Couv_Satie_Pierre_Notte_Visuel 4_© Thomas Bartel_@loeildoliv

Night in white Satie, l’hommage fou de Pierre Notte au compositeur honfleurais

Les notes comme les mots surgissent de nulle part en un flot ininterrompu, incongru, singulier formant étonnamment partitions, réflexions, ou pensées. Quelques gestes saccadés, quelques phrases énoncées, ou mélodies susurrées, et c’est tout Satie qui revit. Portée par une troupe burlesque qui danse, chante et joue à la folie, cette gourmandise imaginée par le fascinant Pierre Notte se savoure avec  plaisir et délectation.

Du fond de la scène, une étrange silhouette sort de l’ombre. Femme clown (épatante Anita Robillard), portant tutu noir, elle harangue le public de sa voix sonnante qui détache les mots, les syllabes. Personnage imaginaire, elle semble tout droit sortie d’un conte burlesque, surréaliste. Avec sérieux, elle jette dans l’espace tout de gris tendu des mots, des phrases, des assertions et donne vie à la pensée bouillonnante, absurde de Satie. Très vite, elle est rejointe par d’autres compères. Tout d’abord, un comédien (éblouissant Nelson-Rafaell Madel), costume sombre, sourire espiègle, puis une pianiste virtuose (excellente Donia berreri), à cheval sur la prononciation des noms de famille des compositeurs célèbres, fait son entrée. C’est ensuite au tour d’un comédien danseur, un brin naïf (ténébreux Kevin Mischel), aux mouvements hypnotisants, répétitifs. Enfin, apparaît la chanteuse (flamboyante Nicole Croisille), diva décalée à la voix d’or.

Tout ce petit monde investit l’espace. Chacun, son tour prend la parole et donne corps à l’univers « barré » du compositeur. De digressions en ellipses, d’incongruité en grivoiserie, petit à petit, le conte imaginé par l’enchanteur Pierre Notte, pour rendre hommage au grand homme, prend forme sous nos yeux ébahis. Mêlant ses textes pleins de fantaisie et de poésie à ceux décalés, loufoques d’Erick Satie, il signe un spectacle déroutant, envoûtant, un feu d’artifice de mots et de notes burlesques, singulières.

Si l’étrangeté du répertoire Satien déroute les néophytes, après quelques envolées musicales tirées de ces morceaux les plus connus – Gymnopédies, Musiques gnossiennes, Trois morceaux en forme de poire, etc – on se laisse totalement embarquer dans la vie du compositeur, découvrant ainsi sa passion passagère pour la peintre et muse Suzanne Valadon, ses amitiés pour Picasso, Picabia, son admiration pour Debussy, ses jeux de mots particuliers, son amour pour Montmartre et sa Normandie natale, dans sa pensée surréaliste, cynique et drolatique .

Satie_Pierre_Notte_Visuel 5_© Thomas Bartel_@loeildoliv

Très vite, grâce à une troupe d’artistes haute en couleur et au talent lyrique de Pierre Notte, l’esprit brumeux, complexe de Satie devient plus limpide, plus abordable. Nicole Croisille, qui n’a rien perdu de sa gouaille, de sa verve, ensorcelle de sa voix sublime, cristalline. Kevin Mischel enflamme l’espace de sa présence animale. Donia Berriri est fabuleuse en pianiste à l’humour pince sans rire. Anita Robillard est facétieuse et spirituelle en être multiple, décalé. Enfin, Nelson-Rafaell Madel irradie l’espace. Enjôleur irrésistible, baladin inénarrable, il fascine et séduit par son jeu tout en subtilité et finesse.

Laissez-vous tenter par ce Night in white Satie, un ovni théâtral fantasmagorique, un bijou éclatant qui vous emportera dans un voyage immobile aux confins de l’absurde.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Affiche Night in white Satie_@loeildoliv

Night in White Satie de Pierre Notte
Festival d’Avignon Le Off
Théâtre du Balcon
38, rue Guillaume Puy
84000 Avignon
jusqu’au 30 juillet 2017
tous les jours à 22h15 relâches les 11, 18, 25 juillet 2017
Durée 1h25

Mise en scène de Pierre Notte
avec Nelson-Rafaell Madel, Nicole Croisille, Kevin Mischel, Donia Berriri, Anita Robillard

Crédit photos © Thomas Bartel

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