Portait de Patrick Dupond par les © Studio Harcourt

Patrick Dupond, le bel hommage de sa complice et amie Pietra

Suite au décès brutal vendredi 5 mars 2021 de Patrick Dupond, qu’elle considère comme l’un des géants de la danse du XXe siècle, Marie-Claude Pietragalla a pris la plume pour esquisser le portrait d’un être rare, qui lui était si cher. 

Pietra et Patrick Dupont © DR

Un regard bleu acier, aussi doux que celui d’un enfant, un air de Peter Pan, toujours en quête de nouveauté, d’espièglerie, Patrick Dupond était un géant. De son entrée en 1969 à l’École de danse de l’Opéra de Paris jusqu’à son accident en 2000, il n’a cessé de révolutionner la danse classique, tout particulièrement dans sa manière d’aborder la danse en tant qu’homme, par sa fougue, sa liberté, son côté indomptable et son incessant besoin de défi. Il suffit de regarder son parcours extraordinaire pour s’en convaincre. Lumineux, radieux, il entre très jeune dans le corps de ballet à Garnier, monte à une vitesse presque vertigineuse les échelons de l’institution. Médaille d’or du Concours international de ballet de Varna à 17 ans, il est nommé étoile, quatre ans plus tard, à tout juste 21 ans. Impétueux, gourmand de la vie, en 1988 à 29 ans, il quitte Paris pour prendre la tête de la direction artistique du Ballet français de Nancy. Rappelé deux ans plus tard par Pierre Bergé, il devient à 31 ans le plus jeune directeur du Ballet de l’Opéra national de Paris. Un poste qu’il occupera jusqu’en 1995 entremêlant habillement et respectueusement tradition et modernité. Sa trajectoire est incroyable. 

Avec sa disparition si abrupte, des images reviennent. J’étais encore que petit rat quand déjà il brillait dans la grande division, juste avant d’intégrer le corps de ballet. On ne pouvait que le voir. Je l’ai tout de suite admiré. Il était à part, il avait cette étincelle, ce truc en plus, cette aura radieuse. Avec le recul, je crois que déjà à l’époque, on percevait en lui cette évidence, qu’il était né pour être danseur. Sa fougue et son instinct l’ont toujours guidé. Il était un virtuose, technique parfaite, interprétation solaire. 

Véritable ambassadeur de l’Opéra de Paris à l’étranger, Patrick Dupond a fait rayonner très haut la danse française. Il s’est produit dans le monde entier de New York à Tokyo, avec toujours la même affabilité, la même humilité. Étant chez lui sur scène, il avait un rapport avec le public détonnant et fort. Partout, où il se produisait, il électrisait l’assistance, les salles finissaient souvent debout. Aimant les gens, il était proche d’eux. Il y avait une belle réciprocité entre l’artiste et les spectateurs. Tout cela le galvanisait, le nourrissait. C’était une vraie star sans faux semblant. Humble, il était toujours très accessible aux autres, quels qu’ils soient. 

Gilles Reichert et Patrick Dupond © DR

C’était un artiste unique et rare qui communiquait à ses partenaires, dont j’ai eu la grande chance de faire partie, une énergie d’une rare intensité. Humainement mais aussi professionnellement, il m’a tellement apportée. C’est lui qui, à peine directeur de la Danse à Garnier, m’a nommée étoile. C’était le 22 décembre 1990. A partir de ce moment-là, et jusqu’à son départ forcé en 1997, on ne s’est plus quitté, on a très souvent dansé ensemble. Tout Comme Noureev, à qui il a succédé, Patrick a continué à fouler le plateau malgré ses fonctions. C’était un homme profondément généreux, toujours tourné vers l’autre. Il avait en lui cette dimension sociale exceptionnelle, ce désir bienveillant de découvrir de nouveaux talents. Nombreux danseurs ont pu émerger grâce à sa grande curiosité, son envie de transmettre, de pousser et de faire éclore une nouvelle génération de danseurs. 

