Un homme qui fume…, dinguerie familiale

Print Friendly, PDF & Email
AFF-la-manufacture-avignon-1_@loeildoliv

A la Manufacture, le Collectif bajour donne aux tragédies antiques des airs de modernité

Le paternel vient de mourir. La fratrie de huit enfants se retrouve pour un dernier adieu. Très vite, les tensions font exploser le peu d’entente cordiale qui règne au sein de la maisonnée et révèlent les drames enfouis depuis longtemps. En s’intéressant à ces petits riens, ces secrets qui constituent les liens familiaux, le collectif Bajour trouve une matière hautement théâtrale et signe une comédie sociétale satirique des plus délectables.

Le jeune homme (étonnant Julien Derivaz), qui vérifiait les billets à l’entrée de la salle, investit la scène. Il harangue le public, lui demande si la pièce a commencé. Est-on d’ailleurs vraiment sûr de cela ? Brisant le fameux quatrième mur, il s’amuse des réactions des spectateurs et les entraîne imperceptiblement à plonger dans l’univers foutraque d’une famille tuyau de poêle. L’un après l’autre, les sept autres membres de la fratrie envahissent le plateau. Tous se battent pour profiter de l’unique bassine d’eau qui leur permet de se laver. L’ambiance est tendue.

Des années plus tard, tous se retrouvent dans la maison qui les a vus grandir. Leur père est mort. Si trois d’entre eux sont restés à Chollet, les autres ont fui depuis plusieurs années cette ville, leur famille, leurs attachés. Les rapports se sont distendus. Plus étrangers que frères et sœurs, ils retrouvent leurs marques, se rappellent du bon vieux temps. Une ombre cependant plane dans les airs. L’une des sœurs n’est plus là. Personne n’ose vraiment en parler. Pourtant, très vite, le secret de sa disparation obnubile leurs pensées et réveille de douloureux souvenirs.

un_homme_qui_fume_©nicolas_joubard_4_@loeildoliv

Le collectif Bajour joue à la famille parfaite © Nicolas Joubard

Décortiquant les rapports sociaux au sein d’une fratrie, le collectif Bajour esquisse avec humour et autodérision le portrait satirique d’une société corsetée dans ses principes, ses règles. Issus des bancs de l’école du Théâtre national de Bretagne, les huit comédien.ne.s utilisent les principes qu’on leur a enseignés pour mieux les détourner et changer la donne du théâtre de demain. Interrogeant le monde qui les entoure, questionnant l’art vivant, à l’instar des autres collectifs nés ces dernières années, tels les Bâtards dorés, le Grand Cerf Bleu, O’so ou le Royal Velours, ils repensent le théâtre de demain. Refusant les artifices technologiques, ils reviennent au tréteau. Riches de leurs expériences, ils déclinent en matière dramaturgique leur regard sur l’actualité, la société et la politique.

Sous couverts de conter l’histoire d’une fratrie, nos huit comédien.ne.s – auteur.e.s parlent, avec franc-parler et verbe ciselé, de vie, d’amour fraternel, d’intimité. Ils n’éludent en rien les sujets les plus glauques, les plus noirs et nous entraînent dans une ronde folle où les ressentiments, les inimitiés et les affections se croisent et s’entremêlent joyeusement, intensément.

Dans le décor ouaté et chaleureux imaginé par Hector Manuel, comédien épatant, la troupe talentueuse et virtuose s’amuse et livre par bribes le récit collectif d’un drame familial. Orchestrant avec ingéniosité et vivacité, solo, duo ou scène de groupe, Leslie Bernard donne vie à une famille singulière autant que banale. Bravo !

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Un homme qui fume c’est plus sain du Collectif Bajour
Festival d’Avignon le OFF
La manufacture – Patinoire
2bis, rue des écoles
84000 Avignon
Jusqu’au 26 juillet 2018
Tous les jours à 11H50, relâche le 12 et 19 juillet 2018
Durée 1h55 transport navette compris

Mise en scène de Leslie Bernard
Avec Leslie Bernard, Julien Derivaz, Matthias Jacquin, Hector Manuel, Joaquim Pavy, Georges Slowick, Alexandre Virapin, Adèle Zouane
Collaboration artistique : Matthias Jacquin
Création lumière : Julia Riggs
Création sonore : Louis Katorze
Scénographie de Hector Manuel

Vous souhaitez partager un commentaire?