Pascale Bordet © Photo Lot

Pascale Bordet, une vie de costumière

La costumière Pascale Bordet est une femme aux doigts de fée, à l’imagination foisonnante, qui sait vêtir les personnages et accompagner les comédiennes et comédiens, dans cette belle aventure qu’est la création théâtrale.

Votre livre, La magie du Costume, permet de découvrir votre métier ?

C’est un album souvenir, ponctué de réflexions, de dessins, mais aussi de nombreuses citations et anecdotes de comédiens, directeurs de théâtre. Le tout est illustré par les magnifiques photographies de Laurencine Lot qui montre le travail de fourmi, de doutes et de joies qu’est la création.

A sa lecture, on sent que vous avez la notion du service…

J’aime être au service d’un texte, raconter des histoires avec mes moyens. J’aime aider. Et le costume est là pour ça, être au service d’un spectacle.

Comment êtes-vous devenue costumière ?
Pascale Bordet  © Fabienne Rappeneau

Ça vient de l’enfance, des armoires de mes grands-parents. J’ai passé beaucoup de temps dans ces aires de jeux sublimes. J’étais une petite fille solitaire et fantasque. C’était l’époque où les vêtements racontaient des histoires, des situations. Il y avait celui du dimanche, celui du travail, celui des fêtes. On recyclait, accessoirisait. Je n’ai jamais pu dissocier le costume de l’histoire. Il n’y a pas de costumes sans histoire. Il faut qu’il y ait un sens, c’est la charpente de l’histoire.

Comment travaillez-vous ?

Je pars de la page blanche, car tout est à créer, à inventer. A partir du texte que je lis, je visionne, dessine et peins. Je mets en scène les personnages. Je cherche les couleurs. Ensuite, je propose. Cela passe par toutes les mains, le metteur en scène ,les comédiens, le créateur des lumières, le décorateur et les producteurs. Ces derniers sont importants car se sont eux qui tiennent le budget. Et souvent, il m’oblige à jouer dans Mission impossible ! Quand tout le monde est d’accord sur la ligne de conduite, je chine et je fabrique ce que je ne trouve pas. Une des bases de mon travail est de fabriquer l’introuvable. Sinon, je cherche partout, des puces aux chiffonnières. Il faut savoir qu’il y a plein de boutiques spécialisées. Être costumière, c’est aussi être randonneuse !

Comment abordez-vous la création d’un costume ?
Michel bouquet dans Le Malade imaginaire, mise en scène par Georges Werler, costumes de Pascale Bordet© Guirec Coadec

Faire un costume, ce n’est pas recopier un livre d’images. Voyez-vous, Molière, Feydeau, on en a tellement vu, alors comment faire ? Il faut savoir surprendre, jouer sur la diversité, décaler même. Pour Le Malade Imaginaire, mis en scène par Georges Werler et avec Michel Bouquet dans le rôle d’Argan, j’avais fait un choix bien particulier. A l’époque de Molière, les médecins étaient en noir, car ainsi le sang ne se voyait pas. Le noir racontait aussi autre chose. Aujourd’hui, le noir ne fait plus peur et les blouses sont blanches. J’ai donc choisi des blouses blanches, mais il me fallait garder l’idée de costume de théâtre. Je me suis servie de la mémoire collective, mélangeant le passé et le présent, tout en faisant une projection artistique. Il ne faut jamais oublier qu’au théâtre, on travaille sur la distance, celle du spectateur qui jusqu’au bout de la salle doit voir, mais qui doit aussi comprendre. Il faut penser au plus grand nombre, à ceux qui regardent.

En parlant de Michel Bouquet, vous avez écrit Habiller l’acteur, ouvrage qui lui est dédié…
Le roi se meurt avec Michel Bouquet. costumes de Pascale bordet © DR

C’était une commande d’Acte Sud qui voulait que j’aille plus loin que la magie du costume, et que je raconte le métier, mon parcours. Or pendant plus de 20 ans, il se trouve que j’ai énormément travaillé pour lui, cela raconte les spectacles que l’on a faits ensemble, comme ceux que l’on n’a pas faits d’ailleurs. Michel est sensible au texte mais aussi à l’illustration. Il dit que mes costumes l’on fait évoluer. Lui aussi, il est dans la notion de service. Il y a une véritable connivence entre nous. Je travaille à vue pendant qu’il répète. Toujours sur scène, je couds  sur un mannequin, le costume, et mon travail évolue en fonction du travail sur le plateau. Je faisais et refaisais des modifications parce qu’il avait changer quelque chose dans la mise en scène. Il faut s’adapter tout le temps, même après la première. Cela ne m’a jamais pesé. Michel est très attentionné. On travail ensemble sur des détails qui ne se voient pas, comme le fond d’une poche. Son intérêt de la chose va jusqu’aux lacets de chaussures ! Au fil de temps qui passe, j’ai adapté ses costumes pour qu’ils ne soient pas trop lourds, ou étouffants, qu’il puisse faire les changements sans problème. Du sur mesure ! A chaque reprise du Roi se meurt, créé en 2003, il a fallut remettre en état le costume mais également le faire évoluer avec le corps de Michel. Il m’a encouragée à garder mon endurance. Travailler avec lui est une leçon de vie. Son exigence ne peut que t’élever.   

