Tonie Marshall, Au plus près du Paradis

Unique réalisatrice à être auréolée d’un César, Tonie Marshall a tiré sa référence ce jeudi 12 mars 2020, au matin. Fille de la comédienne Micheline Presle, complice récemment de Jean-Paul Gauthier sur son Fashion Freak Show, la blonde et souriante artiste a marqué le monde du cinéma par la finesse et la causticité de son regard.  

Le gris a envahi le ciel. Le brouillard a gagné la terre. La journée s’annonce bien triste. Le rire éclatant de Tonie Marshall ne résonnera plus sur les tapis rouges des avant-premières, sur les plateaux de télévision. Sa bonne humeur communicative s’en est allée. L’espiègle réalisatrice a succombé suite à une longue maladie. 

Fille de...

Frimousse, plutôt discrète, Tonie Marshall est une enfant de la balle. Elle a grandi à deux pas du cinéma d’art et d’essai le Studio des Ursulines, dans le 5e arrondissement de Paris. De sa mère, Micheline Presle, elle a le regard, le charme piquant. De son père, l’acteur, réalisateur et producteur américain William Marshall, un je-ne-sais-quoi dans la forme du visage, un goût pour la mise en espace, pour le travail derrière la caméra. 

Une jeune comédienne

C’est en 1972 que sa frimousse, discrète autant que rieuse, fait sa première apparition au cinéma au côté de Deneuve, de Mastroianni et de sa mère bien-sûr, dont elle a toujours été proche. Sous la direction de Jacques Demy, Elle joue les présentatrices dans ce film singulier et subversif où un homme est enceint, L’Événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la Lune. Les débuts sont prometteurs. Elle enchaîne les petits rôles, les apparitions. Des Sous-Doués de Zidi à Palace de Ribes, son visage devient familier. On retient un côté fantasque, une présence chaleureuse. 

Un petit tour par le théâtre

Habituée des caméras, elle est montée cependant en quelques occasions sur les planches. Après avoir rejoint en 1974, la troupe du Théâtre Populaire de Reims de Robert HosseinTonie Marshall remplace un temps Marie-Anne Chazel dans la pièce à succès, Le Père Noël est une ordure. Elle fait sensation dans le rôle de Zézette. Plus récemment, en 2011, elle foule la scène du Petit Marigny dans L’Amour, la mort, les fringues de Nora et Delia Ephron, mis en scène par son amie Danièle Thompson. Mais c’est en tant que metteuse en scène, qu’elle fait sensation l’an passé en aidant Jean-Paul Gaultier a monté son Fashion Freak Show, un biopic musical, qui vient d’être présenté en Russie, après être resté près d’un an à l’affiche des Folies Bergère. 

Une réaliste sensible

C’est en coulisses qu’elle révèle son plus précieux talent. Ciselant les personnages, s’amusant des petits tracas du quotidien, Tonie Marshal signe plusieurs scénarios qui ont marqué les années 1990 et 2000. Comment ne pas se souvenir d’Anémome dans letrès rock et très touchant Pas très catholique, de Nathalie Baye, son actrice fétiche dans Enfants de Salaud, dans Venus Beauté (Institut), dans France boutique. Sa marque de fabrique, un regard féminin, féministe sur le monde. La plupart de ses personnages sont des femmes confrontées au regard des hommes. Elle brocarde avec une douce ironie la société française. Elle touche au cœur, à l’âme parfois. Ce parcours éclectique, sa maîtrise de la caméra, de ses sujets, lui vaut en 2000 la consécration suprême : Le césar de la réalisation, titre prestigieux, qu’elle est actuellement la seule femme à avoir obtenu. 

Adieu, donc 

Sa silhouette gracile, son humour, son rire restera pour longtemps ancré dans nos mémoire. Sa présence singulière unique hantera un temps les salles obscures. Elle est à jamais la première femme à avoir été sacralisée par le monde du cinéma. Délicate, discrète, elle L’a été toute sa vie. Elle s’en est allée avec la même grâce, la même dignité. Au revoir Madame…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Crédit Photos © Warner Bros. et © Georges Briard / Wikimedia Commons

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