David Lescot plonge avec malice dans les affres des années collèges

Sur internet, en direct du Théâtre de la Ville-Espace Cardin, à défaut de pouvoir le jouer devant un public, David Lescot continue son exploration de la psychologie enfantine à ce moment délicat qu’est la rentrée en sixième. Avec humour et tendresse, il signe un spectacle drôle et touchant qui questionne la notion de popularité, ainsi que celle de la tolérance dans le vase clos qu’est le collège. 

Après J’ai trop peur, qui retraçait les angoisses d’un garçon de dix ans pour son premier jour au collège, David Lescot continue l’histoire de ce jeune adolescent tout le long du premier semestre de cours. Faute d’être dans la même classe que ses copains de l’école primaire, notre héros doit réapprendre la vie sociale, aller vers l’autre, se faire de nouveaux amis. La boule au ventre, il navigue à vue dans les eaux troubles de ce microcosme hostile qu’est la classe de sixième, l’important étant de garder coûte que coûte une bonne réputation. 

Un parcours plein d’embûches

Pas facile de se faire un nom dans un monde où l’apparence fait tout, surtout quand on est plutôt malingre et pas forcément fringué à la mode. A deux doigts de passer pour un ringard, notre héros doit agir vite pour remonter la côte, se faire admettre dans le camp des cools. Naïf, candide, il doit éviter de tomber dans les pièges, ne pas accepter une main tendue trop facilement. L’école est une jungle cruelle, plus violente qu’on pourrait le croire. Pour s’en sortir, ne pas laisser trop de plumes, il faut appréhender les codes, comprendre comment fonctionnent es luttes de pouvoir secrètes autant que féroce. 

Un texte drôle autant que puissant

Plume vive, David Lescot esquisse un portrait lucide du monde de l’adolescence. Avec fraîcheur et tendresse, il immerge le public au cœur des tourments de son héros. Tourmenté par sa jeune sœur, une peste des plus amusantes, amoureux de la plus jolie fille de sa classe, il va trouver en lui la force de lutter contre le racket, la moquerie, et s’imposer comme un garçon à suivre. Intelligent et subtile, le spectacle vaut tout autant pour sa mise en scène ingénieuse que pour l’interprétation des comédiennes. 

Trouble du genre
J'ai trop d'amis de David Lescot. Théâtre de la Ville. © Christophe Raynaud de Lage

Avec malice, David Lescot confie les rôles des garçons et des filles à cinq comédiennes – Suzanne Aubert, Théodora Marcadé, Elise Marie, Camille Roy et Marion Verstraeten – qui jouent en alternance. Ce prérequis ludique, qui surfe sur le trouble identitaire et sexué souvent éprouvé à cet âge, fonctionne à merveille et donne à l’ensemble une force troublante, touchante. C’est d’autant plus efficace que la mise en scène virevoltante s’appuyant sur une simple caisse de bois modulable, permet une multitude de possibilités scéniques. Salle de classe, salon familiale, l’imposant objet est une véritable caverne d’Ali baba, un terrain de jeu épatant. 

Dans la même veine que son premier opus, J’ai trop d’amis est un divertissement intelligent qui plait autant aux enfants, qu’aux parents. Faisant le lien invisible entre passé et présent, entre mémoires d’hier et d’aujourd’hui, il permet de réparer un dialogue souvent rompu à cet âge de passage à l’adolescence. Un beau moment à découvrir vendredi sur le site du théâtre de la Ville.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

J’ai trop d’amis de David Lescot
Création prévue le 21 mars 2020 a été présentée dans le cadre de l’Eté
solidaire du  Théâtre de la Ville – Théâtre des Abbesses
Gardons le lien, initiative du théâtre de la Ville
31 rue des Abbesses
75018 Paris
Durée 1h00 environ

Mise en scène de David Lescot assisté de Faustine Noguès 
avzc en alternance Suzanne Aubert, Théodora Marcadé, Elise Marie, Camille Roy & Marion Verstraeten
Création lumière de Guillaume Roland
Costumes de Suzanne Aubert

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage

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