Cela a l’air de rien comme ça, pourtant le costume a son importance dans un spectacle…
La magie du costume de Pascale Bordet ©DR

C’est la charpente du personnage. Dans la vie, on sait combien une journée peut être gâchée  parce qu’on n’a pas su trouver le vêtement adéquat, le matin ! Au théâtre, c’est la même chose, mais c’est tous les soirs que ce vêtement va vivre. Je pars de la chaussure, car c’est la base sur laquelle le comédien va trouver sa démarche, son allure. Au théâtre tout doit être soigné. Je dessine mes maquettes non plus de face, mais de 3/4, de dos, de profil. Un costume  bouge, vit, respire. Il faut qu’il répète. Quand il arrive sur scène la première fois, il découvre le plateau avec le comédien, ses gestes à lui, les projos qui le font transpirer. Il a besoin de répéter pour que la traîne ne se prenne?  pas dans les portes ! C’est beau un costume qui sait son texte et ses mouvements !

Dans Les Cahiers secrets d’une costumière de théâtre, on découvre aussi vos talents d’illustratrice…

Le dessin est le point de départ de mon travail. Il y a d’abord les crayonnés, puis la peinture, qui me permet de trouver l’action, la situation, les couleurs. C’est ce travail préparatoire que je présente. J’y passe beaucoup de temps, et avec le temps mes maquettes deviennent de plus en plus abouties. Pendant les représentations de la pièce Colombes à la Comédie des Champs-Elysées, j’étais tous les soirs en loges et en coulisses, alors j’ai croqué ce que je voyais. C’est une sorte de témoignage de la vie de roulotte du théâtre. 

Comment sont arrivées vos Bestioles de théâtre ?
Les Bestioles de théâtre de Pascale Bordet

Elles sont apparues au début à la fin de Rappel (journal des théâtres privés malheureusement disparu). Il m’était plus facile de passer par l’animal pour exprimer mon attachement aux acteurs. Je leur montrais bien sûr avant publication. Il fallait que cela leur plaise. Ils sont tous croqués  dans l’habit de scène qu’ils  portaient à l’époque. Puis cela a donné un livre et surtout des expositions. J’étais partie de La Fontaine, Francis Perrin a fait le rapprochement avec la phrase de Molière sur ces étranges animaux que sont les comédiens. On porte tous en nous un animal, non ? L’aventure est loin d’être terminée, car beaucoup me demande de leur faire leur bestiole ! 

Votre dernier livre s’intitule, Splendeur et misère d’une costumière, pourquoi ?
Splendeur et misère d'une costumière de Pascale Bordet

C’est un peu notre réalité. Un jour du succès et on se retrouve en haut et puis le lendemain, il faut tout recommencer ! C’est ça que j’avais envie d’illustrer. Ce livre s’est fait parce que j’avais encore beaucoup d’archives que je n’avais pas exploitées. Je l’ai conçu comme un carnet de voyage, avec des illustrations, des bouts de tissus, comme un patchwork. Il est plus personnel. L’illustration permet l’humour aussi. En ce moment, je travaille  beaucoup sur mes dessins, car, j’expose à l’année au Lucernaire, et je vais pouvoir montrer tout cela à la réouverture des théâtres.

Entretien réalisé par Marie-Céline Nivière

Ouvrages de Pascale Bordet :
La magie du Costume, photos Laurencine Lot, aux Éditions Actes Sud
Habiller l’acteur, avec la collaboration de Michel Bouquet, aux Éditions Actes Sud 
Cahier secrets d’une costumière, photos Laurencine Lot, HC éditions
Bestioles de théâtre, avec la collaboration de Juliette, HC éditions
Splendeur et misère d’une costumière, HC éditions

Crédit photos © Photo Lot, © Fabienne Rappeneau, © Guirec Coadic, © DR

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