Oscar Castro © Ministerio Bienes Nacionales - Wikimedia Commons

L’artiste chilien Oscar Castro emporté par la Covid

Voilà encore une bien triste nouvelle, ce 25 avril, la Covid a eu la peau du dramaturge, metteur en scène et comédien chilien Oscar Castro, ce que le régime de Pinochet n’avait pas réussi à faire. C’était un artiste hors-norme, un être assez exceptionnel qui maniait humour et dérision pour souligner les dérèglements de ce monde. 

C’est par hasard, en regardant Facebook que je découvre l’annonce du décès d’Oscar Castro. Ma première réaction et ce fameux… Non ! Puis mon cœur s’est serré et dans ma tête la ritournelle de la chanson qu’il avait écrit avec Pierre Barouh s’est mise à tourner en boucle : « Il y a ceux qui rêvent les yeux ouverts et ceux qui vivent les yeux fermés, ceux pour qui tout va tout à l’envers jamais le cœur abimé, résigné. Si quelques paumés de l’univers au Kabaret de la dernière chance se retrouvent autour d’un dernier verre, viens prendre un air d’insouciance et danse ! »

La boîte aux souvenirs
Oscar Castro © Théâtre Aleph

A la manière de Perec, les « Je me souviens » surgissent. Je me souviens de notre première rencontre, en 1996, grâce à Christopher Roba, alors attaché de presse, qui donnait un coup de main à Pierre Richard. L’acteur venait d’intégrer la compagnie d’un certain Oscar Castro pour Meurtre à Valparaiso. Tel des aventuriers, nous avions franchis le périphérique pour nous rendre à Ivry-sur-Seine, dans une petite rue qui à l’époque me paraissait être le bout du monde ! Ce chemin, je le connaîtrais par cœur à force de le fréquenter. Parce qu’il en était ainsi, quand on allait au Théâtre Aleph, on y revenait.

Un Kabaret déjanté

Je me souviens combien j’avais adoré ce cabaret polar déjanté. Très vite, je découvrais l’univers d’Oscar fait de poésie, d’humour, de dérision, d’extravagance et d’insolence. Je me souviens de mes éclats de rire, de mon plaisir à découvrir ce travail qui semblait un peu foutraque et assez déjanté tant il y régnait un ton libre. C’était la signature des spectacles d’Oscar Castro

Ami du théâtre du soleil
entrée du théâtre Aleph © théâtre Aleph

Je me souviens de notre première discussion au bar du théâtre, où entre deux fou-rires, car il aimait rire, il m’a raconté, avec cet accent à couper au couteau, son étonnant parcours : le Chili, Allende et les espoirs que sa présidence avait apportés, la création du Théâtre Aleph, le coup d’État et la dictature de Pinochet, les camps où il fut interné durant deux ans et où il résista grâce au théâtre, à l’humour. En parlant des militaires, il disait : S’ils nous voyaient tristes, ils nous auront enfermés une deuxième fois ! ». Puis, il y eut l’exil, en 1977, la France, Ariane Mnouchkine qui l’accueillit à la Cartoucherie et qui collabora à sa première création française, L’exilé Mateluna

Naissance d’un théâtre

Je me souviens que son lieu à Ivry avait des airs de Cartoucherie. Un bar où les comédiens nous servaient le repas avant le spectacle, où l’on se retrouvait ensuite pour le dernier verre. Une ambiance chaleureuse qui faisait que l’on s’y sentait bien, comme à la maison. Un lieu où les habitués se rendaient à chaque création ou recréation. L’itinérance du théâtre Aleph a pris fin en 1995, l’année où Oscar a obtenu la nationalité française, dans ce quartier d’Ivry où les habitants aimaient venir. Les voisins aussi, comme Adel Hakim, directeur du TQI. Ensemble, ils nous avaient offerts deux magnifiques spectacles, Le 11 septembre de Salvador Allende et La nébuleuse vie de José Miranda

Retour d’exil 
théâtre aleph © Thierry Loiseau

En 2013, le théâtre Aleph a retrouvé sa terre natale du Chili. Comme j’aurais aimé être là pour assister à l’événement, voir l’émotion d’Oscar. Mais il me l’a raconté, en 2017, lors du jubilé du Théâtre Aleph. C’était un consécration ce retour aux sources, la recréation de la compagnie avec des comédiens chiliens. Cela avait été rendu possible grâce à la présidente Michelle Bachelet qui, dans ses années estudiantines avait’ appartenu à la troupe. Je me souviens que pour cette fête du cinquantenaire, il avait tenu à ce que je vienne, même si je n’étais plus au journal Pariscope, parce qu’il était fidèle à ceux qui le lui avait été. Ce geste m’avait énormément touché. On avait ri, chanté ensemble le Kabaret de la dernière chance, on s’était dit au revoir et à bientôt. Le temps a filé trop vite ! Alors adieu l’artiste et merci pour tous les plaisirs que vous nous avez offerts .

Marie-Céline Nivière

Théâtre Aleph
30 Rue Christophe Colomb, 94200 Ivry-sur-Seine

Crédit photos © Ministerio Bienes Nacionales – Wikimedia Commons, © théâtre Alpeh, © Thierry Loiseau

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