Condor de Frédéric Vossier TNS. Mise en scène d'Anne Théron © Jean Louis Fernandez

Condor, une confrontation glaçante entre victime et bourreau

Condor de Frédéric Vossier
TNS. Mise en scène d'Anne Théron
© Jean Louis Fernandez

Au Théâtre national de Strasbourg, Anne Théron, metteure en scène associée du lieu, s’empare de Condor, un texte fragmenté, sec, radical de Frédéric Vossier. À travers un huis-clos sans échappatoire, sans concession, le dramaturge, docteur en philosophie politique et conseiller artistique au TNS – , évoque un des plus sombres chapitres de l’histoire de l’Amérique latine, l’opération Condor. En 1975, les dictatures du Chili, d’Argentine, de Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay, s’allient afin de conserver le pouvoir sans aucune contestation possible en réduisant à néant toute tentative des mouvements contestataires ouvriers et socialistes de les renverser. Au menu de cette période noire, qui a vu se déchirer amis, familles, voisins, tout un arsenal de violentes et barbares représailles :  tortures, assassinats, viols, emprisonnements et pour les plus chanceux exils. 

Marqué enfant par cet événement qui était au cœur des discussions et des préoccupations des consciences politiques et militantes de l’époque, Frédéric Vossier a imaginé une rencontre, quarante ans après ces tragiques événements entre une sœur et un frère, une victime, et certainement un bourreau. Par fragments, il reconstruit une nuit durant laquelle le passé vient percuter le présent, où les non-dits, les fantômes ressurgissent en creux, où les traumas d’hier vont peut-être trouver la force de la résilience, du pardon ? 

Dans un décor gris, triste, rappelant quelques horribles cachots, quelques sombres bunkers, Anne Théron imagine un temps suspendu, un songe tragique aux allures de noir cauchemar. En s’attachant à donner au texte toute sa puissance inquiétante, mortifère, et entretenant le flou entre rêve et réalité, la metteuse en scène fait de Condor, une sorte d’inexorable et funeste descente aux enfers, où les mots assassinent, les gestes brûlent. L’ensemble peut paraître un peu abscons, cependant le jeu habité glaçant des deux immenses comédiens, que sont Mireille Herbstmeyer et Frédéric Leidgens, emporte le tout. Exsangue, cherchant l’air, le public s’extraie difficilement de cet objet scénique glaçant. Mais, n’est-ce pas la force du théâtre de déranger, secouer, inviter à une réflexion sur le monde d’hier d’aujourd’hui, à ouvrir les yeux ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Strasbourg

Condor de Frédéric Vossier
TNS – Théâtre National de Strasbourg
1 Avenue de la Marseillaise 
67000 Strasbourg

Tournée
Du 18 au 28 novembre 2021, à la MC93 Maison de la Culture de Seine Saint Denis, Bobigny
Du 26 au 29 avril 2022 au Théâtre Olympia – Centre dramatique national de Tours

Mise en scène d’Anne Théron
Avec Mireille Herbstmeyer, Frédéric Leidgens
Scénographie et costumes de Barbara Kraft
Lumière de Benoît Théron
Son deSophie Berger
Chorégraphie Thierry Thieû-Niang
Assistanat à la mise en scène Claire Schmitt
Vidéo et régie générale Mickaël Varaniac-Quard

Crédit photos © Jean Louis Fernandez

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