Alain Foix Atikté © DR

Alain Foix, de la danse au théâtre à l’Albatros

À l’Albatros théâtre, Alain Foix adapte à la scène une pièce qui lui a été inspirée par une statuette de Degas, Atikté. Questionnant les identités et les traumas qui modifient la perception du monde, l’auteur et metteur en scène livre quelques clés de son processus créatif. 

Qu’est-ce qui vous a inspiré ? 
Atikté d'Alain Foix. Morgane Lombard © DR

Alain Foix : C’est Atikté elle-même, cette statuette de danseuse de Degas qui trône dans mon salon. Elle est puissamment inspirante. J’ai eu envie de la mettre en scène. J’avais aussi depuis longtemps envie d’écrire une pièce pour ces deux magnifiques comédiens que sont Morgane Lombard et Fred Fortas, l’une juive d’origine, l’autre arabe, et les associer à cette danseuse hors du commun qu’est Manuèle Robert. Elle serait cette Atikté qui crée le lien entre ces deux personnages. Mais le titre et le nom d’Atikté qui signifie littéralement « celle qu’on ne touche pas », me vient de très loin. Je l’ai emprunté à Paul Valéry qui nomme ainsi la danseuse de son dialogue philosophique intitulé « L’Ame et la danse« .

Est il important dans votre travail et dans votre processus créatif de conjuguer théâtre et danse ? 

Alain Foix : Je suis partisan d’un théâtre total, d’un théâtre pluri et interdisciplinaire, tel qu’il existait d’ailleurs du temps de Molière (le Malade imaginaire était d’ailleurs autrefois une comédie ballet). Le langage silencieux de la danse dans une dramaturgie l’incluant organiquement apporte un complément de sens au langage écrit et parlé du théâtre. Je suis un écrivain et un philosophe qui sait que les mots ne disent pas tout.

Le protagoniste de votre pièce est en quête d’identité, de repères. En quoi cette thématique est-elle chère à vos yeux ? 
Atikté d' Alain Foix. Morgane Lombard  et Fred Fortas © DR

Alain Foix : On pose souvent assez mal la problématique de l’identité qu’on considère souvent comme un masque déterminant l’individu. L’identité n’est pas un habit d’immobilité, mais bien au contraire ce qui chez le sujet individuel le pousse dans son questionnement en lui-même et sa confrontation avec le monde à questionner ses propres limites. C’est le moteur du « qui suis-je ? Que sais-je ? Que m’est-il permis d’espérer. » Celui qui croit savoir définitivement qui il est se trompe de personne. Il fait de cette vague, de cette mer toujours recommencée de sa personne, une statue de sel. En se fermant dans son identité il se ferme aussi bien à lui-même qu’aux autres. Le théâtre est justement ce lieu du dialogue entre les personnages où les masques peuvent s’échanger, se transformer au fur et à mesure du déroulement de la pièce. Si comme dit Sartre, « l’enfer c’est les autres », c’est parce que je suis toujours un peu dans l’autre qui est aussi ce miroir que parfois je ne veux pas voir. 

Vous faites référence à Degas dans la pièce. Quel est votre rapport à cet artiste mais aussi aux arts plastiques ? 
Atikté d'Alain Foix © DR

Alain Foix : Pour répondre à cette dernière question, je retourne à la première et vous parle d’Atikté, cette statuette de Degas que je nomme ainsi en l’empruntant à Paul Valéry qui était un grand admirateur de Degas et qui a notamment écrit « Degas, danse, dessin ». Valéry et Degas que j’ai longuement étudiés lors de mes études de philosophie esthétique à la Sorbonne à la fin desquelles j’ai obtenu mon doctorat de philosophie avec une thèse intitulée « danse et philosophie« .Plus que le théâtre de texte, la danse et notamment la danse moderne et contemporaine a partie liée étroitement avec l’art plastique. Il suffit de penser à PicassoBraqueMatisse, leur rapport au ballet, et jusqu’aux temps contemporains, le Grand Verre de Duchamp dansé par Merce Cunningham etc.  Déjà, au XVIIIe siècle, le chorégraphe Noverre disait : « Le ballet est un tableau en mouvement« . C’est donc en grande partie de mon intérêt à la danse qui a dessiné mon intérêt à l’art plastique. Je considère d’ailleurs la scénographie lumière ou le décor du théâtre comme un des arts plastiques majeurs lorsque, bien-sûr, ce sont des artistes de talent qui le font.

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Atikté d’Alain Foix
Festival d’Avignon le OFF
ALBATROS
29, rue des Teinturiers
84000 – Avignon
du 19 au 31 juillet à 12h00
Durée 1h05

Crédit photos © DR

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