Le mythe de Narcisse en son et couleurs

S’inspirant des amours contrariées entre le beau Narcisse et la nymphe Echo d’après Les métamorphoses d’Ovide, le jeune metteur en scène hongrois, David Marton signe un spectacle laconique autant que burlesque. Une étrangeté poétique entre vacuité et fulgurance. 

Sur scène, il n’y a pas âme qui vive. Pourtant grâce à un jeu de lumières, d’étranges sons, rappelant le vent, la nature, des mélodies familières, l’espace s’anime, se colore. Enfermés dans cinq cabines aux vitres transparentes teintées de rouge, de jaune, de bleu, d’orange, etc., des objets semblent avoir été abandonnés çà et là. Un piano ici, des plantes, un tapis, un étendoir à linges et tourniquet à cartes postales vide ailleurs. Le tout paraît un brin loufoque, saugrenu. 

Un homme aux allures de lutin se faufile entre les cubes. Pantomimes, grimaces, il conte l’histoire de Narcisse, sa beauté, son incapacité à aimer, sa malédiction. La musique s’intensifie. Les chants se font lyriques. Les mots n’ont plus leur place, seuls les mouvements comptent. Quatre autres comédiens prennent possession du plateau. Chacun entre dans un cube pour s’adonner à ses petites manies. L’une écrit, l’autre se maquille. Un peu plus loin, l’un s’amuse avec de l’eau et des plantes, pendant qu’un autre plie des vêtements. 

Entremêlant au mythe du trop beau Narcisse, conté par Ovide, des actions du quotidien, David Marton ancre la légende dans une réalité, pour mieux éclairer les névroses de nos sociétés contemporaines. L’effet est certes intéressant. Le geste artistique plutôt créatif. Toutefois, bien qu’entremêlant ingénieusement théâtre et musique, la sauce ne prend pas tout à fait, laissant un goût d’inabouti. Il manque un je-ne-sais-quoi pour totalement séduire et captiver. Les comédiens totalement déjantés s’en donnent pourtant à cœur joie pour exister bien au-delà de leur présence scénique, Narcisse et Echo. Les airs classiques envoûtent mais cela ne suffit pas à embarquer. Dommage d’autant que les arrangements sonores de Daniel Dorsch et la scénographie de Christian Friedländer sont en tout point réussis. 

Mettant du peps acidulé, des couleurs, aux ternes vies des pantins qu’il dirige, David Marton désacralise fables antiques et les allégories mystiques sans pour autant leur donner corps dans le monde d’aujourd’hui. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Narcisse et Echo d’après les Métamorphoses d’Ovide
Festival Mesure sur mesure
Nouveau théâtre de Montreuil 
Salle Jean-Pierre Vernant
10 place Jean Jaurès
93100 Montreuil
Jusqu’au 17 novembre 2019 
Durée 1h10 environ 

conception et mise en scène de David Marton assisté de Lisa Como
de et avec Thorbjörn Björnsson, Paul Brody, Daniel Dorsch, Vinora Epp, Marie Goyette, Michael Wilhelmi
scénographie de Christian Friedländer
lumière de Henning Streck 
dramaturgie de Lucien Strauch 
musique, composition et improvisation de Paul Brody (trompette), Michael Wilhelmi (piano), Daniel Dorsch (création sonore)
costumes de Valentine Solé 
conseil dramaturgique de Barbara Engelhardt 

Crédit photos © Nurith Wagner Strauss

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