Les rêveries surréalistes de Minyana

Que reste-t-il en mémoire d’une maison depuis longtemps abandonnée ? Des odeurs, d’étranges sensations. Avec humour, dérision et un brin de mélancolie burlesque, Philippe Minyana croque l’histoire d’une famille sur trois générations. Un spectacle décalé, déjanté à savourer sans modération. 

Sur la scène, un piano, quelques chaises. Rien d’autre. C’est une volonté du metteur en scène pour mieux convoquer l’imaginaire de chacun. Dans cet espace dépouillé, éclairé finement par Maryline Alasset, apparait la silhouette noire d’un monsieur Loyal (désopilant Nicolas Ducloux). Après un tour de piste, il laisse courir ses doigts sur les touches noires, blanches de l’instrument. Les notes s’envolent, douces, émouvantes. Une guirlande lumineuse délimite au sol un espace, une véranda, un petit salon ou bien une chambre, tout est possible. 

Habillés de blanc, tenues imaginées par Raoul Fernandez, une danseuse et un homme en costume trois pièces font leur entrée. Virevoltants, légers, ils prennent possession des lieux. Fantômes, âmes errantes ou êtres à la dérive tentant de se raccrocher à un passé définitivement révolu, ils passent de pièce en pièce, se remémorent des instants de vie, des moments joyeux, ou plus tristes. Un geste, une odeur, une pensée, tout revient plus flamboyant, plus lumineux que jamais. 

Nadine (éthérée Catherine Matisse), la fille de la maison, se souvient de son arrivée dans le village quand son père, un sacré personnage, un roc, a eu la riche idée d’ouvrir une épicerie au cœur de ce bassin industriel ; des clientes dont elle se moque avec ses sœurs ; de son amour pour un beau brun, un gars du sud ; de ses enfants qu’elle couve trop ; de la passion qui s’éteint ; du quotidien qui use ; de la fin d’une époque. L’ami (épatant Laurent Charpentier) se souvient des anecdotes, de la douce folie qui règne dans la maison, de ce lien singulier qui le lie à cet endroit ordinaire, fantasmagorique.

Plume enlevée, aérienne, Philippe Minyana dresse le portrait d’une bâtisse, d’une famille, la sienne. Il s’amuse à entremêler les récits, à casser la rythmique, à aller là où on ne l’attend pas. Tel un garçon espiègle retournant sur les lieux de sa jeunesse, il entraîne le spectateur dans une fable burlesque. Refusant toute tristesse, tout chagrin, il conte les peines sans s’appesantir, préférant les teinter d’une folie douce, d’une tendresse joyeuse. Adaptant son texte à la scène, il entraîne le public dans une ronde mémorielle loufoque des plus réjouissantes. Titillant l’imaginaire, les souvenirs de chacun, il signe un spectacle délicat, drôle qui touche juste.

Porté par un trio épatant, hilarant, touchant, 21 rue des sources est une gourmandise à déguster au plus vite. Un coup de cœur exquis ! 

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Nancy


21 rue des sources de Philippe Minyana
La manufacture – CDN de Nancy
10 rue Baron Louis
54000 Nancy
Jusqu’au 11 octobre 2019
Durée 1h15 environ 

Tournée
Le 12 octobre 2019 au Théâtre du Saulcy, Metz (57) 
Du 06 novembre 2019 au 1
erdécembre 2019 au théâtre du Rond-Point, Paris (75) 
Du 30 janvier 31 janvier 2020 à La Comète, Châlons-en-Champagne (51) 
Du 4 au 6 février 2020 au CDN de Normandie, Caen (14) 
Le 07 février 2020 au Théâtre de Lisieux, Lisieux (14) 
Du 04 au 06 mars 2020 au Le Liberté, Toulon (83) 
Le 02 avril 2020 au Théâtre Jean Vilar, Saint-Quentin (02)

mise en scène de Philippe Minyana assisté de Julien Avril 
Avec Laurent Charpentier & Catherine Matisse
Pianiste Nicolas Ducloux
Costumes de Raoul Fernandez
Magie de Benoît Dattez
Scénographie & Lumière de Maryline Alasset

Crédit illustration © Nancy Szenik

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