Sulki et Sulku, digressions drolatiques sur l’absurdité du temps présent

Jeux de mots à la pelle, boutades loufoques à foison, deux personnages échappés de Musée haut, Musée bas, cancanent, égratignent les faux intellos et épiloguent sur le monde contemporain, ses absurdités. Enchaînant à un rythme endiablé, les conversations surréalistes, les répliques mordantes, Jean Michel Ribes signe un spectacle rafraîchissant, un amuse-bouche divertissant fort agréable.

Dans un espace ultra-contemporain, où rien ne dépasse, sur un piédestal stylisé, deux silhouettes statufiées prennent la pose. L’une, longiligne, presque dégingandée, portant un improbable costume mêlant étrangement le mauve et le jaune, répond au nom de Sulki (épatant Romain Cottard). L’autre, plus petite, plus nerveuse, dans un ensemble similaire où l’orange se mêle à la même couleur lilas, s’appelle Sulku (détonnant Damien Zanoly). Ces deux êtres étranges, ces deux œuvres d’art, se sont éclipsées de Musée haut, Musée bas, pièce antérieure de Jean-Michel Ribes afin de disserter, lors de rencontres impromptues dans quelques salles vides d’un musée imaginaire, de l’étrangeté du monde, de l’incongruité des rapports humains et de la singularité de tout un chacun.

SULKI-ET-SULKU_2_Rond_Point_Ribes_©Giovanni Cittadini Cesi_@loeildoliv

Dans ce décor aseptisé, high-tech, imaginé par Patrick Dutertre, nos deux créatures, nos deux émanations d’un art contemporain performatif et abscons, reprennent leur conversation là où ils l’avaient laissée dans leur précédente et courte aventure. Ainsi, entre deux poses sculpturales, soulignées par un jingle composé de trois, quatre notes de musique, Sulki et Sulku s’attaquent au monde de la télévision, philosophent sur la vie, l’art, s’interrogent sur l’absurdité de notre société consumériste et ultra-libérale. Entre ces deux êtres, le dialogue est fluide, vif, les répliques s’enchaînent à un rythme effréné.

Mêlant lieux communs, phrases toutes faites, à des joutes verbales de haute volée, passant de la réalité à des divagations burlesques, saugrenues, Jean-Michel Ribes s’amuse des mots. Sa plume ciselée, affûtée, les fait s’entrechoquer, se heurter, se mélanger dans des dialogues savoureux qui enchantent notre ouïe. Alors, oui, certains passages sont moins réussis que d’autres, certains échanges nous laissent dans l’expectative, mais dans l’ensemble, on se laisse emporter dans ce tourbillon drolatique et hilarant concocté par l’un des maîtres du théâtre surréaliste.

Aimant brocarder les pseudos intellos, les faux penseurs, jubilant à souligner la cocasserie du quotidien, Jean-Michel Ribes fait mouche une nouvelle fois. Certes d’aucuns resteront hermétiques à son humour, mais la plupart seront séduits par son brillant et insensé langage.

Olivier Frégaville-Gratian D’amore


AFF-Sulki_et_Sulku_Ribes_Rond-Point©Stephane trapier_@loeildoliv

Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes de Jean-Michel Ribes
Théâtre du Rond-Point – Salle Jean Tardieu
2bis, avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
jusqu’au 10 décembre 2017
du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h30 – relâche : les lundis, les 11 et 14 novembre
durée : 1h20

Reprise jusqu’au 3 mars 2019 au théâtre Petit-Montparnasse

mise en scène de Jean-Michel Ribes assisté de Virgine Ferrere
avec Romain Cottard, Damien Zanoly
décors de Patrick Dutertre
costumes de Juliette Chanaud
lumières de Hervé Coudert
musique de Reinhardt Wagner
Infographie rideau de scène de Mark Schons
Réalisation costumes de Lydie Ladaux

Crédit Photo © Giovanni Cittadini Cesi / Crédit illustration ©Stéphane Trapier

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