Alexis Michalik, un fascinant conteur d’histoires

Sourire ravageur, regard ténébreux et plume foisonnante, Alexis Michalik a tout du trentenaire surdoué. Tout ce qu’il touche, et écrit surtout, se transforme en succès. Nommé pour la troisième fois aux Molières, ce doux rêveur, ce vrai gentil revient sur sa légende, une belle histoire d’amour avec le théâtre et le public. 

La première fois que l’on rencontre Alexis Michalik on s’en souvient. Sa fougue, sa façon unique d’attraper le public, de l’emmener vers le rire, les larmes, ne s’oublie aps. On est en 2009. Il est encore pour beaucoup un inconnu, mais son adaptation farcesque, musicale et burlesque de la Mégère apprivoisée de Shakespeare est un beau carton. Après trois « Avignon » consécutifs, le spectacle est monté pour la première fois à Paris au Vingtième Théâtre. On décèle déjà dans sa manière de mettre en scène, les prémices de ce qui fera son succès. Bien que foutraque, complétement barré, tous les codes de la comédie sont respectés à la lettre, tous les rouages de la mécanique du rire sont parfaitement huilés et maîtrisés.

Une folle épopée shakespearienne

Emmenant tambour battant ses six comédiens dans une folle épopée théâtrale, il se dépense à leur côté sans compter. Physique avantageux, œillades outrageusement charmeuses, il ose tout avec une ingéniosité granguignolesque. Même son slip superman, comble du kitsh et du ridicule, lui va à ravir. Les rires fusent, la salle, pleine à craquer en ce soir de première, est aux anges. Le Michalik à venir est né. Ses forces sont sa générosité, son humanité, sa sincérité. Il est aujourd’hui comme il était hier, humble, loyal et honnête. Il a grandi bien sûr, son style s’est affiné. Quand on le croise, que ce soit un soir de touffeur avignonnaise, au théâtre du Soleil, ou dans les coulisses d’un théâtre, il est toujours le même, un être véritable gentil. Moins fantasque qu’il y a dix ans, plus en retrait, la notoriété est passée par là, il prend le temps de partager. Il en est de même avec ses fidèles admirateurs. 

Un enfant de Paris 

Ayant grandi dans le dix-huitième arrondissement de Paris, à l’ombre du Sacré Cœur et non loin des Abbesses Alexis Michalik est un vrai montmartrois, exalté et un brin gouailleur. Fils d’un peintre d’origine polonaise et d’une mère britannique, il découvre le théâtre au lycée Jules Ferry, où il fait partie du club d’art dramatique, et grâce à ses parents, qui, en bons parisiens, cultivés, l’emmènent régulièrement, aux Bouffes du Nord pour voir les créations de Peter Brook ou au Soleil, découvrir le travail d’Ariane Mnouchkine. « Tous les ans, raconte-t-il, en fin d’année, c’était une tradition au Lycée, on montait un spectacle, une pièce. J’adorais cela. Très vite, j’ai compris que j’avais envie de jouer et de devenir comédien. Après le bac, tout naturellement, je me suis inscrit à un conservatoire d’arrondissement. » Passionné, le jeune homme ne se contente pas d’assister aux cours, il court aussi les castings, aidé dans cette démarche par un agent. 

Premier rôle à Chaillot

En 2001, à tout juste dix-huit ans, il fait ses premiers pas sur les planches, d’un théâtre, et pas des moindres, Chaillot, dans le rôle du célèbre amant de Vérone sous le regard bienveillant d’Irina Brook. « C’est le début de tout, confesse-t-il. J’ai beaucoup appris de cette aventure incroyable, et notamment sur la mise en scène et la direction d’acteurs. Suivre le travail d’Irina a été pour moi très formateur. Elle faisait la part belle à la création d’un groupe, à une énergie collective. Elle était à l’écoute. Cela m’a inspiré, suite à cela, j’ai créé mon premier spectacle, Le Mariage de Figaro d’après l’œuvre de Beaumarchais, revisité de manière gagesque. » 

