Sonia Leplat. MPAA. © Guillaume Borgnet

Des nouvelles de la MPAA

A la tête de la MPAA depuis trois ans, Sonia Leplat ne cesse de porter une vision décomplexée de l’expression artistique. Par le biais des pratiques amateurs, elle rêve d’un monde culturel moins cloisonné, plus ouvert. A la veille de la présentation de Frontière(s), un projet initié dans le XXe arrondissement de Paris par le metteur en scène Pier Lamandé, elle livre quelques réflexions sur son métier, sur la pandémie et ses répercussions sur la créativité et la diffusion de l’art vivant. 

Comment avez-vous vécu le confinement de mars dernier et est-ce que cela a changé votre façon d’envisager l’avenir à la tête de la MPAA? 
Frontière(s) de Pier Lamandé. Sonia Leplat. MPAA. © Joseph Banderet

Sonia Leplat : Je crois que cette période de pose obligatoire, n’a pas tant que ça modifier mes réflexions sur ma manière d’aborder la pratique artistique amateur. Comme beaucoup de gens, je suis, bien sûr passée par un état de sidération. Puis, je me suis adaptée. J’ai pris le temps de faire des choses que j’avais perdu l’habitude de faire. Ensuite, très vite, il y a eu la nécessité d’annuler pas moins de 45 contrats d’ateliers, de spectacles et de festivals. C’était comme pour beaucoup d’organismes culturels, une période riche d’événements. Tout stopper, comme ça en plein vol, ça a été très douloureux. Nous n’avons pas eu le choix, il a fallu faire le deuil de ce qui ne pourrait pas avoir lieu et de ce qui reporté, n’aurait pas la même saveur, la même couleur. Ensuite, nous avons dû nous déplacer, travailler différemment. C’est d’autant plus compliqué, que nous sommes souvent dans l’urgence. Il y a une frénésie dans nos métiers liés à la culture, qui d’un coup, s’est mis en sommeil. Quelque part, cet arrêt a été bénéfique, car il m’a permis d’entrer dans une phase d’observation.  

Et quand avez-vous retenu ?
La grande Parade - Cie Tango Ostinato. Sonia Leplat. MPAA. © Théo Sagot

Sonia Leplat :  Étrangement, cette période a été une phase d’accélérateur de penser à la MPAA, pas que pour l’équipe, mais aussi pour les artistes avec lesquels on travaille en ce moment. Les projets de territoires, que nous développons depuis 2019 et qui sont des lieux d’échanges, mais aussi de partage de préoccupations, d’objectifs et de moyens, s’en sont sortis renforcés. Frontière(s),le projet de Pier Lamandé, a tenu bon face à la pandémie. C’est assez encourageant. Cela nous pousse à continuer, à avancer dans la défense de la pratique amateur. Tout ce que nous avons mis en place a été bien évidement impacté, modifié, mais cela nous a permis de nous dépasser, d’innover. Rapidement, l’état d’esprit de la MPAA a été d’accueillir cette inconnue, qu’a été le confinement, et de questionner nos manières de faire au regard de ce qui se passe et des contraintes qui sont imposées. C’est d’autant plus intéressant qu’il me semble que c’est à l’image de beaucoup d’empêchements qui rythment la vie culturelle en général. Personnellement, je crois que cela aussi été une manière de partager une forme d’isolement, de relativiser. Cet événement, qui est bien évidemment dramatique humainement et socialement parlant, a accéléré ma pensée. J’ai pris conscience de l’importance de toucher encore plus de public, afin d’être fédérateur autour de propositions artistiques et culturelles engagées. Il est primordial de remettre en question, l’ordre établi dans le monde culturel, afin d’offrir un accès autre qu’uniquement par les œuvres. L’accès par la pratique existe déjà à travers différentes actions cultuelles. Beaucoup de maisons, d’artistes le font avec envie générosité et talent, mais ce n’est pas un modèle cela reste une annexe au regard d’une diffusion ou d’une création. La MPAA est là pour proposer un projet différent, permettre d’appréhender la culture non par l’œuvre, mais par une expérience sensorielle, une pratique qu’elle soit collective ou individuelle.

