Laëtitia Guédon devant les Plateaux Sauvages © OFGDA

Laëtitia Guédon, vent debout aux Plateaux Sauvages

Après près d’un an de fermeture, Les Plateaux Sauvages, véritable pépinière de talents émergents, située en plein cœur du 20e arrondissement de Paris, rêve d’une réouverture festive et humaine des lieux de culture. À sa tête, la chaleureuse Laëtitia Guédon prépare un après solidaire, ancré dans le tissu social du quartier. Potagers partagés, mur végétal, ateliers théâtraux, tout est en ordre de marche pour ré-accueillir du public. 

Comment vivez- vous cette période ? 
Façade des Plateaux Sauvages © Pauline Le Goff

Laëtitia Guédon : Avec engagement et beaucoup de détermination. Comme tous nos confrères nous sommes dans l’expectative, dans l’espoir d’une réouverture très prochaine des lieux de culture. A l’heure actuelle, il n’est plus possible de faire des spectacles surgelés. Nous avons tenu bon, nous avons maintenu les résidences, mais cela ne peut durer qu’un temps. L’art vivant se nourrit de la rencontre avec le public. Les artistes que nous accompagnons ont pu continuer à travailler, mais, sans perspective, cela devient au fil des mois de plus en plus compliqué. La grande chance que l’on a eu aux Plateaux Sauvages, entre la fermeture administrative et celle liée à la pandémie, c‘est d’abord une équipe sur le pont, qui a défendu le projet de A à Z et qui est restée motivée tout le long de cette triste période et engagée autour la programmation, puis cela nous a permis de mettre à profit ce temps d’arrêt pour végétaliser le lieu, un des axes importants de mon projet quand j’ai pris la direction du lieu. Afin d’ancrer ce grand bâtiment dans le quartier, nous avons imaginé tout un processus en lien avec l’environnement, comme la mise en place d’un potager partagé en permaculture en association avec l’école située juste en face de nous. Nous avons aussi réaménagé le patio pour le rendre plus convivial, demandé à un street artiste reconnu, Popay, de transformer le mur de la casquette, et au duo barcelonais, Mina et Zosen, de donner également libre court à leur imagination sur notre mur à programmation de la terrasse, avec le concours de l’association Art Azoï. Nous avons aussi entretenu le lien avec le territoire, notamment au travers des ateliers de transmissions artistiques, mis en place avec les établissements scolaires. À côté de cela, l’équipe s’est emparée de la chaine éphémère PlateauxTV afin de rendre compte de l’activité des lieux. Même s’il y a eu des arrêts, même s’il est insupportable de ne pas vivre le lieu avec le public, la maison a toujours continué à vivre. C’est important que les gens qui ne sont pas du milieu se rendent compte de cela, de ce qui se passe en coulisses. Certes on parle de lieux occupés, mais j’ai l’impression que les lieux sont plutôt vitalisés par une jeunesse qui ne demande qu’à croire à demain. 

Comment voyez-vous la suite ? 
fresque d'Art Azoï - Les plateaux Sauvages © Baptiste Muzard

Laëtitia Guédon : Comme on ne s’est jamais vraiment arrêté, que l’on continue depuis le début de cette crise à soutenir les artistes, à les écouter, à prévoir les prochains rendez-vous, on est vraiment dans un mouvement, dans une volonté d’aller toujours de l’avant. On est vraiment au plus proche de la réalité et de ce qu’il est possible de faire. D’ailleurs, j’ai constaté, suite aux différents rendez-vous que j’ai pu avoir avec comédiens et metteurs en scène, c’est qu’il y a deux types d’énergie qui les animent. Certains sont comme « galvanisés » par une énergie de la révolte, avec l’envie d’en découdre, de développer deux ou trois projets, d’autres par contre, sont plus en retrait, car leur imaginaire a été comme interrompu en plein vol par la situation. Je suis très sensible à ce que traverse ces derniers, car à partir du moment, où le processus créatif est à l’arrêt, il y a danger pour les artistes, mais aussi pour la société. Car ce sont eux qui offrent un autre regard sur le monde, un pas de côté sur l’actualité qui est brassée sur les réseaux sociaux. Alors que la plupart des lieux ont sur des reports sur deux ou trois saisons, j’ai très tôt pris la décision de partir sur une nouvelle programmation, sans pour autant laisser tomber ceux qui n’auraient pas eu de visibilité depuis octobre dernier. Tous ont gardé leur temps de résidence, de répétition. On leur a donnés la possibilité de partager leur projet avec les professionnels. Et en même temps, on leur a proposés de participer à un temps fort avec le public de la fin août  à la mi-septembre sous forme de festival. Cette crise, nous a aussi appris à anticiper, à réagir très vite tout en préservant au mieux l’artistique. Nos métiers ont besoin de temps pour se nourrir, se développer. C’est une vraie gageure pour éviter la casse, la mise en danger. 

