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León & Lightfoot / Van Manen, le Nederlands Dans Theater étincelle sous les ors de Garnier

A Garnier, le ballet de l’Opéra national de Paris programme trois pièces du Nederlands Dans Theater, dont deux font leur entrée au répertoire. Il rend ainsi un bien bel hommage à l’un des fondateurs de la compagnie de danse moderne et contemporaine basée à la Haye Hans Van Manen, ainsi qu’au duo, Sol León et Paul Lightfoot, chorégraphes résidents de l’institution. Un moment suspendu, intense qui met en exergue la virtuosité de troupe maison.

Univers singulier, ambiance ténébreuse, l’Espagnole Sol León et l’Anglais Paul Lightfoot ouvrent le bal de cette soirée mixte avec Sleight of hand une pièce créée en 2007 au Lucent Danstheatrer à la Haye et faisant son entrée au répertoire. Le ton sombre est donné bien avant que le spectacle ne commence. Un escalier aux marches noirs invite les regards à scruter la fosse d’orchestre, désespérément vide, à imaginer la vie grouillante dans les entrailles obscures de l’Opéra Garnier. Fin du suspense, le rideau se lève dévoilant deux immenses personnages de près de six mètres de haut, un homme portant redingote, une femme semblant tout droit sortie de quelques tableaux d’un maître flamand du XVIIe siècle. Quelques soubresauts animent de temps à autres ces statues vivantes, mélancoliques, ces pantins d’une autre époque. Face à ces présences tutélaires, un jeune danseur au visage fermé (épatant Simon Le Borgne) invoque de sa gestuelle tranchée, créant des mouvements presque géométriques, un bien singulier bestiaire. tout d’abord, une charmante comparse (remarquable Ludmilla Pagliero) tout aussi perdue que lui, un être plus lumineux que les autres (éblouissant Marc Moreau) et enfin un trio d’étranges créatures grimaçantes. Dans ce ballet d’ombres, cette danse macabre, sacrificielle à la grammaire épurée, les corps semblent se débattre avec de bien singuliers démons intérieurs. Soulignée par le leitmotiv lancinant de la symphonie n°2 de Philip Glass, l’écriture acérée des deux chorégraphes alterne en permanence entre froideur et sensualité. L’effet est saisissant, parfois glaçant mais le plus souvent fascinant. 

Autre temps, autre atmosphère, avant de découvrir, Speak for yourself, l’autre pièce de Sol León et de Paul Lightfoot, qui clôture ce programme, c’est un pas de deux de quelques minutes, signé Hans Van Manen, fondateur en 1959, avec Benjamin Harkarvy et Rudi van Dantzig, du Nederlands Dans Theater, qui fait la transition. Transporté par la musique d’Erick Satie jouée en direct par la pianiste Elena Bonnay, un couple (Léonore Baulac et Florian Magnenet) s’enlace, virevolte, prend possession de l’espace selon des lignes strictes, des gestes très structurés très cadrés. Quelques déhanchés, quelques pas glissés viennent en rompre la rigide harmonie et offrent une respiration charnelle à ces Trois Gnossiennes. Malgré de belles images, le jeu des deux danseurs manque d’incarnation pour totalement emporter et donner à cette leçon du maître batave de 86 ans toute sa puissance chorégraphique.

A peine le temps de souffler, le duo phare de cette soirée, qui a fait ses armes dans l’ombre bienveillante d’Hans Van Manen, revient avec un ballet datant de 1999, pour neuf danseurs d’une rare intensité. Seul sur scène, au son de Come out de Steve Reich, un homme fumigène (étonnant Fabien Revillion), moulé dans un justaucorps argenté, dessine dans l’air des arabesques à coup de volutes nuageuses.

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Très vite, il sera rejoint par d’autres âmes errantes, d’autres individus qui, à pas cadencés, envahissent l’espace. Mouvements de bascule, gestes déliés, arrêts nets, tous, hommes, femmes, se laissent guider par les mesures envoûtantes de Johan Sebastian Bach. Puis, une pluie salvatrice tombant des cintres de l’Opéra, vient tout balayer, tout emporter. Glissant sur l’eau, fouettant le sol humide d’un pied tendu à l’extrême, d’un coup sec, les neuf interprètes virtuoses, l’impressionnant Hugo Marchand en tête, ensorcèlent le public avant de disparaître tout à fait, les uns après les autres dans le néant. 

En célébrant Sol León et Paul Lightfoot, l’Opéra Garnier offre une très belle occasion de (re)découvrir le travail chorégraphique du Nederlands Dans Theater, dont la troupe bis se produira dans quelques semaines au théâtre national de danse de Chaillot

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


León & Lightfoot / Van Manen
Palais Garnier – Opéra de Paris
8, Rue Scribe
75009 Paris
Jusqu’au 23 mai 2019
Durée 1h25 avec entracte

Distribution du 26 avril 2019

Sleight of Hand de Sol León et de Paul Lightfoot
Entrée au répertoire
Musique de Philip Glass – Symphonie n° 2 : 2e mouvement (musique enregistrée)
Décor et costumes de Sol León et de Paul Lightfoot
Lumières de Tom Bevoort
Avec Ludmila Pagliero, Eve Grinsztajn, Stéphane Bullion, Simon Le Borgne, Andréa Sarri, Alexandre Boccara, Marc Moreau, Francesco Mura

Trois Gnossiennes de Hans Van Manen
Musique d’Erik Satie
Costumes de Joop Stokvis et de Hans van Manen
Lumières de Jan Hofstra
Piano d’Elena Bonnay
Avec Léonore Baulac et Florian Magnenet

Speak for yourself de Sol León et de Paul Lightfoot
Musique de Steve Reich – Come out (musique enregistrée) – et Jean-Sébastien Bach – L’Art de la fugue, contrapunctus n° 1, 19
Décor et costumes de Sol León et de Paul Lightfoot
Lumières de Tom Bevoort
Avec Ludmila Pagliero, Valentine Colasante, Silvia Saint-Martin, Hugo Marchand, Fabien Revillion, Pablo Legasa, Daniel Stokes, Simon Le Borgne, Andréa Sarri

Crédit photos © Agathe Poupeney

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