Raphaëlle Boitel fait danser les anges au CNAC

Faute de pouvoir présenter devant le public de Châlons-en-Champagne leur spectacle de fin d’études, les quinze élèves de la 32e promotion du CNAC répètent sous le regard vigilant et bienveillant de la contorsionniste et metteuse en scène Raphaëlle Boitel. Entremêlant leurs arts dans un univers entre ombre et lumière, les jeunes artiste invitent à un rêve onirique de toute beauté. 

Par une froide et humide journée de décembre direction Châlons-en-Champagne, où nous attendent sous le magnifique chapiteau en pierre construit à la fin du XIXe siècle par Louis Gillet, les quinze étudiants circassiens de la 32e promotion du CNAC. Le temps bien que maussade n’attriste en rien cette villégiature hors de Paris, au pays du vin aux fines bulles. Le voyage pluvieux est fort heureux. L’autoroute défile, le temps passe à vive allure. Plus de deux heures plus tard, la ville se dessine. 

Un monde de poussière 
Le cycle de l'absurde de Raphaëlle Boitel. CNAC. © christophe Raynaud de Lage

En arrivant aux abords de l’établissement de formation, créé en 1985 par le ministère de la Culture, les ronds-points se sont parés de mille lumières, les maisons bourgeoises de loupiotes et autres luminaires rappelant la magie de Noël. L’entrée se fait par l’arrière du bâtiment. L’accueil, comme toujours est chaleureux, humain et joyeux. Quelques notes de musique s’échappent du chapiteau. Il est temps pour nous de pénétrer dans l’enceinte de l’ancien cirque municipal, devenu centre formation. Sur la piste recouverte de poudre d’argile blanche, dans un clair-obscur ciselé par Tristan Baudoin, les jeunes artistes virevoltent dans un étrange et fantomatique ballet. 

Une œuvre hypnotique 
Le cycle de l'absurde de Raphaëlle Boitel. CNAC. © christophe Raynaud de Lage

Regard scrutateur, Raphaëlle Boitel suit chaque mouvement, chaque geste. De son poste d’observation, elle donne, à travers un micro, ses suggestions, ses directives. Sa voix douce résonne dans l’espace clos. Tout en laissant libre cours aux improvisations et à l’imagination débordante des élèves, elle recadre, donne à l’ensemble une unité, une cohérence tout en prenant en compte les spécifités de chacun. Imperceptiblement, se dessine une danse des ombres, un rêve délicat, poétique entre ciel et terre. Accroché à des sangles Erwan Tarlet, se laisse emporter dans les airs par six de ses camarades restés au sol. Semblant voler, il hypnotise par ses acrobaties particulièrement ciselées. 

Une difficile quadrature du cercle
Le cycle de l'absurde de Raphaëlle Boitel. CNAC. © christophe Raynaud de Lage

Pour la metteuse en scène invitée par Frédéric Durnerin, le directeur du CNAC, le plus dur est de construire une dramaturgie tout en tenant de compte des disciplines de chacun, des contraintes techniques, de l’ordre dans lequel tels ou tels agrès doit passer. Passionnée, se nourrissant de l’énergie, de l’appétence de chacun des étudiants circassiens, Raphaëlle Boitel esquisse un spectacle onirique, plein de tendresse et d’humour. De la présence dégingandé et cocasse du jongleur Ricardo Serrao Mendes à l’étonnant numéro d’équilibriste sur vélo de Fleuriane Cornet, de la folle énergie de Maria Jesus Penjean Puig etde Marin Garnier à la grâce de Tia Balacey et deVassiliki Rossillion, en passant par la ténacité épatante d’Andres Mateo Castelblanco Suãrez, de Cannelle Maire et les acrobatiestourbillonnantes d’Aris Colangelo, deGiuseppe Germini, deMohamed Rarhib et Pablo Fraile Ruiz, elle s’en empare pour mieux les mettre en exergue, offrir à chacun le feux des projecteurs. 

La magie du cirque 
Le cycle de l'absurde de Raphaëlle Boitel. CNAC. © christophe Raynaud de Lage

Loin d’enchaîner les numéros, de faire un catalogue, Raphaëlle Boitel a su trouver un juste équilibre entre son propre univers et celui des jeunes circassiens. Entre songe et fantasme, entre farce et poésie, Le Cycle de L’Absurde encore en répétitions devrait enchanter petits et grands à la Villette à la fin janvier 2021. Courrez-y, le peu que nous avons pu voir promet une œuvre rare, bouleversante et drôle.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Le cycle de l’absurde de Raphaëlle Boitel
Spectacle de sortie de la 32e promotion du CNAC
Création au Cirque historique de Châlons-en-Champagne Décembre 2020

Tournée
Du 20 janvier au 14 février 2021 sous le chapiteau de La Villette, Paris
Les 9, 10 & 11 avril 2021 au Cirque Théâtre d’Elbeuf
Pôle national Cirque – Normandie dans le cadre du festival SPRING
Du 23 et 25 avril 2021 au Manège, scène nationale-Reims
Les 4, 5 & 6 mai 2021 à l’AGORA PNC Boulazac Nouvelle-Aquitaine, Boulazac (24)
Du 21 au 23 mai 2021 au Cirk’Eole dans le cadre du festival « Les nuits d’Eole »

Mise en scène de Raphaëlle Boitel – Cie L’Oubli(e)
Collaboration artistique, scénographie, lumière & Conception du spider de Tristan Baudoin
Assistante à la chorégraphie -Alba Faivre 
Machinerie, complice à la scénographie – Nicolas Lourdelle
Musique originale d’Arthur Bison
Costumes de Lilou Hérin, Raphaëlle Boitel & Romane Cassard
Conception sonore de Nicolas Gardel
Régie générale de Julien Mugica
Régie plateau de Jacques Girier
Régie lumière de Jérôme Chaleix
Régie son de Maxime Farout 
Avec Tia Balacey France Acrodanse – Andres Mateo Castelblanco Suãrez Colombie Trapèze Washington – Aris Colangelo Italie Acrobatie – Fleuriane Cornet France Équilibre sur vélo – Alberto Diaz Gutierrez Chili Trapèze fixe – Pablo Fraile Ruiz Espagne Corde lisse – Marin Garnier France Portés acrobatiques (porteur) – Giuseppe Germini Italie Fil – Cannelle Maire France Roue Allemande – Maria Jesus Penjean Puig Chili Portés acrobatiques (voltigeuse) – Mohamed Rarhib Maroc Sangles – Vassiliki Rossillion France Corde volante – Ricardo Serrao Mendes Portugal Jonglerie – Erwan Tarlet France Sangles

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.