Par amour de sa terre natale

A Taiwan, de nombreux adolescents, jeunes adultes, pour parfaire leurs études, sont obligés de quitter leur région, la terre de leurs ancêtres pour aller étudier à Taipei. Vécu souvent comme un déracinement, ce sentiment intime, étrange, sert de matière à 038, spectacle proposé par la compagnie Kuo-Shin Chuang Pangcah Dance Theatre dans le cadre de Taiwan in Avignon 2019. Rencontre avec le chorégraphe Kuo-Hsin Chuang.

Pourquoi cet éloignement est-il douloureux ?

Kuo-Hsin Chuang: La plupart des gens quittent leur terre natale parce qu’il n’y a pas beaucoup d’emplois dans leur ville, qu’il y a peu d’université. Pour vivre, se former, ils sont souvent obligés d’aller à la capitale pour avoir plus de possibilités de travail, ou tout simplement pour poursuivre leurs études. Dans ces conditions très particulières à notre pays, mais pas que, ils n’ont pas d’autre choix que de partir, s’éloigner des leurs, même si souvent c’est à contre cœur. 

Pourquoi l’attachement à la terre est si important dans votre culture ? 

Kuo-Hsin Chuang : Quand nous vivons dans d’autres villes, nous pensons naturellement à nos racines, à nos familles restées là où nous avons grandi. À ce moment-là, un sentiment d’identité nait en nous, un brin nostalgique. Je pense bien-sûr que ce n’est pas uniquement taiwanais comme sensation. C’est plutôt universel et tout particulièrement pour les gens nés dans des lieux, des provinces isolés, qui n’ont pas d’autres solutions que de quitter ces endroits familiers pour de plus grandes villes plus impersonnelles mais où les opportunités sont plus importantes pour avancer, évoluer. 

Que souhaitiez-vous dire notamment en élargissant le propos bien au-delà de la sphère spécifique à Taiwan en parlant du rapport au pays natal quel que soit ses origines ?

Kuo-Hsin Chuang : Comme je vous le disais, je pense que ce sentiment est loin d’être spécifiquement taiwanais. C’est un problème mondial, global, qui est peut-être exacerbé dans notre culture, notre rapport à la terre, à nos ancêtres. Par exemple, les gens vivant dans des pays pauvres rêvent d’aller vers des ailleurs plus cléments, plus riches. C’est pour beaucoup une question de survie. C’est un peu de tout cela qui m’a donné envie de créer 038, nombre qui fait référence à l’indicatif téléphonique de la région de Hualien, sur la côte est de Taïwan.

Par ailleurs comment avez-vous travaillé pour mettre en mouvement ces sentiments de déracinement ? 

Kuo-Hsin Chuang : En fait, j’ai créé cette danse et en même temps j’ai discuté avec mes interprètes. Comme on dit au théâtre, c’est une écriture au plateau qui est à l’origine de ce spectacle qui se nourrit de l’expérience de chacun. Nous nous sommes inspirés de gestes familiers, comme le mouvement pour prendre le train, ou le processus d’attente sur le quai de la gare, etc. Depuis longtemps, j’ai inscrit ma compagnie dans la danse contemporaine, mais bien évidemment elle se nourrit de danses traditionnelles rituelles. Après tout, nous sommes des Aborigènes, nous le revendiquons. C’est notre identité, elle transparait forcément dans notre processus créatif. Si elle n’est par le cœur du spectacle, certains mouvements, enchaînements en sont bien évidements inspirés. 

Propos recueillis par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Avignon


O38 deKuo-HsinChuang
Festival d’Avignon le Off
Taiwan in Avignon 2019
Condition des soies
13, rue de la Croix
84000- Avignon
Jusqu’au 28 juillet 2019(relâches10, 17 et 24 juillet 2019)
Durée 40 min


Chorégraphe de Kuo-HsinCHUANG
Avec Yi-Fan KAO, Iciyang NAMOH, TiHUNG, Chih LIN, Sawmah KAROH, Yu-Yuan WANG, Jing-Ru WU
Lumières de David BALL

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