Rémy Bovis-De Rue et De Cirque © DR

Rémy Bovis, Village de cirque à cœur

Depuis une semaine, la pelouse de Reuilly est en pleine effervescence. Le Village de cirque a posé ses valises et ses chapiteaux pour une quinzaine de jours dédiés au cirque contemporain. Rémy Bovis, directeur de la Coopérative De Rue et De Cirque et organisateur de la manifestation, revient sur l’histoire de cet événement, son ADN, son importance à ancrer cette discipline millénaire dans le monde d’aujourd’hui.

En quelques mots, comment est né Village de cirque ?

LE POIDS DES NUAGES / CIE HORS SURFACE. Village de Cirque. © David Pichot

Le Village de cirque est né en 2005 pour mettre en lumière le cirque contemporain sous chapiteau. Le lieu, la pelouse de Reuilly n’est pas anodin. C’est le seul endroit de Paris où l’on peut installer des chapiteaux. Par ailleurs, c’est un lieu identifié pour ce type d’activité, et tout particulièrment pour le cirque traditionnel. Notre volonté est bien claire : montrer que le cirque sous chapiteau a changé, qu’il touche tous les publics, notamment les jeunes. Qu’il est le miroir d’une société en mouvement, reflet de son temps et carrefour des esthétiques.

Quel est son ADN ?

Le cirque de création sous chapiteau et en plein air. Le Village de cirque soutient les équipes qui font le choix du chapiteau, un choix fort qui engage les équipes et les compagnies. Souvent un choix de vie, mais surtout la volonté d’un rapport particulier au public, celui d’une proximité, d’une fraternité. La Coopérative De Rue et De Cirque qui porte le projet, porte ces valeurs de proximité et d’exigence artistique. La politique tarifaire très attractive du Village de cirque participe de ce projet et permet l’accessibilité des publics à un espace de création et de vie. 

Quels sont les temps forts ?

Desiderata. Cie Cabas . Circa20. Village de Cirque. © Tom Neal

En 3 week-ends, tous les moments sont forts. Depuis l’arrivée des artistes sur le site jusqu’à la dernière toile qui tombe. Mais chaque première est un moment particulier, une catharsis chargée de tension et d’émotion. L’ouverture est évidemment un temps très très fort, on ouvre grand les portes et on espère que le public sera présent. C’est chaque fois un bonheur de voir les gens arriver, pour les équipes et les artistes. Chacun est à son poste et la magie opère. La rencontre des publics avec les spectacles est évidemment toujours un moment attendu. Pour les premières particulièrement. Lorsque que la rencontre a lieu, que les spectacles sont applaudis, ovationnés, c’est bien entendu du bonheur pur et cela nous donne de la force. Nous sommes très heureux de ces moments.

Depuis quelques années, le cirque sort de l’ombre, s’affirme comme un art à part entière. Quelle est sa singularité ?

Oraison. Cie Rasposo. Village de Cirque © Ryo Ichii

En 40 ans, le cirque a su se diversifier. Les pionniers, Plume, Baroque, Archaos, Les Arts-Sauts ont ouvert la voie de la diversité, du métissage tout en défendant une certaine radicalité et exigence dans le travail. Une filière s’est petit à petit structurée avec ses centres de formation, ses lieux de création et le développement de moyens, encore très minoritaires malheureusement. Mais tout en se développant le nouveau cirque a gardé une forme alternative, un peu rebelle, libertaire, surtout pour les équipes qui font le choix du chapiteau.
Aujourd’hui, le cirque est à la croisée des arts, particulièrement de la danse. Les artistes sont ouverts, curieux des autres disciplines et il existe une véritable transversalité avec d’autres équipes, d’autres esthétiques. C’est une grande force et le signe très clair d’une ouverture au monde, aux autres. Gage de bonne santé.
Le cirque est un art populaire de plus en plus reconnu pour la qualité de ses mises en scène, l’inventivité de ses scénographies et son travail de recherche permanent. Ce lien particulier avec les publics en fait un art fédérateur incontournable. Les professionnel.le.s ne s’y trompent pas puisque l’on retrouve des propositions cirque dans nombre de programmation de théâtre voir d’opéra. Si nous nous en réjouissons, nous soutenons d’autant le cirque sous chapiteau. Indispensable.

La baseline de Village de cirque est le cirque sous toutes ses formes. Est-il important d’affirmer cette richesse incroyable, cette force vive de tous les possibles ?

YIN ZÉRO / CIE MONAD. Village de Cirque © Emmanuelle Tricoire

C’est essentiel. Le cirque de création est pluriel. Il est né de l’hybridation des genres, pas par opportunisme, mais parce que c’est dans ses gènes. Il est essentiel de donner à voir toutes ces formes, du plus grand au plus intime, celle d’un collectif de 20 artistes ou le solo d’une clownesse sur son cheval, la voix d’une femme révoltée et la légèreté d’un acrobate sur un fil. Le cirque est un art plus que vivant, c’est un art de vie qui demande un engagement total. Les artistes côtoient le risque, parfois la mort, la force de vie est donc extrêmement puissante qui nous fait si souvent vibrer. Le cirque voyage à travers le monde, le langage des corps est universel, il ne connaît pas de frontières, il est mouvant. Le Village de cirque aime à être un espace de visibilité pour toutes ces équipes. Nous revendiquons une programmation miroir de cette richesse, bien entendu.

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Le village de cirque
Pelouse de Reuilly
Du 10 au 26 septembre 2021

Crédit photos © Cécile Carlotti, © David Pichot, © Ryo Ichii et © Emmanuelle Tricoire

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*