L’opéra de Poulenc magnifié par Py

Créé en 2013 au Théâtre des Champs-Élysées dans une mise en scène magistrale d’Olivier Py, Dialogues des Carmélites de Poulenc, d’après un scénario posthume de Georges Bernanos, est certainement l’une des plus fascinantes, des plus belles productions lyriques de cette décennie. Un Bijou opératique à voir et revoir en streaming sur Arte.tv jusqu’au 19 mai 2020.

La jeune Blanche (lumineuse Patricia Petitbon) est sensible. Fille d’un marquis, elle ne supporte pas la violence du monde qui l’entoure. La Révolution vient d’éclater. Paris est à feu et à sang. Pour préserver sa candeur, protéger ce qui lui reste de naïveté, la pure enfant entre en religion. Elle choisit le plus stricte des ordres, celui des Carmélites de Compiègne. A l’abri derrière les hauts murs du couvent, elle espère ainsi trouver la paix de l’âme et s’éloigner de la Terreur. Peine perdue, dans le cadre froid sinistre des lieux, l’atmosphère est étouffante. Les sans-culottes finissent par forcer les portes, condamnant toutes les pensionnaires à l’échafaud. La novice acceptera-t-elle son destin, affronter dignement la mort, ou fuira-t-elle ?

Une histoire d’outre-tombe

Inspiré de la nouvelle de Gertrud von Le Fort, La Dernière à l’échafaud,Dialogues des Carmélites est avant tout un scénario tout juste achevé en 1948 parGeorges Bernanos avant sa mort. Les dialogues ciselés, le récit de cette oie blanche confrontée à ses tourments intérieurs, mais aussi au pire de la nature humaine, fascinent Jacques Hébertot, qui l’adapte pour le théâtre en 1952. Un an plus tard, le dramaturge Flavio Testi s’en inspire pour créer le livret, qui sert de base à l’opéra de Francis Poulenc, créé en janvier 1957 à la Scala de Milan. Six mois, plus, tard, le compositeur français monte une version française à l’Opéra de Paris. Le succès est immédiat. Quelques que 56 ans plus tard, Olivier Py à la mise en scène et Jérémie Rhorer, à la direction musicale s’en emparent et signent une œuvre sublime et magistrale.

Un opéra Ultranoir

En suivant la découpe très particulière de la partition de Poulenc, Jérémie Rhorer donne corps à cet opéra qui oscille entre solennité toute religieuse, évocation spirituelle et brutalité de la barbarie humaine. Faisant écho aux pensées de la jeune novice, la musique fait le lien entre sensation terrestre et mysticisme céleste. Porté par la religiosité de l’œuvre, Olivier Py joue les contrastes et en illumine les contours sombres. Entraînant la jeune Blanche dans une ronde funeste en noir et blanc, il révèle toute la beauté sacrificielle de ces  femmes immolées sur l’autel de la Terreur sanguinaire.

Grâce et résilience de la femme

Si la Révolution sert de toile de fond, elle n’est pas le sujet traité par Poulenc. Le compositeur place l’endroit dramatique ailleurs, dans l’âme des religieuses, dans le cœur. Femmes vouées à Dieu, elles sont dévorées par la peur qui les ronge. Martyre consentante, Blanche entre en résistance et impose à tous, que ce soit à la mère supérieure qui a fui, ou aux hommes qui la condamnent, courage, pardon et rédemption. Malgré l’horreur, malgré les crimes, la foi en l’humanité est plus forte. Les féminicides sont toujours d’actualité, mais d’autres Blanches ont repris le relais de puis le relais.

Un casting so french

Véritable diamant noir du répertoire opératique, Dialogues des Carmélites version Py vaut autant pour la mise en scène, la direction musicale, que pour la très sombre scénographie de Pierre-André Weitz, pour les lumières ciselées de Bertrand Killy, et pour la distribution cinq étoiles. Du ténor Stanislas de Barbeyrac à l’exceptionnel trio de sopranos – Patricia Petibon, Sophie Koch et Véronique Gens, en passant par les mezzos Sabine Devieilhe et Anne Sofie von Otter, tout est terriblement vibrant et ensorcelant.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Dialogue des Carmélites de Francis Poulenc
Captation faite au Théâtre des Champs-Élysées
Durée 2h20 environ
Visible sur arte.tv jusqu’au 15 mai 2020

direction de Jérémie Rhorer  
mise en scène d’Olivier Py  
scénographie et costumes de Pierre-André Weitz  
lumières de Bertrand Killy

avec Patricia Petibon, Sophie Koch, Véronique Gens, Sabine Devieilhe, Anne Sofie von Otter, Stanislas de Barbeyrac, Nicolas Cavallier, Sarah Jouffroy, Lucie Roche, François Piolino, Enguerrand de Hys, Arnaud Richard et Matthieu Lécroart
 Orchestre National de France
Chœur du Théâtre des Champs-Elysées
Ensemble Aedes direction Mathieu Romano

Crédit photos © Vincent Pontet et © Baus

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