Catherine Blondeau © GRand T

Blanche est une couleur

Dans Blanche, son deuxième roman, paru aux Éditions Mémoire d’Encrier, Catherine Blondeau, directrice depuis 2011 du Grand T à Nantes, explore à travers son expérience et son vécu, la conscientisation de sa couleur de peau. Étayant son propos, l’impact de sa blancheur sur son quotidien, par de nombreuses références, elle livre un récit introspectif et autobiographique passionnant autant que questionnant.

Sur un fond noir, un caméléon multicolore cherche en vain à se camoufler. En lettres capitales blanches, son nom s’affiche telle une enseigne, un clin d’œil, une référence. Première de couv’ alléchante, l’envie de se plonger dans les mots Catherine Blondeau se fait plus pressante, plus piquante. Calé dans un fauteuil de train, roulant d’une ville à une autre, d’un théâtre à une salle de spectacle, écouteurs vissés sur les oreilles, égrainant les notes de Danzon n°2 du compositeur mexicain Arturo Márquez, interprétées par le jeune et inclassable prodige Simon Ghraichy, les premiers mots de ce nouveau roman, « Je ne savais pas que j’étais blanche », résonnent étrangement, réveillent de vieux souvenirs, d’étranges sensations. 

L’innocente jeunesse
Blanche de Catherine Blondeau
Mémoire d’Encrier

Quand on est petit, la notion de différence n’est même pas abstraite, elle est tout simplement inexistante. Si on ne m’avait pas raconté qu’à la maternelle, école Jeanne d’Arc dans le XIIIe arrondissement de Paris, j’étais le seul enfant n’ayant pas d’origine asiatique, je n’en n’aurais aucune souvenance aujourd’hui, tant cela est anecdotique. Nous étions tous des petites filles, des petits garçons, hauts comme trois pommes. Toute comme Catherine Blondeau, j’ai grandi, d’autres choses ont retenu mon attention, un jouet, des sons, des mots, mes origines, mes deux grands-pères cheminots, l’un qui m’a appris à faire du vélo, l’autre la gourmandise, un arrière-grand-père peintre et orfèvre, etc. Élevé dans un milieu enseignant, ouvert d’esprit, je me suis découvert des passions pour la lecture, l’art, l’histoire égyptienne, comme le père ouvrier de l’autrice. J’ai entendu parler de racisme, je me suis insurgé contre l’antisémitisme, contre le sexisme, contre la xénophobie. Mais comprenais-je vraiment de quoi il retournait ? Non.

Être blanc.he

Il a fallu les mots de Catherine Blondeau, suivre au fil des pages sa propre découverte de sa blancheur, ce que cela impliqué au quotidien pour mieux appréhender ce que cela signifiait. Avec finesse, elle puise dans ses expériences, dans ses rencontres, dans ses lectures, pour tenter de cerner les contours de sa couleur de peau, leurs impacts sur sa vie, leurs répercussions dans un monde part trop normé par les blancs. C’est en arrivant à Johannesburg, en tant que nouvelle directrice de l’Institut français d’Afrique du sud, que cette prof de lycée, ayant grandi dans la région de Rouen, est confrontée pour la première fois vraiment à ce qu’elle est, une « blanche », et ce que cela représente. Bien sûr, lors de ses études où elle s’est intéressée à la littérature française du XVIIIème siècle – sujet de sa thèse de doctorat-puis aux littératures post-coloniales, elle s’ouvre à d’autres cultures, d’autres champs. Lisant énormément, elle se sensibilise à une autre vision du monde, elle se passionne pour les textes de Césaire, de Lévi-Strauss, de Fanon, de Sedar Sanghor, d’Amadou Hampaté Bâ, pour la musique de Jimmy Hendrix, de Manu Dibango, d’Ike et Tina Turner, pour le jazz. Mais jamais, avant d’arriver au pays de l’Apartheid, elle n’avait pris conscience de sa blancheur. 

Un « chemin d’humanité »
Catherine Blondeau © Grand T

Loin de vouloir imposer aux autres des réponses, des assertions, des dogmes, Catherine Blondeau cherche à questionner autrement le monde qui nous entoure, à déplacer le débat, à insuffler dans cette confrontation idéologique, cette quête identitaire, chargée d’histoire, du sensible, de l’humain. Ouvrant des voies vers une nouvelle « poétique de la relation », à l’instar d’un de ses maître à penser, Édouard Glissant, elle invite chacun à revoir ses préjugés, ses comportements inconscients liés à une éducation. En dénonçant le racisme, en interrogeant sa « fragilité blanche », cette incapacité des occidentaux blancs éclairés à comprendre leur posture, à la remanier, elle modifie les lignes, oblige à un voyage introspectif, à réfléchir à ce que signifie « être blanc.he » dans un monde multicolore.

En parcourant les œuvres de penseurs et d’artistes du monde noir, tel Cheikh Anta DiopToni Morisson, ou Sony Labou TansiCatherine Blondeau signe avec Blanche, une œuvre déroutante, détonante, passionnante, qui ouvre de nouvelles pistes réflectives, de nouvelles perspectives. Une gourmandise savoureuse pleine d’intelligence, de lucidité.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Blanche de Catherine Blondeau
Mémoire d’Encrier
237p.
Prix conseillé 19 €.

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