Transes « techno-queer » exutoires à Chaillot

Après le Rock soumis aux jeux de hasard, Arthur Perole s’attaque au beat techno et signe, avec Ballroom, une farandole transe et carnavalesque. Poussant le corps de ses danseurs jusqu’à l’épuisement, il fait souffler sur la scène de Chaillot un vent de liberté entre révolte et abandon. 

Alors que le public s’installe, les six interprètes, trois femmes, trois hommes, se préparent à vue. Ils se peinturlurent le corps, se vêtissent de bout de tissus, se coiffent d’étranges couvre-chefs faits de ballons et tiges de plastique. Ainsi travestis, faisant fi du genre, ils sont fin prêts à entrer dans l’arène. L’un après l’autre, les danseurs prennent place. Immobiles, ils attendent le lancement des combats.

Des beats et des corps

Les premières pulsations se font entendre, ressentir. Nos gladiateurs d’une ère nouvelle semblent impassibles tels des statues de cire. Imperceptiblement, ils laissent la musique les pénétrer. Les premiers soubresauts traversent le corps. Alternant spasmes et relâchements, les six danseurs entrent en transe, lâchent prise avec le réel et envahissent l’espace. Les mouvements, progressivement plus frénétiques, hypnotisent les spectateurs, captivent l’attention. Sur scène, tout a l’apparence d’un joyeux bordel.

Une écriture éruptive

S’appuyant sur les compositions « techno-pulsées » de Giani Caserotto, inspirées autant des danses traditionnelles du sud de l’Italie, que de celles plus « hype » du voguing et du clubbing, Arthur Perole entraîne ses interprètes dans une danse physique et exaltée, une cavalcade sans fin où les corps semblent possédés par une forte fièvre. Vu de loin, on pourrait croire que le jeune chorégraphe fait fi de la grammaire et des grandes règles chorégraphiques. Pourtant à y regarder de plus près, tout est très codifié, même les improvisations qui ne laissent rien au hasard. 

Un rêve sous « ecsta »

Créatures de la nuit sorties d’un quelconque carnaval, Julien Andujar, Séverine Bauvais, Marion Carriau, Joachim MaudetAlexandre Da Silva et Lynda Rahal se dépensent sans compter, expulsent de leur corps tous leurs maux, tous leurs tracas. Petit à petit, shootés à l’endorphine, ils se libèrent de tout, se servent de la transe comme exutoire. Sculptés par les belles lumières imaginées par Anthony Merlaud, façon « light show » – cercle lumineux délimité par une douche de projecteurs, éclairage stroboscopique et clair-obscur – , les danseurs s’offrent facétieux, espiègles, granguignolesques, au regard de tous sans pudeur, à peine grimés, maquillés. C’est toute la force de cette pièce folle, de ce ballet hors norme. 

Ultime danse 

Si parfois le geste s’essouffle laissant certains spectateurs dans l’expectative, Ballroom séduit par sa bonne humeur communicative, sa fraîcheur. Dans un dernier souffle, les artistes invitent le public à les rejoindre sur scène. C’est beau, sans prétention aucune. Une danse pour rien, pour tout. Une farandole pour un autre lendemain libre de toute contrainte. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Ballroom d’Arthur Perole
Chaillot-Théâtre national de la Danse
Salle Firmin Gémier
1 place du Trocadéro
75016 Paris
Jusqu’au 29 février 2020
Durée 1h00 environ 

Tournée 2020 
Le 31 mars 2020 aux Centres Culturels dans le cadre de la Biennale Danse en Emoi, Limoges

Chorégraphie d’Arthur Perole assisté d’Alexandre Da Silva 
De et avec Julien Andujar, Séverine Bauvais, Marion Carriau, Joachim Maudet, Alexandre Da Silva & Lynda Rahal
Musique de Giani Caserotto 
Lumières d’Anthony Merlaud 
Costumes de Camille Penager 
Son de Benoît Martin
Coach Vocal Mélanie Moussay
Regard Extérieur Philippe Lebhar
Régie Générale, Lumières de Nicolas Galland
Régie Son de Benoît Martin

Crédit photos © Nina Flore Hernandez

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