Claude Chabrol © François Lefebvre

La Dernière Salve de Claude Brasseur

La nouvelle est tombée, nous laissant un goût amer au fond de la gorge et un profond chagrin, Claude Brasseur est mort ce mardi 22 décembre 2020. Décidément cette année est bien cruelle. 

En recevant son premier César, Claude Brasseur avait soulevé sa statuette et dit avec émotion : voilà, je me suis fait un prénom ! Car chez les Brasseur, on est comédien de père en fils depuis 1820. Il était le symbole de ces enfants de la balle qui ont reçu le talent en héritage. Ce qui avait donné à Bertrand Blier, autre rejeton doué, cette magnifique scène dans son film Les Acteurs, où l’on voit Claude Brasseur décrocher son téléphone, demeurer sans voix puis répondre et l’on comprend qu’il parle à son père. Il se retourne vers Blier, lui tend l’ appareil et lui dit : ton père veut aussi te parler. Claude a rejoint son père Pierre, ainsi que tous les Enfants du paradis, sa mère Odette Joyeux, ses potes, dont Jean Rochefort, Guy Bedos, Claude Rich

Un Sganarelle inoubliable 
Dans Don Juan de Molière, Mise en scène par Marcel Bluwal, Claude Brasseur joue Sganarelle  ©DR

Pour ma génération, celle née dans les années 1960, Claude Brasseur s’était avant tout François Vidocq, dans la série télévisée, réalisée par celui qui allait devenir son grand complice Marcel Bluwal. Nous avons tous en mémoire la délicieuse voix de Danièle Lebrun appelant François, avant de l’attirer soit dans un piège soit dans ses bras. Dès que la musique du générique démarrait, nous nous installions devant l’écran et rien n’aurait pu nous déranger. Toutes les filles étaient amoureuses de lui. Toujours sous la houlette intelligente de Bluwal, il fut un des meilleurs Sganarelle que j’ai pu voir, donnant la réplique à Michel Piccoli, exceptionnel en Don Juan. 

Un sacré acteur de ciné 

Il était une des grandes stars des dernières décennies du XXe siècle, enchaînant les succès. On a tous en tête et dans le cœur des films qui ont marqués cette époque. Pour ma part je citerais Un éléphant ça trompe énormément, On ira tous au Paradis, La banquière, La guerre des Polices et évidemment La Boum ! Mais mes préférés sont Le Grand Escogriffe avec Montand, Une Histoire simpleavec Romy Schneider et surtout Le souper, film tiré de la pièce.

Un comédien vibrant
Claude Brasseur dans le Souper d'Édouard Molinaro. © Les films d'Ariane

Le souper ! C’est justement en 1989, avec cette pièce de Briseville, passionnant duel intellectuel entre Fouchet et Talleyrand, mise en scène par Jean-Pierre Miquel au Théâtre Montparnasse que je le vis pour la première fois sur scène. Le souvenir de cette représentation est restée inscrit dans ma mémoire de spectatrice tant était impressionnante la prestation de Brasseur et de Rich. Du grand art !

A l’honneur à Avignon

Le théâtre, Claude Brasseur l’a toujours servi avec passion et respect. Il a longtemps collaboré avec Roger Planchon, grande figure du théâtre et de la décentralisation, pour qui il fut un exceptionnel George Dandin. Planchon, qui l’emmena dans la cour d’honneur du Festival d’Avignon avec Tartuffe de Molière, où il jouait le rôle de Damis, le fils d’Orgon en 1967.

Une interview sous le charme
La une du Pariscope pour le Tartuffe mis en scène par Marion Bierry. Claude Brasseur. © DR

C’est pour un autre Tartuffe, en 2012, dans la mise en scène de Marion Bierry que j’ai eu l’occasion de l’interviewer pour le Pariscope®. Cette fois-ci, il jouait Orgon. Vous vous doutez bien que je n’en menais pas large, pétrie dans l’admiration que je lui portais  et intimidé par cette longue et belle carrière. J’entends encore sa voix rauque et cassée par le tabac, les fêtes chez Castel, ce ton un peu bourru qui impressionnait, mais derrière lequel il semblait se protéger. La rencontre avait été cordiale et très professionnelle. Il appartenait à la race de ceux qui vont droit au but voire à l’essentiel. 

Un homme sur les planches
La colère du Tigre de Philippe Madral. avec Claude Brasseur. © DR

C’était toujours impressionnant de l’admirer sur scène dans ses nombreuses prestations théâtrales, je me souviens de deux pièces plus particulièrement. En 1999, À tort et à raison de Ronald Harwood, mis  en scène par Marcel Bluwal, pièce dans laquelle il donnait la réplique à Michel Bouquet. Un rôle fort, où les enjeux ne l’étaient  pas moins et pour lequel il fut nominé aux Molières. Récompense qui lui fut attribué pour sa prestation dans La colère du Tigre de Philippe Madral, dans une superbe mise en scène de Christophe Lidon en 2014. Face au regretté Michel Aumont, dans le rôle de Claude Monet, il incarnait avec maestria Clémenceau.  

Le comédien très populaire, auréolé de plusieurs récompenses cinématographiques et théâtrales a succombé des suites d’une longue maladie dans sa quatre-vingt quatrième année. Chapeau l’artiste et bon vent au Paradis !

Marie-Céline Nivière

Crédit photos © François Lefebvre, © DR, © Les films d’Ariane

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*