Auguri 03_Chaillot_dubois©François Stemmer_@loeildoliv

Auguri, course hypnotique à corps perdus

Est-ce une fuite en avant ou une course effrénée vers le bonheur ? Est ce une pièce chorégraphique ou une épreuve marathonienne ? Impossible à savoir, à déchiffrer, tant Olivier Dubois a brouillé les pistes, a gommé les indices. En clôturant ainsi son cycle consacré à l’Etude critique pour un trompe-l’œil, le jeune chorégraphe reste une énigme. Prodige ou bonimenteur, à chacun de se faire son idée.

Alors que la pièce est plongée dans le noir, un vrombissement, un grondement se fait attendre. Rapidement, on perd la notion de lieu, de temps et d’espace. Une sensation étrange nous envahit. Est-ce le sac et le ressac des vagues qui frappent contre le sable ? Est-ce le bruit vibratoire d’une rame de métro qui passe et repasse inlassablement ? Nul ne le sait. Chacun s’approprie cette étrange partition concoctée par François Caffenne. Au loin, en fond de scène, une faible lueur éclaire un corps d’homme endormi. Les secondes, les minutes coulent sans que rien ne vienne perturber ce surprenant tableau.

Auguri 02_Chaillot_dubois©François Stemmer_@loeildoliv

Puis, derrière des sortes de gros containers, une ligne lumineuse apparaît laissant entrevoir fugacement une silhouette de femme aux cheveux de feu. C’est un nouveau cycle qui commence sur une musique qui s’amplifie et envahie l’espace. Pris au piège, le public se laisse hypnotiser par cet étonnant mouvement routinier. Petit à petit, le nombre de danseurs s’intensifie. Les corps, comme trimballés par le flux et le flux d’une marée imaginaire passe et repasse dans la lumière. Certains tentent une plongée dans l’obscurité, dans l’inconnu. Les pas forcés par la course donnent une nouvelle rythmique à l’ensemble.

Progressivement, la scène s’éclaire. Les gestes s’accélèrent. La présence scénique des interprètes se densifie. Les corps semblent pris d’une frénétique fièvre. Ils se précipitent dans une quête fébrile, dans une course folle, effrénée. Ils se poursuivent, se frôlent, parfois se percutent. Ce singulier ballet devient magnétique. Il nous emporte vers un ailleurs. Pour certains, c’est l’ennui, le vide sidéral qui les gagnera. Pour d’autres, c’est la quintessence d’un travail chorégraphique millimétré, décortiqué jusqu’à sa plus infime expression.

Loin d’être totalement emballé par ce spectacle éprouvant, on retient certains tableaux d’une rare beauté, notamment cette scène où les corps épuisés, presque informes, semblent couler tel du métal en fusion contre les grandes boites de fer bleu qui servent d’unique décor. Il faut reconnaître aussi l’intense don de soi des danseurs. Sans jamais faiblir, ils courent à perdre haleine, à se déformer le visage de fatigue et d’efforts soutenus.

En un mot, c’est à chacun de se faire une idée sur cette transe chorégraphique imaginée par Olivier Dubois qui tient  autant du génie que d’une singularité cocasse.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Aff_dubois_auguri_@loeildoliv


Auguri d’Olivier Dubois
Théâtre national de danse de Chaillot – Salle Jean Vilar
1, place du Trocadéro
75116 Paris
Jusqu’au 24 mars 2017
Du mercredi au vendredi 19h30
Durée 1h

Chorégraphie d’Olivier Dubois assisté de Cyril Accorsi
Musique de François Caffenne assisté de Stéphane Riou
Lumières de Patrick Rio
Scénographie et décor d’Olivier Dubois
Costumes de Christel Zingiro
Direction technique Robert Pereira
Entraîneur sportif : Alain Lignier
Avec Youness Aboulakoul, Benjamin Bertrand, Camerone Bida, Mathieu Calmelet, Jacquelyn Elder, Virginie Garcia, Karine Girard, Inés Hernández, Steven Hervouet, Aimée Lagrange, Mélodie Lasselin, Sébastien Ledig, David Le Thaï, Clémentine Maubon, Aurélie Mouilhade, Luciano Nuzzolese, Loren Palmer, Sébastien Perrault, Rémi Richaud, Antonin Rioche, Sandra Savin, Justine Tourillon

Crédit photos © François Stemmer

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