma gorge puis dans mes yeux, » Jean Rhys

Les Tigres sont plus beaux à voir d’après l’œuvre de Jean Rhys traduite par Jacques Tournier, René Daillie, Claire Fargeot… Mise en scène Magali  Montoya © DR

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Plein !
On a le droit de faire revenir les morts ?
Roger Blin ! (lire Roger Blin, une dette d’amour Hermine Keragheuz …magnifique)
Et ceux avec qui je travaille en ce moment, je voudrais que ça dure. Ils n’ont peur de rien, ils sont formidables, des artistes ! Julie Denisse, Bénédicte Le Lamer, Jules Churin, Roberto Basarte.
je les adore !

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
La folie libératrice, a-t-elle une place aujourd’hui ? Si oui,
une révolution : on brûle les ordinateurs, et les tablettes, et on repart à la base, on se regarde, on se parle on se rencontre , on brise les solitudes (et les frontières, mais là c’est un autre sujet)

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ?
Un livre. Lequel ? Il y en a plusieurs, la liste est longue et tous ceux que je ne connais pas. C’est par eux que tout s’ouvre, l’imaginaire, le vivant, ils sont une source d’émancipation qui traverse les siècles, tant qu’on les a sous la main. Préserver ce possible, pour tous.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Les Tigres sont plus beaux à voir d’après l’œuvre de Jean Rhys traduite par Jacques Tournier, René Daillie, Claire Fargeot…
résidence de création en décembre 2020 au théâtre Le Colombier à Bagnolet

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut