La poupée sanglante, une Pépite estivale entre horreur et burlesque

L’été sera chaud, macabre et irrésistiblement drôle au théâtre de la Huchette. En adaptant le roman éponyme de Gaston Leroux, Didier Bailly et Eric Chantelauze signe une pièce musicale noire et désopilante qui embarque le spectateur dans le Paris sombre des années folles. Alors que les cadavres de jeunes filles s’entassent, que le mystère s’obscurcit, le second degré distillé avec ingéniosité déclenche des salves de rire à répétitions. Porté par 3 excellents comédiens-chanteurs et un pianiste facétieux, le spectacle est une bouffée d’air frais fort appréciable en ces temps estivaux… A voir sans tarder !…

Dans une salle pleine à craquer, où le thermomètre grimpe vers des températures caniculaires, le rideau s’ouvre sur une scène vide où tous les murs sont peints de noir. Alors que l’hôte du théâtre rappelle aux spectateurs d’éteindre leur portable, un homme (hilarant Didier Bailly) émerge des profondeurs du plateau. L’air ahuri, il hésite, s’étonne de sa présence en ces lieux. Musicien, il se dirige côté jardin vers l’unique élément de décor, un piano. Seul maintenant dans cette grande boîte sombre, il découvre sur l’instrument un livre : La Poupée sanglante de Gaston Leroux. Il appelle en coulisse afin de restituer ce bien à qui de droit. Personne ne répond. Interrogatif et curieux de sa trouvaille, il commence à lire. En un clin d’œil, on bascule dans son imaginaire qui nous plonge au cœur de ce roman noir et fantastique publié en 1923.

La_Poupee_Sanglante-A3_Huchette__©Fabienne-rappeneau_@loeildoliv

L’action se passe à Paris, à quelques encablures du théâtre, dans une échoppe sise au cœur de l’île Saint-Louis où vivent Norbert(remarquable Edouard Thiebaut), le vieux Horloger, sa fille, la très jolie Christine (lumineuse Charlotte Ruby) et son futur gendre (épatant Alexandre Jérôme). Insouciants, le trio disserte du quotidien. Ils sont loin de se douter que le relieur qui habite la maison d’à côté, le très laid Bénédict (interprété aussi par Edouard Thiebaut) les épie sans relâche. Envoûté par les charmants attraits de sa douce voisine, il cherche un moyen d’attirer son attention. Malencontreusement, il est le témoin de faits insolites et curieux. La donzelle semble en effet s’être amourachée d’un étonnant et très beau colosse qui répond au nom de Gabriel, et dont l’existence cachée ne semble en rien naturelle.

Quand le destin va enfin réunir la belle et la bête, les éléments extérieurs vont se déchaîner, les phénomènes étranges se multiplient et les morts s’amoncèlent. Face à ce déluge d’évènements, nos deux protagonistes se jettent à corps perdu dans une quête de la vérité qui les mènera aux portes du surnaturel.

Maître du suspens et des aventures extraordinaires, Gaston Leroux ménage ses effets et multiplie à l’envie les rebondissements et les fausses vérités pour mieux surprendre ses lecteurs et les embarquer dans un monde étrange, sombre, mais illuminé d’un humour fin, discret et salvateur. En digne héritier, Didier Bailly et Eric Chantelauze s’approprie ce roman fantastique en l’adaptant en un « musical » burlesque absolument exquis. S’amusant des situations cocasses, amplifiant le second degré, ils signent un spectacle savoureux où l’angoisse cède rapidement sa place aux rires, l’obscurité à une radieuse hilarité. Afin de maintenir le rythme soutenu de l’intrigue, ils ont d’ailleurs opté pour une scénographie ramassée et simple. Tout se fait à vue.

En Benédict, Edouard Thibaut joue des contrastes. laid en apparence, il se révèle sur le long court touchant et fragile © Fabienne Rappeneau

Ainsi, d’un objet, d’une attitude, d’un accent, Alexandre Jérôme se transforme sous nos yeux ébahis  de gendre idéal en marquise évaporée et souffreteuse, d’homme du peuple en marquis imbu de lui même et de son charisme. Impressionnant de dextérité, il est irrésistible et ses mimiques saisissantes déclenchent les rires à tous les coups. Qu’elle soit une servante gouailleuse propageant rumeurs et ragots ou une jeune fille bien élevée, Charlotte Ruby est divine. Alliant charme et fantaisie, elle fait vibrer tous les personnages qu’elle incarne. Quant à Edouard Thiébault, il est au diapason. Impressionnant en homme machine, il se fait laid pour se glisser dans la peau de Bénédict tout en gardant une douceur troublante qui fera battre le cœur de la jolie Christine. Enfin, pianiste et auteur, Didier Bailly ne se prive pas d’intervenir utilisant son humour pince sans rire pour notre plus grand bonheur.

Emporté par l’intrigue de ce polar burlesque, conquis par un trio de comédiens épatants, le public sort, du théâtre de la Huchette, euphorique et bien heureux… Cette comédie estivale est un vrai bol d’air à découvrir et déguster sans délais…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Affiche_LaPoupee_Sanglante-A4_Huchette_@loeildoliv
Durant l’été, le théâtre de la Huchette est le théâtre d’une aventure fantastique et horrifique tirée de l’œuvre de Gaston Leroux, La Poupée sanglante

La poupée sanglante de Gaston Leroux
Théâtre de la Huchette
23, rue de la Huchette
75005 Paris
Jusqu’au 27 août 2016
Du mardi au samedi 21 h, séance supplémentaire le samedi à 16h
Durée 1h30

Adaptation de Didier Bailly et Eric Chantelauze
Mise en scène d’Eric Chantelauze
avec Charlotte Ruby, Didier Bailly, Alexandre Jérôme, Edouard Thiebaut

Crédit photos © Fabienne Rappeneau

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