Marie-Sophie Ferdane, l’autre Patti Smith

Au théâtre 14, après de multiples reports dus aux confinements successifs, Marie-Sophie Ferdane se glisse dans les mots de Claude Galea, dans les pas de la musicienne et poétesse américaine, marraine du punk. Emportée par la mise en scène sobre, rock et efficace de Benoît Bradel, la comédienne brûle les planches dans La 7e vie de Patti Smith.

Il y a des spectacles qui attirent comme un aimant, qu’on rêve d’enfin voir sur scène. Bien qu’à portée de main, ils s’échappent, s’éloignent dans le vide sidéral causé par la covid, par les différents confinements, la fermeture des lieux de culture. Programmé en mars, puis en novembre, la 7e vie de Patti Smith a failli passer à la trappe, ne jamais pouvoir être remontée sur scène. C’est sans connaître la pugnacité des deux directeurs du théâtre 14Mathieu Touzé et Édouard Chapot, sans connaître le désir profond du metteur en scène Benoit Bradel et de la comédienne Marie-Sophie Ferdane de défendre cette performance musicale euphorisante et revigorante. 

D’une femme à l’autre
Marie-Sophie Ferdane,  Thomas Fernier et Seb Martel dans La 7e vie de Patti Smith de Claudine Galea. Mise en scène de Benoît Bradel © Christophe Raynaud de Lage

À l’instar de l’égérie punk-rock des années 1960-1970, ce portrait en creux, qui entremêle, conjugue les errances d’une jeune provinciale et quelques moments de vie de la mythique artiste, est un ovni théâtral, un objet envoûtant, unique qui réveille nos corps endormis par ces mois d’inaction. Les reafs des guitares, la présence lumineuse et le timbre chaud, rauque parfois, de la comédienne font tressaillir muscles, nerfs, palpiter tympan et cœur. Transcendant les maux de Claudine Galea, s’appropriant sa prose, Marie-Sophie Ferdane habite cette jeune fille de seize ans, un peu trop maigre, un peu trop timide, qui, un soir, est traversée par la voix saccadée, un brin incantatoire, presque sourde de Patti Smith, la poétesse androgyne, l’icône d’une génération rebelle. 

Jeu de miroir 

Avec trois fois rien, un manteau, un bonnet, Benoît Bradel donne vie à ce récit de vie(s), à ce texte vibrant, humain où comédienne, autrice et chanteuse sont le double de l’autre et s’imbrique telles des matriochkas russes. Entourée de deux musiciens rock, Marie-Sophie Ferdane incarne les mots, chante quelques standards rock, s’adresse au public l’invite à entrer dans la danse de ce jeu de miroir vertigineux où tout se trouble, s’accorde. En donnant un sens à la vie de Claudine Galea, lui insufflant le goût de l’écriture, Patti Smith, la légende, la femme, l’amoureuse, l’artiste, lui permet de se libérer des carcans, d’accepter sa féminité, son amour des femmes. 

Une performance totale
Marie-Sophie Ferdane,  Thomas Fernier et Seb Martel dans La 7e vie de Patti Smith de Claudine Galea. Mise en scène de Benoît Bradel © Jean Louis Fernandez

Au-delà du texte, ciselé, vivant, La 7e vie de Patti Smith, parcouru en filigrane par Rimbaud, Shakespeare, Duras, Mappelthorpe, Joplin, entre autres, est une expérience totale entre théâtre et concert. De sa silhouette longiligne, la comédienne habite le plateau, fait vibrer les murs, la salle et entraîne dans son sillage, dans son rêve éveillé un public chauffé à blanc. Une expérience à ne rater. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

La 7e vie de Patti Smith D’après Claudine Galea
Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier
75014 Paris
du 1er au 5 juin 2021

Un spectacle de Benoît Bradel
avec Marie-Sophie Ferdane, Thomas Fernier et Seb Martel

Crédit photos © Jean-Louis Fernandez et Christophe Raynaud de Lage

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