Oh boy !, déjà 10 ans

Avec plus de 800 représentations, dont certaines à Broadway, auréolé du Molière jeune public en 2010, l’adaptation théâtrale du roman de Marie-Aude Murail signée Catherine Verlaguet, fête ses dix ans en beauté au Monfort théâtre. Dirigé par Olivier Letellier, Lionel Lingelser brûle littéralement la scène. Un bijou sensible, drôle, bouleversant ! 

Alors que la salle plonge dans le noir, les jeunes élèves des collèges voisins surexcités hurlent à tout va. Sur scène, à peine éclairée, une ombre apparaît. Les cris redoublent. Puis, le silence se fait. Silhouette, longiligne, voix grave, le jeune homme, en pleine discussion intérieure, impose sa présence. Il parle de combats, de luttes, de changements de vie. Cet étrange prologue va bientôt prendre tout son sens. Pour l’instant, il interroge, questionne.

Au centre de l’immense plateau, à peine éclairée, une simple et vieille armoire en bois trône. Elle est le témoin intime d’une histoire de famille singulière. Celle des Morlevent. Barthélémy (éblouissant Lionel Lingelser – en alternance avec Guillaume Fafiotte, Lionel Erdogan et Matthew Brown), un jeune homme de 26 ans, homosexuel et jouisseur, se trouve, dans l’obligation de s’occuper de son demi-frère Siméon et de ses demi-sœurs Morgane et Venise, suite au décès de leur mère. Un peu perdu, irresponsable sur les bords, il conte avec truculence, le récit de cette rencontre. Touché par ces gamins, accumulant les mensonges, les bévues, les faux pas, il va vite s’attacher à eux. 

Avec beaucoup d’humour, d’intelligence, la romancière Marie-Aude Murail s’empare de sujets délicats comme la perte d’un parent, la maladie, l’homosexualité. Sans jamais tomber dans le pathos, elle livre une magnifique leçon d’humanité. S’appuyant sur un dispositif fort simple, une armoire, quelques accessoires, des livres, des poupées et un jeu de lumières particulièrement soigné, Olivier Letellier donne vie, par sa mise en scène épurée, sensible, vive, à ce conte moderne. Il touche juste petits et grands. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer avec quelle attention le spectacle est reçu. Concentrés sur l’histoire, les adolescents en oublient de parler à leur voisin. Ils se laissent emporter abandonnant préjugés et aprioris.

Les rires fusent, les larmes aussi. Sérieux autant que fantasque Barthélémy, le grand frère, conquit les cœurs, amuse la galerie. Dans ce rôle d’ « adulescent » obligé de prendre en main la destinée de trois enfants, Lionel Lingelser est tout simplement remarquable. Tête d’enfant espiègle, corps d’athlète, il se démène comme un beau diable, joue sur la corde du sensible, comme sur celle de la dérision. Présence scénique unique, lumineuse, interprétation toute en nuance, le jeune acteur, qu’on a pu voir dans Price, il y a deux ans, ou dernièrement dans 40° sous zéro – pièce du Munstrum théâtre, mise en scène de Louis Arene et présentée au Monfort du 20 au 30 novembre 2019., fait partie des surdoués de sa génération. Un nom à retenir, une gueule qu’on n’est pas près d’oublier. 

Alors foncez voir Oh Boy ! et quel que que soit le comédien, vous serez forcément secoué et ému par cette histoire familiale, cette tragicomédie savoureuse.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Oh boy ! d’après le roman de Marie-Aude Murail
En partenariat avec le Théâtre de la Ville
Monfort théâtre
106 rue Brancion
75015 paris
Jusqu’au 19 octobre 2019
Durée 1h00

adaptation de Catherine Verlaguet
mise en scène d’Olivier Letellier
avec en alternance Lionel Erdogan, Guillaume Fafiotte, Lionel Lingelser et Matthew Brown
création lumières de Lionel Mahé
création sonore de Mikael Plunian
régie de Laurent Labarrère

Crédit Photos © Christophe Raynaud de Lage. c’est le comédien Lionel Erdogan qui est représenté.

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