Scali Delpeyrat © DR

Scali Delpeyrat, artiste fascinant autant que lunaire

Transformant, dans Je ne suis plus inquiet, conte autofictionnel paru aux éditions Actes Sud, les petits rien du quotidien en histoires extraordinaires, le comédien Scali Delpeyrat invite le lecteur à plonger dans son univers poétique, un brin loufoque et mélancolique. Connu pour ses rôles dans Engrenages et Baron noir, le comédien et auteur devrait retrouver les planches du Théâtre de la Ville, dès que les salles de spectacle rouvriront, pour présenter une version scénique de ce petit bijou d’écriture, qui met du baume au cœur.

Je ne suis plus inquiet de Scali Delpeyrat. Théâtre de la Ville. © Jean-Louis Fernandez

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ? 
Mon père, un soir de Noël, jouant de l’accordéon pour une vingtaine de personnes. J’avais 5 ans. Je ne savais pas qu’il jouait aussi bien. Il avait été premier Prix du Conservatoire de Tours à 13 ans. Ce soir-là, devant le sapin, il a enchaîné plusieurs morceaux de Bach et de Bal Musette. C’était magique. Tout le monde était en larmes. Il y a eu des applaudissements ; ce soir-là, j’ai compris que l’art était vivant. 

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ? 
J’étais déjà apprenti comédien au Conservatoire municipale d’Agen. Je faisais ça pour mon plaisir, mais j’ai décidé d’ « embrasser la carrière » de comédien, après avoir vu Les fantômes du chapelier de Claude Chabrol. Michel Serrault, l’acteur principal du film, m’a tellement impressionné, bouleversé, sidéré, que j’ai eu un déclic. Je me suis dit « Je veux faire ça. Je veux faire comme Michel Serrault. Bouleverser les gens, tout en les inquiétant, les faisant rire et réfléchir aussi… ». Je considère Michel Serrault comme un de plus grands acteurs du 20e siècle. 

Qu’est ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédien ? 
Je n’ai pas vraiment choisi d’être comédien. J’ai découvert à ma grande surprise que je l’étais. Je me souviens très bien du jour de cette découverte. À 13 ans, j’avais accepté sans enthousiasme de participer à un atelier théâtre organisé par un professeur de français de mon collège. J’ai répété mollement une scène de Arlequin, valet de deux maîtres de Goldoni. Le jour de la présentation publique est arrivée. Le prof m’a dit « Bon, allez, vas-y, c’est à toi, en scène ! » Je suis monté en scène, une estrade de fortune installée dans le gymnase du collège, et je me suis mis à jouer devant 150 autres élèves. C’est à ce moment précis que j’ai découvert ma vocation. Ce fut extraordinaire. Comme si j’entrais en contact avec moi-même pour la première fois, dans un bain chaud d’écoute et de concentration.

SUJET A VIF, LA ROSE EN CERAMIQUE. Conception et interpretation Scali Delpeyrat et Alexander Vantournhout. © Christophe Raynaud de Lage

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
C’est un spectacle que j’ai co-écrit avec Michel Fau, qui s’intitulait Huguette au Pays des Merveilles. Nous avions 16 ans et avions créé le club théâtre de notre lycée. C’était un enchaînement de sketchs écrits par nous-mêmes et de scènes tirée du répertoire classique que nous parodions. J’en garde le souvenir d’une confirmation, celle que j’adorais être à tous les postes. Jouer, écrire, mettre-en-scène. 

Votre plus grand coup de cœur scénique – une pièce, une équipe, une personne, plusieurs personnes ? 
Rêves de Frantz Kafka, un spectacle de Philippe Adrien, en 1988. Il avait organisé un stage sur le thème du rêve, et avait demandé à Enzo Corman d’écrire à partir des scènes improvisées par les comédiens. J’ai vu le spectacle 17 fois. Je l’ai fait découvrir à tous mes amis. En 1996, j’ai eu l’immense chance d’avoir été le Hamlet de Philippe Adrien, et cette aventure m’a transformé. 

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
La réalisatrice, dramaturge et scénariste Léa Fazer. Elle a écrit plusieurs spectacles pour moi. Elle m’a dirigé de main de maître, m’a donné des rôles sur mesure, m’a engagé dans presque tous ses films. Elle m’a appris à avoir confiance en ma singularité. Elle m’a aussi beaucoup aidé dans mes premiers pas d’auteur. Elle lit toutes mes premières versions et me « coache ». Sans elle mon premier livre, Je ne suis plus inquiet, sorti chez Actes Sud, ne serait pas ce qu’il est.

Dance is a dirty job but somebody’s got to do it de Scali Delpeyrat avec Elizabeth Mazev, Mathieu Calmelet, Scali Delpeyrat, Clément Landais © Agathe Poupeney

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ? 
Mon métier n’est pas essentiel à mon équilibre. Mais je pense souvent que mon équilibre est essentiel à mon métier. 

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
Les moments où les gens sont plus bienveillants qu’ils n’auraient besoin de l’être. Les tout petits détails du quotidien. La poésie. Mon chat. La méditation. 

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
Addictif. Ambivalent. 

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
Mon gros orteil droit, qui est la partie de mon corps la plus agitée. 

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ? 
J’aimerais travailler avec la chanteuse Jeanne Added, le chanteur Peter Peter, le chorégraphe Olivier Dubois, la comédienne Emmanuelle Lafon, le comédien Micha Lescot, le metteur en scène Christophe Rauck, le philosophe Jean-Baptiste Rauzy. 

À quel projet fou aimeriez-vous participer ? 
J’aimerais pouvoir finaliser mon projet le plus underground : faire un spectacle de l’adaptation que j’ai faite du Séminaire 20 de Jacques Lacan, intitulé Encore

Si votre vie était une œuvre, qu’elle, serait-elle ? 
Porte de Montreuil de Léa Fazer, édité aux éditions Avant-Scène, Quatre-Vents. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Je ne suis plus inquiet de Scali Delpeyrat. Éditions Actes Sud

Je ne suis plus inquiet de Scali Delpeyrat.
Collection Au Singulier. Éditions Actes Sud.

Je ne suis plus inquiet de Scali Delpeyrat
Théâtre de la Ville.

Crédit photos © DR, © Jean-Louis Fernandez, © Christophe Raynaud de Lage et © Agathe Poupeney

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