Rouler des pelles au Néant de Lucas Hérault. Nadia Vadori Gauther. Théâtre la Flèche. © OFGDA

Un Samedi confiné au théâtre La Flèche

Alors que la France se confine, que librairies indépendantes, petits commerces entrent en résistance contre une inégalité de traitement, flagrante, les théâtres vent debout continuent, dans les limites imparties par le gouvernement, à tourner, à survivre. Au théâtre La Flèche, Flavie Fontaine, sa directrice, nous a conviés à la sortie de résidence en huis clos de Lucas Hérault. 

Paris est gris en ce dernier week-end d’octobre. Les nuages ont envahi le ciel. Peu de monde dans les rues, depuis hier, le deuxième confinement, est entré en vigueur. Au théâtre la Flèche, au cœur du XIe arrondissement, Flavie Fontaine, conformément aux recommandations sanitaires en vigueur, laisse ses portes fermées au public, mais ouvertes aux résidences. C’est dans ce cadre, qu’en ce samedi après-midi, elle nous a proposés d’assister à une première présentation de la pièce en devenir, Rouler des pelles au néant

L’artiste face à la feuille blanche
Rouler des pelles au Néant de Lucas Hérault. Nadia Vadori Gauther. Théâtre la Flèche. © OFGDA

Comédien, passé par les classes de la Comédie-Française en 2012, Lucas Hérault cultive l’art de la différence, le goût de pluralité. Aussi à l’aise avec Pinter, qu’avec Shakespeare, Flaubert, Ronan Chéneau ou Rohmer, conscient de l’importance du corps, il fait partie depuis plus dix ans maintenant du Corps Collectif, un laboratoire de recherche chorégraphique créé par Nadia Vadori Gauthier. Face aux doutes, au vide qu’est le geste créatif, c’est à la performeuse, à l’origine d’une minute de danse par jour, dont il est très proche, qu’il a demandé d’être son doux regard extérieur. 

Des mots et des gestes

Angoissé, stressé, le jeune homme dévoile pour la toute première fois une esquisse de son œuvre future. Il présente une maquette à la directrice du lieu. Questionnant la place de l’artiste dans le monde, la dureté de créer, l’omniprésence d’un néant, il se réinvente, se cherche, s’amuse. En s’attaquant à quelque chose d’abscons, il libère par le mouvement ce qu’il n’arrive pas à exprimer par les mots. Sa grande force, c’est ce corps souple qui prend possession de l’espace, qui l’appréhende, l’apprivoise. Plus à l’aise, moins contraint, Lucas Hérault trouve ici son meilleur moyen d’expression, sa plus touchante écriture. 

Un spectacle en devenir
Rouler des pelles au Néant de Lucas Hérault. Nadia Vadori Gauther. Théâtre la Flèche. © OFGDA

Étant au tout début de la création, le comédien est encore fébrile, son texte encore fragile. Mais à l’écoute, fin observateur, il se nourrit du regard des autres, de leurs remarques. Creusant la veine poétique, peut-être encore avec une trop grande volonté de bien faire, il réveille l’envie de continuer, d’aller de l’avant, de créer, qui est tapie au plus profond de son être. Artiste, il l’est c’est une certitude. Débarrassé de l’angoisse, de l’appréhension de cette première confrontation à l’autre, l’inconnu, il ne lui reste plus qu’à « chevaucher le lion » qui est en lui, à le dompter. Le potentiel est là, il ne demande qu’à lâcher prise.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Rouler des pelles au Néant de Lucas Hérault
Théâtre La Flèche
77 Rue de Charonne
75011 Paris

Crédit photos © OFGDA

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