Jane Birkin © Nathaniel Goldenberg

Jane Birkin, en toute intimité poétique

Avec la complicité, d’Etienne Daho, ami de la famille, Jane Birkin reprend la plume et livre avec une belle lucidité ses pensées dans Oh ! Pardon tu dormais… Ouvrant la boite aux souvenirs, aux blessures secrètes, réveillant quelques vieux fantômes, elle signe un album douloureusement lumineux et malicieusement triste. Pour les impatients et les curieux, l’ex-fan des sixties présentera en avant-première son concert, du 24 au 26 mai à Vannes, Scènes du Golfe. 

Tête de trois quart, cachée par ses cheveux coupés au carré, Jane Birkin apparait songeuse sur la poche de son dernier album, Oh ! Pardon tu dormais… Le grain de la photo noir et blanc semble évoquer le travail de sa fille Kate Barry, disparue tragiquement une froide Nuit de l’hiver 2013. Cette disparition brutale hante les pensées, les mots de la plus française des chanteuses britanniques. Poussée par Etienne Daho, producteur et compositeur attentif, elle ouvre certaines portes de son jardin secret à travers les textes de treize chansons intimes. 

Des mots pour libérer d’autres maux
Oh !  Pardon tu dormais ... de Jane Birkin

Loin de l’image de jeune fille bien rangée, un peu légère, dévergondée par Gainsbourg, de cette Galatée à l’accent délicieusement british modelée par son pygmalion, Jane Birkin sort de sa coquille, révèle sa nature poétique, mélancolique, émancipée. Reprenant le titre du film qu’elle écrit en 1992, puisant dans ses évocations autobiographiques, elle dévoile son talent de conteuse, d’autrice. De sa plume à la lumineuse noirceur, elle creuse la veine de ses fêlures, des fantômes du passé qui habitent son quotidien. Entourée par Daho, bien sûr, mais aussi par Jean-Louis Piérot, arrangeur et compositeur qui a travaillé notamment avec MiossecBashung et Thiéfaine, tout en comme en 1983, sur l’album Baby Alone in Babylone, l’interprète cède le pas à l’autrice pour notre plus grand plaisir. 

Une belle écriture derrière la voix 

Devenue iconique, la voix fragile, légèrement fêlée de Jane Birkin, séduit par son timbre si singulier tout droit venu d’outre-manche. On chavire dès qu’elle chuchote ses Amours des feintes, décrit ses Dessous chics. Là, quand on écoute ce nouveau album, c’est autre chose qui saisit bien au-delà de l’interprétation, une sincérité franche, une vulnérabilité à fleur de mots. Se mettant à nu avec une pudeur infini, elle parle de Kate bien-sûr, lui consacre deux chansons rares, bouleversantes, mais aussi ses amours ratées, déchues, ses rencontres manquées.

Adieu inertie

Couchant sur les papiers ses afflictions, ses regrets, elle s’en libère à chaque syllabe, chaque mot écrit et prononcé. Sans retenue, elle lâche prise avec le passé entrant belle, rayonnante dans le présent. Il suffit de la voir sur la poche de son single Les jeux interdits, pour s’en convaincre. Son sourire, trop longtemps effacé, est beau à voir. Il irradie. Sans concession avec elle-même, à 74 ans, Jane Birkin semble renaître, un brin différente, plus mature, légèrement moins tourmentée. Humaine, vibrante, elle signe avec Oh ! Pardon tu dormais… un retour tout en beauté décalée, en sombre espièglerie dans les charts. 

En résidence à Vannes à partir du 15 mai, elle prépare avec son complice Daho son grand retour sur scène. C’est en effet, comme à son habitude, aux Scènes du golfe, dirigées par Ghislaine Gouby, qu’elle entamera sa tournée avec trois concerts exceptionnels. A vos agendas !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Oh ! Pardon tu dormais… de Jane Birkin
Label Kachalou/ Barclay/ Universal
Music

Crédit photos © Nathaniel Goldberg

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