Un dimanche avec Ralph Fiennes

Faute de pouvoir profiter du soleil dominical, confinement oblige, la vie de Noureev visitée par Ralph Fiennes s’invite dans le salon. Une après-midi printanière emplie de bien belle réminiscence. 

Dimanche midi, alors que je déjeune, mon ami le chat se passionne pour les entrechats qui s’impriment sur l’écran télé. Ne pouvant sortir, j’ai décidé de visionner l’excellent film de Ralph Fiennes sur Rodolphe Noureev. Et les souvenirs défilent. En cette période de confinement, ils sont là toujours prêts à intervenir. Cette armée des ombres surgit du passé, nous aide à vivre le présent, dans l’attente de ces fameux lendemains qui chantent. 

Fiennes à Paris

Mes pensées vagabondent. Ma rencontre avec Ralph Fiennes se rappellent à ma mémoire. Je ne suis pas certaine qu’il s’en souvienne mais j’aime à m’imaginer qu’elle l’ait marqué. Nous étions en 2005, l’acteur du Patient Anglais était venu à Paris, au Théâtre de Chaillot, jouer en V.O., Jules César de Shakespeare, dans une mise en scène de Déborah Warner. Un spectacle événement qui en soit ne m’a pas beaucoup marquée en tant que spectatrice de théâtre. Mais bon, …j’avais vu Ralph Fiennes en chair et en os sur une scène parisienne.

Une belle soirée

Quelques jours après, je sortais du Studio des Champs-Elysées, où nous fêtions la 100e représentation de Soie de Baricco, mise en scène brillamment par Christophe Lidon, avec le « beau » Samuel Labarthe. La fête avait été gaie. D’humeur joyeuse, j’étais des dernières à partir, une habitude que bien d’entre vous me connaissent et qui a ces avantages. Nous étions, la charmante Viviane Elbaz, directrice du Studio des Champs-Elysées, Samuel Labarthe et Stéphane Cottin en train de nous séparer, lorsque nous vîmes surgir de la place de l’Alma, une horde, non un essaim de jeunes filles proche de l’hystérie. Nous nous sommes regardés à la fois amusés et intrigués. 

Une rencontre inattendue

C’est alors que je reconnais perdu Parmi ces amazones, un petit bonhomme. Et oui, il n’est pas grand de taille. Je dis à mes compagnons, « La vache c’est Ralph Fiennes ». Et devant eux, totalement ébaubit, voilà que je me jette aux genoux de l’acteur en disant dans ce que je voulais être mon meilleur anglais mâtiné d’accent parisien « I love you ». Viviane, Samuel et Stéphane n’en croyaient pas leurs yeux, Ralph non plus je vous rassure. Comme je parle l’anglais encore moins bien qu’une vache espagnole, j’ai réussi à lui dire dans un parfait charabia, que j’étais Marie-Céline Nivière du Pariscope. Ce nom rassura le comédien, qui me répondit « Pariscope, I know ! » Sur quoi je renchéris avec aplomb « Pariscope, it’s me ». Et comme à l’époque je faisais collection de baisers sur ma joue, je récoltais un sobre kiss. Je présentais Samuel Labarthe à Ralph, mon nouvel ami, en lui expliquant qu’il était un de nos « great french acteur » et Viviane Elbaz comme une grande directrice de théâtre. Fiennes repartit totalement sonné par cette rencontre improbable, suivit de sa horde. Quant à mes camarades, morts de rire, ils me traitèrent gentiment de douce foldingue.

Noureev en commun

Cela s’était passé devant le Théâtre des Champs-Elysées, là où 1978, j’avais vu danser le grand Rodolphe Noureev. Une amie de mes parents, sachant combien nous aimions les ballets, nous avait invité ma sœur et moi. Nous étions alors des fans du jeune prodige de l’Opéra de Paris, Patrick Dupont, dont les pirouettes nous émerveillaient. Donc de voir le grand Noureev, c’était l’extase. Or, voilà, à cette époque, terminés les grands sauts. Le programme était costaud pour une jeune adolescente de 14 ans, cela s’intitulait Moments / Déjà vu / Glances et c’était dans le cadre du Festival d’Automne. C’était beau mais trop pointu et j’ai fini par m’endormir sur l’épaule de mon voisin qui n’était autre que le beau Laurent Mallet, ou son jumeau Pierre.

Noureev, je pense à chaque fois à le saluer lorsque je me rends au cimetière russe de Sainte-Geneviève des Bois, la où sont enterrés mon père, ma mère et ma petite sœur. Entre les bouleaux et cette atmosphère slave, au bout d’une allée, se dresse son magnifique tombeau orné d’un tapis kilim en céramique, œuvre de Ezio Frigerio

Marie-Céline Nivière

Le patient anglais d’Anthony Minghella, sortie en 1997.

Jules César de Shakespeare, mise en scène de Déborah WarnerThéâtre national de Chaillot, première le 25 mai 2005.

Soie d’Alessandro Barrico, mise en scène de Christophe LidonComédie des Champs-Elysées, première le 11 février 2005.

Moments / Déjà vu / Glances de Murray Louis, avec Rudolph NoureevThéâtre des Champs-ElyséesFestival d’Automne à Paris édition 1978.

Crédit photos © Dick Thomas Johnson-Wikimedia Commons, © Mars Distribution, © DR et © Allan Warren – Wikimédia Commons

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