En perdant Patrick si brusquement, nous avons pour beaucoup d’entre nous, qu’il a poussé, qu’il a encouragé, perdu une part de nous-même, un mentor, un frère, un ami. Il avait cette force de tous nous réunir quels que soient nos parcours. Liés de façon indicible par notre parcours au sein de l’Opéra de Paris, nous sommes tous en deuil aujourd’hui. Faisant tous partis des histoires des autres, l’affliction est commune autour de cette figure intemporelle et jeune à jamais de danseur étoile virevoltant et tournoyant qu’il était. 

Pietra et Patrick Dupont © DR

Sa grande force est aussi d’avoir su dépasser l’image élitiste qui colle à la danse classique. Patrick, certainement grâce à son charisme, à son désir profond de toujours vouloir se dépasser et défricher des terres inconnues, est très vite devenu un être populaire. Sa volonté de se surprendre lui-même, de refuser les carcans, lui a permis de démocratiser le ballet, de le rendre accessible au plus grand nombre, de faire naître des vocations de jeunes danseurs à une époque où pour les garçons c’était loin d’être facile. 

Il a ouvert une voie que, nous, anciens de l’Opéra avons envie de suivre. C’est-à-dire transmettre aux autres, aux nouvelles générations, une passion, une discipline, une aspiration. Sincèrement, je crois que la danse à Garnier ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui si Patrick Dupond n’était pas passé par là. 

Les aléas de la vie, les cabossages, lui ont fait emprunter d’autres chemins, d’autres voies. Il a trouvé une sérénité spirituelle. Artiste hors norme, boule d’énergie, Petit Prince instinctif, au-delà des polémiques, il est parti, je crois, en paix avec lui-même. Adieu cher Peter Pan

Marie Claude Pietragalla, fondatrice de la Compagnie Théâtre du Corps et danseuse étoile de l’Opéra de Paris

Crédit © Studio Harcourt et © DR

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1 Comment

  1. « …
    Mon Petit Prince qui vient du ciel
    Des étoiles et des hirondelles
    Tu as su redonner des ailes
    A mes illusions de mortel

    Moi, je suis tombé de nulle part
    Ou d’une planète inconnue
    Je repartirai par hasard
    Mais je ne t’oublierai jamais plus

    On aura toujours rendez-vous
    Dans ces étendues de cailloux
    L’essentiel est invisible
    Pour les yeux des âmes insensibles

    Et même si je sors du décor
    Et même si j’ai l’air d’être mort
    Tu sais ce ne sera pas vrai
    Puisqu’on a tous l’éternité

    On a tous une rose dans le coeur
    Des volcans qui nous faisaient peur
    Des tas de couchers de soleil
    Nos vieux démons et nos merveilles

    On aura toujours rendez-vous
    Dans ces étendues de cailloux
    Où l’essentiel est invisible
    Pour les yeux des âmes insensibles

    Nous qui comprenons la vie
    Nous nous moquons de compter

    Nous, on voulait juste un ami
    Même s’il faut un jour le laisser

    On aura toujours rendez-vous
    Dans ces étendues de cailloux
    Où l’essentiel est invisible
    Pour les yeux des âmes insensibles

    Je suis tombé de nulle part
    D’une planète inconnue

    Je repartirai par hasard

    Mais je ne t’oublierai jamais plus »

    Forever dans mon coeur,
    Merci, Patrick.

    « … voici mon secret :
    On ne voit bien qu’avec le coeur
    Il faut comprendre
    L’essentiel est invisible pour les yeux
    Si les hommes oublient cette vérité,
    Toi, tu ne dois pas l’oublier
    C’est le temps perdu pour ta rose
    Qui fait ta rose si importante
    Tu deviens responsable pour toujours
    De ce que tu as apprivoisé

    Alors me voici responsable de ma rose à jamais.

    Puisque c’est elle que j’ai arrosée,
    Puisque c’est elle que j’ai protégée,
    Puisque c’est elle que j’aime écouter
    Puisque c’est ma rose.
    Puisque c’est elle que j’aime abriter
    Puisque c’est elle que j’aime rassurer
    Puisque c’est elle que j’aime aimer
    Puisque c’est ma rose

    Puisque c’est elle

    Puisque c’est ma rose… »

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