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Mythos, l’imaginaire au cœur de la ville

Offrant à plus d’une centaine d’artistes une tribune, la 23e édition de Mythos à Rennes fait la part belle à la parole, aux mythes antiques, aux fables contemporaines. Concerts, performances, pièces de théâtre, lectures, l’art vivant a été à la fête dix jours durant dans la capitale bretonne. Retour sur un festival vibrant

C’est dans les jardins du Thabor, en plein cœur de la cité rennaise, qu’est installé le cœur battant de Mythos. Entre les chapiteaux installés pour l’occasion, on peut boire, manger, échanger sur les spectacles vus dans la journée et écouter de la musique live. C’est ça l’esprit voulu par les deux codirecteurs, Mael Le Goff et Emilie Audran, pourvoir partager dans la bonne humeur, rêver à d’autres contrées imaginaires et se restaurer grâce au 70 chefs qui sous l’appellation les Toqués de Mythos, parrainés par Yves Camdebord, régalent tous les jours les papilles des festivaliers. Sous le slogan, « trop de plaisir », cette 23e édition fut riche en moments forts, en émotions et en découvertes. 

L’occasion pour beaucoup de découvrir, la légende revisitée de Callisto et Arcas de Guillaume Vincent, habité par l’extraordinaire duo, Vincent Dedienne et Emilie Incerti Formentini, d’entendre l’art de L’Eloquence à l’Assemblée par Joyestarr, de plonger dans les coulisses des marchés financiers avec £Y€$ de la Compagnie belge Ontroerend Goed (cet été au Festival d’Avignon), ou de se laisser totalement subjuguer par l’étrangeté granguignolesque de40° degrés sous zéro (en juillet à La manufacture), dernière création totalement déjantée du Munstrum théâtre

Mythos, c’est aussi l’opportunité d’appréhender différemment le spectacle vivant, en assistant notamment à différentes étapes de travail de spectacle en devenir, de créations en cours comme celle d’Adèle Zouane ou bien le Jason et les argonautes de Pépito Matéo. S’emparant du célèbre mythe de la toison d’or qu’ils revisitent, le comédien conteur et ses comparses d’écriture, Nicolas Bonneau, Alain Le Goff et Armel Gourvennec propose à cinq jeunes artiste sélectionnés dans le cadre de ce nouveau parcours collectif, de donner vie à ce héros qui connu une gloire flamboyante avant d’être oublié de tous. SDF antique qui se réfugie dans la carcasse délabrée de son ancien navire l’Argo, Jason doit sa perte à l’amour d’une seule femme, la sorcière Médée qui sacrifia son honneur, ses proches pour un homme trop ambitieux qui la délaisse pour une péronnelle plus jeune, plus riche qu’elle. Contant joliment, drôlement, cette histoire qui a de fortes résonnances dans le monde actuel, Sarah Kristian, Juan Mino, Delphy Murzeau, Fabien Rasplus et Noé Rimbert entraînent leur auditoire loin de la Villaine vers d’autres rivages où l’ascension facile, la forfanterie précipite la chute. 

Pour d’autres artistes comme Nicolas Petisoff, c’est le moment de se lancer, d’offrir un peu de lui-même, en présentant au théâtre de la Parcheminerie, Parpaing, le récit d’une vie, la sienne lors d’une lecture théâtralisée. Enfant adopté, homosexuel, en quête d’identité, l’artiste se livre sans fard, avec beaucoup d’humilité, de tendresse, d’humour et de verve, dans un seul-en-scène en construction. Touchant, captivant, il nous entraîne au plus près de ses émotions, de ses douleurs, de ses joies, de ses peines. Un moment délicat qu’on a plaisir à partager avec ce lumineux comédien et qui devrait au fur et à mesure du processus créatif prendre encore plus de densité, de corps. 

Au-delà des textes, Mythos permet d’aller à vers d’autres réalités, d’autres cultures. Avec le projet performatif Radio live, Aurélie Charon et Caroline Gillet sillonnent le monde à la rencontre de jeunes du monde entier afin d’écouter leurs histoires singulières autant que plurielles. À trop entendre d’autres s’exprimer à leur place, les trois artistes ont décidé de donner à la parole à toute une génération de jeunes adultes âgés de 20 et 30 ans, qui à trop subir les règles imposées par plus vieux qu’eux, ont décidé de ne plus se laisser faire et d’agir. C’est le cas d’Amir Hassan qui a grandi à Gaza avant de fuir en France, d’Heddy Salem, né dans les quartiers nords de Marseille, régentés par des gangs particulièrement violents, d’Ines Tanovic-Sijercic qui après avoir connu la guerre en Yougoslavie, tente de se reconstruire dans Sarajevo profondément divisée ou encore de Sumeet Samos, un jeune rappeur, issu de la caste des intouchables, vivant à New Delhi, rêvant de mettre fin à ce système ancestral. Mêlant habilement paroles, souvenirs, images créées en direct par Amélie Bonnin et musique live jouée par l’excellent groupe Catastrophe, Radio Live touche par l’humanité qui se dégage de ces êtres abîmés, mais atteint malheureusement ses limites faute d’en théâtraliser totalement la forme. 

Mythos, c’est aussi du son et du bon. L’offre est particulièrement exhaustive d’autant que plusieurs artistes font le show chaque soir. De Peter Doherty à Lou Doillon, de Gaëtan Roussel à Miossec, en passant par Juliette, Jeanne Added ou Fakear, ce sont tous les styles qui se succèdent sur scène et entraînent les festivaliers survoltés jusqu’au bout de la nuit. Salles combles, spectateurs heureux, cette 23e édition, qui s’est achevée le dimanche 7 avril dernier à l’aube est une belle réussite. Vivement l’année prochaine !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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Mythos, Le festival
Du 29 mars au 7 avril 2019
Jardin du Thabor
Rennes

Crédit photos © François Praud, © Mael Le Goff & ©

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