Sylvain Huc abandonne le corps de ses danseurs à la Nuit

Au théâtre de la Vignette, dans le cadre de Montpellier Danse, Sylvain Huc invite à une balade sensuelle, sensorielle et singulière au cœur de la Nuit. En bon anthropologue, il explore, à travers les comportements des corps de trois danseurs, la gestuelle nocturne de l’être humain. Une expérience troublante et hypnotisante. 

Le soleil brille en cette fin d’après-midi estivale. Une petite brise salvatrice évite de succomber à la chaleur ambiante. Devant le théâtre de la Vignette, les premiers spectateurs profitent de la douceur du temps, de la lumière avant de plonger dans la pénombre et l’obscurité, sujets d’étude de la dernière création du chorégraphe Sylvain Huc

Au pays du clair-obscur
Nuit de Sylvain Huc. Montpellier Danse © Loran Chourrau

Dans la salle, le noir tombe sans prévenir. Le silence est aussitôt rompu par le chant des cigales, le brouhaha lointain d’une ville qui s’endort. Sur scène, on devine trois corps, qui ondulent au rythme lent des tempos insolites engendrés par les sons étouffés de la nuit. Dans l’espace délimité par des pendillons noirs, les interprètes Mathilde OlivaresLucas Bassereau et Gwendal Raymond semblent imperceptiblement entrer en transe. Les mouvements s’accélèrent. Les gestes se font sensuels sans jamais être charnels. Pour l’instant tout contact est prohibé. Les vibes technos assourdis n’ont pas encore fait leur effet. Pas de lâcher-prise, la dérive est contrôlée. 

Corps à corps charnels autant que brutaux

La nuit tout est permis. Les corps s’abandonnent, s’attirent et se rejettent sans cesse. Les caresses se font brûlures. Les jeux de séduction tournent court, l’appel de la chair devient violence. Hommes, femmes, confondus, l’être humain nocturne n’a plus de genre. Les mouvements s’intensifient, les regards deviennent voraces. Actes sexuels ou bagarre nocturnes, tous se mélangent. Plus rien n’a de sens, tout devient évidence. 

Une écriture hypnotique

Scrutateur du monde, de la nature humaine, Sylvain Huc ne laisse jamais rien au hasard. Tout est contrôlé avec minutie. Son écriture est cérébrale, réflective. Elle explore le comportement des corps, le sens de chaque geste. Elle dissèque chaque attitude pour en transcender l’essence. Tel un marionnettiste, il guide ses danseurs, esquisse chaque mouvement. Lancinante, saccadée, alternative, la danse nocturne imaginée par le chorégraphe, basé à Toulouse, se fait envoutante, ensorcelante. Impossible de détacher son regard, de ces corps qui tanguent, se balancent, vacillent et s’étreignent. 

Une nuit entre rêve et réalité 
Nuit de Sylvain Huc. Montpellier Danse © Loran Chourrau

Plongé dans l’obscurité, l’esprit humain vagabonde. Totalement fasciné par ses silhouettes de chair et de sang, par ces ombres chinoises délicatement ciselées par les lumières de Fabrice Planquette et Manfred Armand, le public perd lentement le sens de la réalité et se prend à fantasmer à tous les possibles que l’obscurité de la nuit permet. 

Après les corps nus de Sujets en 2018, Sylvain Huc revient à Montpellier danse, avec une œuvre tout aussi dense qui autorise toutes les lectures possibles. Une plongée expérimentale troublante au cœur des désirs nocturnes, des appétits noctambules.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Montpellier

Nuit de Sylvain Huc 
Montpellier Danse 
Théâtre de la Vignette
Université Paul-Valéry Montpellier 3
Avenue du Val de Montferrand
34000 Montpellier

Cie Sylvain Huc
Conception et chorégraphie de Sylvain Huc
Interprétation – Lucas Bassereau, Mathilde Olivares, Gwendal Raymond
Conseiller artistique et chorégraphique – Thiago Granato
Assistants – Loran Chourrau, Mathilde Olivares
Lumières :de Fabrice Planquette, Manfred Armand
Œil – Pascale Bongiovanni
Univers sonore – Fabrice Planquette 
Costumes de Lucie Patarozzi
Régie générale – Manfred Armand

Crédit photos © Loran Chourrau et © Le Petit Cowboy

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