Qu’en est-il du festival que vous allez mettre en place en début de la saison prochaine ?
Ils ne sont pour rien dans mes larmes de Pierre Maillet © Pauline Le Goff

Laëtitia Guédon : Comme évoqué plus haut, il sera essentiellement composé des spectacles qui n’ont pu être vus par le public depuis octobre dernier. Malheureusement pour des raisons de calendriers, nous ne pouvons tout reprendre. Mais par exemple, on pourra redécouvrir la programmation qui était prévue dans le cadre du Festival l’équipée, une manifestation, autour de la place des femmes dans nos sociétés, que j’ai initié dès que je suis arrivée à la tête des Plateaux Sauvages, et qui fait l’objet, sur deux saisons, d’une association avec une autre directrice de lieu, en l’occurrence actuellement, Carole Thibaut, directrice du Théâtre des Îlets – CDN de Montluçon. Pour la saison dernière, qui n’a pas eu lieu, nous étions parties sur la thématique des sorcières, ce que cela signifie à notre époque. Après, on va retrouver entre autres, Et les cerveaux qui dansent de Vanessa Bettane et Séphora Heymann, qui ont répété, il y a peu, ici. Par contre Seras-tu là ? de Solal Bouloudine, sera visible en juillet dans le cadre de Paris l’été, avec qui nous avons noué un partenariat. 

Par ailleurs, vous êtes metteuse en scène, et vous préparez actuellement un spectacle programmé au Festival d’Avignon. Où en êtes-vous ? 
Répétitions de Penthésilé.e.s de Marie Dilasser, mise en scène de Laëtitia Guédon © Pauline Le Goff

Laëtitia Guédon : À la base, Penthésilé·e·s Amazonomachies était programmé la saison dernière, qui a été tout simplement annulée. Heureusement, Olivier Py nous a proposé de décaler d’un an notre venue à la Chartreuse. Cela nous a permis de reconsidérer entièrement le calendrier de création et de repenser l’ensemble, de prendre des temps nécessaires de pause, et d’ainsi ciseler l’objet théâtral. C’est un projet qui me tient à cœur et que j’ai envie de défendre. Le texte de Marie Dilasser, dont la thématique tourne autour des liens qu’entretiennent les femmes avec le pouvoir, est très fort. Il est à la fois poétique, drôle et corrosif. Par ailleurs, l’équipe artistique est un vrai enchantement. Que ce soit le musicien Seydou Boro, les comédiennes Marie-Pascale Dubé et Lorry Hardel, ou le magnifique chœur de trois jeunes femmes – Sonia BonnyJuliette Boudet et Lucile Pouthier – , j’ai vraiment beaucoup de chance et hâte de reprendre les répétitions.

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Penthésilé.e.s Amazonomachies de Marie Dilasser 
Présentation au Festival d’Avignon juillet 2021
La Chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon
Conception et mise en scène de Laëtitia Guédon 
Avec Seydou Boro, Marie-Pascale Dubé, Lorry Hardel, Sonia Bonny, Juliette Boudet, Lucile Pouthier (choeur)

Crédit photos © OFGDA, © Pauline Le Goff, © Baptiste Muzard

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