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Le chant des Oliviers, une comédie provençale douce-amère

Dans la grande salle du Splendid, flotte comme un air de vacances estivales, de soleil et de Provence. Champs de lavande, odeur d’ail rissolant dans l’huile d’olive, couleurs chaudes et accent chantant du sud invitent à un voyage des sens et des émotions. Autour du plan de travail de la cuisine familiale, secrets de famille, filiation, amour, deuil, choc des cultures, traditions et modernisme, sont les ingrédients de cette comédie pleine de fraîcheur, d’humour et de jolis sentiments. Touchés par la justesse du propos, on est séduit par l’harmonie, la douceur et le charisme qui se dégagent du couple Julia Duchaussoy et Frédéric Quiring et par la fragilité et la chaleur communicative de Jean-Claude Dreyfus… Charmant !…

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Sur le devant de la scène, un énorme bouquet de lavande accueille le public. Sa douce odeur envahit l’espace titillant nos narines, nous emmenant directement au cœur des Alpilles provençales. Installés confortablement dans la salle, on en oublie vite les premiers frimas automnaux pour ne rêver que de la chaleur provençale. Au son des chants des cigales le rideau s’ouvre sur le plan central d’une cuisine familiale. Aux fourneaux, l’imposant Jacques (malicieux, tonitruant et étonnement chétif Jean-Claude Dreyfus) prépare le dîner pour sa belle filleule Léa (charmante et solaire Julia Duchaussoy), qui est aussi la propriétaire du mas. La jeune femme, qui vit à Paris, revient pour quelques jours dans la maison de son enfance. Après le drame – ses parents sont décédés dans un accident de voiture quelques mois plus tôt – , elle retrouve son bourru de parrain pour se ressourcer. Les retrouvailles avec le cuistot à la retraite, « looser » de talent, sont teintées de soleil et de bonne humeur.

Dans ce ciel bleu immaculé, l’orage s’annonce. Des bruits de moteur et de carrosserie se font entendre au loin. Léa ne semble pas être venu seule… Rayonnante, émue et troublée, la jeune femme se lance… L’homme dehors, c’est Fahed (touchant et affable Frédéric Quiring), son futur époux. Français d’origine libanaise, rencontré deux mois plus tôt, il est spécialisé dans la cuisine moléculaire…La rencontre va être explosive. Jacques est un franchouillard, un vieux de la vieille. Il croit au terroir, en la cuisine traditionnelle. Un poil raciste, il est surtout très exclusif quand il s’agit de sa filleule. Qu’un ambitieux, passionné de chimie culinaire, même pas « totalement » Français, vienne marcher sur ses plates-bandes et ses prérogatives, cela a un goût amer. D’autant que se profile pour le vieil homme la perspective de quitter son nid douillet, chasser par les deux tourtereaux, pour des horizons moins enchanteurs…

Très vite le climat devient glacial. Durant un week-end, nos trois protagonistes vont se déchirer, s’appréhender, se jauger, se comprendre et s’aimer. Les secrets se dévoiler, les sentiments s’exacerber, les vérités dites. De la violence des propos, de l’attachement des uns aux autres, de l’immersion de chacun dans l’univers des autres, se dégage un souffle salvateur terriblement humain.

Les mots simples et authentiques de Marilyne Bal, dont c’est la première création, résonnent en nous comme des sons familiers, universels. La mise en scène tout en sobriété d’Anne Bouvier vient souligner le jeu tout en finesse des trois comédiens. Le sourire enjôleur, la colère froide, la fougue parcourant ses veines, l’émotion palpable, les larmes au bord des yeux, Julia Duchaussoy est bouleversante. De son trouble transparaît l’étonnante ambiguïté de sa relation qui l’unit à Jacques. Tout en retenue et douceur, Frédéric Quiring excelle en passionné du monde et de la cuisine. Il sait parfaitement s’effacer devant le lourd passé et passif qui relie les deux autres, tout en laissant sa présence lumineuse réchauffer l’atmosphère et les cœurs.

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Stature impressionnante, figure tutélaire et monstre sacré, Jean-Claude Dreyfus complète cette belle distribution. Derrière la grande carcasse et l’impossible caractère, il cache une belle sensibilité. D’ailleurs, c’est dans la douceur et dans les blessures à fleur de peau qu’il touche au cœur et emporte le public sur la carte du sensible…

C’est dans la beauté des sentiments et dans l’amour pour son prochain que cette jolie comédie douce-amère séduit laissant, longtemps après que le rideau se soit baissé, un parfum de bonne humeur et de bien-être qui continue de nous envelopper…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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Le Chant des oliviers de Marilyne Bal
Théâtre du Splendid
48 Rue du Faubourg Saint-Martin
75010 Paris
à partir du 24 septembre 2015
du mardi au samedi à 19h
durée 1h10

mise en scène par Anne Bouvier
avec Jean-Claude Dreyfus, Julia Duchaussoy et Frédéric Quiring
Décors de Sophie Jacob
Costumes d’Emilie Sornique
Musique d’Hervé Devolder
Lumières de Denis Koransky

Crédit photos © Elsa Chiappini

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