Quand est ce que l’accès sensoriel est revenu à la MPAA ? 
Frontière(s) de Pier Lamandé. Sonia Leplat. MPAA. © Joseph Banderet

Sonia Leplat : il n’a jamais quitté les lieux, si je puis dire. C’est par là qu’on a maintenu le lien avec les partenaires. Je vais prendre l’exemple de Frontière(s), C’est plus concret. L’artiste associé Pier Lamandé, était déjà en lien étroit avec un certain nombre d’artistes professionnels, une douzaine mobilisés sur ce projet, d’amateurs et de troupes déjà constituées. Le projet ayant démarré que peu de temps avec le confinement, nous en étions au balbutiement, à l’esquisse de ce que nous envisagions pour le 26 septembre. Nous avons très tôt décidé que cela aurait lieu, qu’il y aurait bien une manifestation artistique ce jour-là. Normalement, elle pourra se faire dans l’espace public, mais nous nous plierons bien sûr aux directives sanitaires. Nous avons donc réfléchi très tôt à ce que nous pourrons faire quoi qu’il arrive. Il était important qu’il reste quelque chose, une trace de tous ces échanges. C’est une grande force de pouvoir s’adapter, de ne pas croire que tout est acquis. J’ai toujours travaillé ainsi en m’associant notamment avec des artistes qui ont une grande agilité, une grande humilité. A la MPAA, les metteurs en scène, les chorégraphes qui viennent n’ont rien à « vendre ». Ils sont là pour construire un projet de A à Z, pour aller vers des publics différents. De cela découle, notre volonté d’intégrer une notion de hasard, d’inconnu dans tout ce que nous mettons en place. Nous avons une vraie légitimité à pouvoir le faire, étant implanté dans le territoire, qu’est Paris. 
Par ailleurs, je pense que cette période étrange a remis l’art à son endroit premier qu’est le plaisir. Dans cette temporalité étrange, c’est ce qui nous a finalement le plus manqué, car c’est ce qui nous réunit. Cela a remis une pierre à l’édifice des pratiques. On ne pratique pas parce qu’il faut mais parce que c’est profondément humain et que c’est un besoin d’expression nécessaire.

Comment s’annonce cette saison 20/21 ? 
Frontière(s) de Pier Lamandé. Sonia Leplat. MPAA. © Joseph Banderet

Sonia Leplat : Comme la plupart des lieux culturels, nous avons pris la décision d’imprimer en juin une brochure de saison. C’est un outil de travail pour nous permettre d’avancer. Toutefois, la programmation a été allégée. Certains projets annulés au printemps, rentrant dans le cadre de la saison à venir, ont été reportés. Nous avons par contre pris le parti de ne pas rattraper à tout prix. L’objectif n’était pas de faire deux saisons en une. A la MPAA, nous sommes en plus actuellement en pleine restructuration interne et de réaffirmation du projet autour de l’accompagnement des amateurs. Du coup, nous avons décidé de nous laisser le temps, d’observer ce qui se passe dans nos locaux, aller à la rencontre de ceux qui pratiquent, de voir quelles sont les tendances. On a cœur de poursuivre les projets de territoire. Frontière(s). Nous suivrons avec beaucoup d’attention, les réflexions qu’auront engendré ce projet au cœur du XXe arrondissement. Dès le 4 février 2021, on lance Connexion, qui est le nouveau projet de territoire que nous lançons dans le XIe arrondissement. Cinq artistes sont déjà en train d’interroger la manière de se connecter les uns, les autres, humaine ou numérique. Et comment le numérique envahit l’humain et comment l’humain détériore le numérique.

Entretien réalisé par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Frontière(s) – La grande tablée
MPAA
Point d’orgue de Frontière(s) le 26 septembre 2020 à 13h30

Crédit photos © Joseph Bandenet, © Théo Sagot.

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