Première création à Avignon 

On est en 2005, Alexis Michalik fait son premier Avignon avec cette pièce qui dure plus de deux heures trente et qu’il crée au théâtre des Corps-Saints. Il a 22 ans et entraîne avec lui toute une petite bande de comédiens, rencontrés sur les bancs du conservatoire du XIXe arrondissement de Paris, Régis ValléeAnna MihalceaOlivier Dove Doevi, avec qui, il collabore régulièrement depuis. « Ça été un vrai choc, se souvient-il. Contre toute attente, j’ai aimé cette ambiance, cette jungle humaine. Je l’ai trouvée galvanisante. Le festival n’était pas terminé, que j’avais déjà envie d’y revenir, mais clairement avec une forme plus petite. Tout s’est enchainé très vite. J’y ai quasiment emmené toutes mes créations. » 

Un homme-Orchestre

Comédien, auteur, metteur en scène, Alexis Michalik aime passer d’un art à l’autre. Son imagination n’a pas de limite quand il s’agit de conter des histoires. Entremêlant les époques et croisant les destins, il construit un récit qui attrape, sur le fil, saisit et fascine. Orchestrant avec la précision d’un orfèvre, mise en espace et direction d’acteurs, il entraîne dans une folle farandole, public et comédiens. Les uns et les autres, la tête toute retournée par ses mises en scène virevoltantes, se laissent totalement happer par les aventures de ses héros banals autant qu’extraordinaires. N’hésitant pas à passer des coulisses aux planches, il déploie dans son interprétation une énergie généreuse, un charisme doux, qui touche juste. « Il est vrai que je suis multi-casquette, s’amuse-t-il, mais ces trois domaines artistiques sont pour moi des plaisirs différents. J’ai tout d’abord voulu être comédien, car la gratification est très immédiate, très instantanée. Puis j’ai découvert le bonheur d’écrire, qui pour le coup est un plaisir a postériori. Loin d’être éphémère, comme le jeu, le travail accompli reste. Si l’acteur a tout le temps besoin d’être désiré, l’auteur crée ses propres œuvres. Ce sont deux endroits très différents. J’ai besoin des deux. Quant au metteur en scène, c’est encore autre chose. C’est l’humain, c’est le chef d’équipe, c’est lui qui décide, et surtout, c’est lui qui travaille avec les autres. Il se nourrit de la confrontation et des rencontres. »

Un conteur hors-pair
Cercle_des illusionnistes_groupe_Festival_OFF_Avignon_©Mirco_Magliocca_@loeildoliv

Après avoir adapté à sa manière très singulière, Beaumarchais et Shakespeare, Alexis Michalik conte ses propres histoires, s’affranchit des classiques pour devenir son propre narrateur. « C’est arrivé par accident, explique-t-il. Pour moi, revisiter des pièces classiques, c’était le cœur de la création théâtrale. Parallèlement, je n’avais pas lu d’auteurs contemporains, qui me faisaient, comprendre qu’il était possible de faire aujourd’hui des choses aussi fortes que celles du passé. Le déclic a eu lieu quand j’ai vu Forêts de Wajdi Mouawad. Après cette pièce, cette claque, je me suis dit que c’était encore possible de créer des épopées modernes. J’ai été vraiment pris par son écriture. Cela m’a ouvert la voie. » Peu de temps après, sollicité par son ami producteur Benjamin Bellecourt, qui cherche une pièce pour remplacer un spectacle annulé à la dernière minute, le jeune comédien se lance et donne naissance au Porteur d’histoire. Inventif, curieux, le jeune homme semble intarissable. Tout l’inspire, une anecdote, un moment vécu un classique relu. Les tiroirs de son bureau semblent regorgés d’aventures passionnantes et rocambolesques. « Le cercle des illusionnistes, raconte-t-il, est né d’un petit encart lu dans un journal sur Jean-Eugène Robert-HoudinLe Porteur d’histoire, de la visite d’un cimetière abandonné dans les Vosges, Intra-muros, de la visite d’une prison, Edmond, de la relecture de Cyrano de Bergerac, et Une Histoire d’amour, d’une chanson et d’une aventure très personnelle. C’est donc un mélange de plein de choses. Je ne me pose pas la question de la forme ou du fond. J’ai besoin pour écrire d’être heurté par un récit, une péripétie, un événement. Je dois être ému »

Un ciseleur d’histoires 

Metteur en scène attentif et perfectionniste, Alexis Michalik aime travailler de manière très classique, à la table quand le texte est déjà écrit, au plateau quand l’écriture nait de l’interaction entre ses comédiens. Il construit son spectacle pas à pas. Il en cisèle chaque mot, chaque geste, mais toujours en étant à l’écoute de ses acteurs. « Je suis à la fois très exigeant et très bienveillant, souligne-t-il. Je crois et c’est important pour moi que j’ai l’esprit de troupe. C’est cette énergie commune qui fait que cela fonctionne. » 

Un auteur de théâtre populaire
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Venant d’un milieu plutôt modeste, le jeune artiste revendique un théâtre populaire. « J’ai toujours considéré, explique-t-il, que le théâtre et ce qu’on en fait n’était pas et ne devait pas être élitiste. Je refuse les clichés, je les combats. Le spectacle vivant est multiple. Il y en a pour tous les goûts. Enfant, j’ai vu de merveilleuses choses, qui ne laissaient à la porte personne, par manque de code et de clé. J’essaie de suivre cette veine. Du coup quand je travaille une pièce, je m’efforce qu’elle puisse être appréciée à la fois par un public averti, que je tente de surprendre, mais aussi par un public qui n’a jamais mis les pieds dans un théâtre, en évitant de le rebuter, en lui donnant envie de revenir. C’est un jeu d’équilibriste. Mes récits sont forts mais simples et limpides. C’est l’histoire qui compte. Elle est le cœur de mes spectacles. Je ne souhaite pas faire du théâtre de niche. Toutefois, je trouve nécessaire que l’art dramatique soit multiple. »

Sa vie comme inspiration 

Avec Une Histoire d’amourAlexis Michalik aborde avec un naturel désarmant, homosexualité et PMA. Loin de toute polémique et bien qu’engagé contre l’homophobie – il a écrit plusieurs chansons pour Les Funambules – , il ancre son récit dans la banalité du quotidien, dans les joies, les peines d’un couple de femmes. C’est de cette authenticité, de cette manière bien à lui, que nait ce récit bouleversant. Il ne cherche pas à revendiquer quoi que soit, juste à parler d’amour. Et ça fonctionne parfaitement. C’est en écoutant la chanson It Takes Time To Be A Man du groupe The Rapture, que l’on entend à la fin du spectacle, que lui vient l’idée de la scène finale. Petit à petit, il peaufine le récit durant un an. Il se nourrit de ses propres instants de vie. En l’occurrence, ici une rupture mal vécue. « En puisant dans les émotions qui me traversaient à ce moment-là, confie-t-il, les mots me sont venus presque naturellement. »

Artiste tous azimuts 

En attendant la cérémonie des Molières, qui sera pour la première fois en prime time sur France 2, Alexis Michalik continue à rêver à demain, à penser à d’autres pièces, et notamment à une comédie musicale qui lui tient à cœur Les Producteurs de Mel Brooks « Renouer avec ce style, explique-t-il, était pour moi une envie de longue dated’autant que ce spectacle, que je trouve hilarant, n’a jamais été monté à Paris. ». Nous lui souhaitons donc de continuer longtemps à nous faire rêver, que ce soit au cinéma ou sur les planches.

Entretien réalisé par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Crédit photos © Alejandro Guerrero, © LEGENDE Films – EZRA – GAUMONT, © Mirco Magliocca et © François Fonty

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