L’art, une thérapie d’émancipation

Au Lucernaire, Jalie Barcilon évoque les zones d’éducation prioritaire en suivant le parcours chaotique d’un jeune homme au bord du décrochage scolaire mais que l’art pourrait sauver. Pavé de bonnes intentions, riche d’idées, la pièce trop démonstrative se perd en digressions et n’arrive pas à incarner, à captiver. 

Qu’est-il arrivé à Tigrane (Soulaymane Rkiba), ce garçon fougueux, en colère contre le monde ? Mal dans sa peau, abandonné par sa mère, mal aimé par son père (Eric Leconte), le Jeune homme a 17 ans et rêve d’ailleurs. Il trouve dans l’attention de sa prof de Français (Sandrine Nicolas), une forme de tendresse qui le touche, le motive. Tentant d’intéresser ses élèves, tous en difficulté, elle leur propose de travailler à partir d’œuvres d’art, d’exprimer ce qu’ils ressentent, ce qu’ils observent. 

Des gravures vertigineuses jouant sur l’art de l’illusion d’Escher aux peintures envoûtantes en clair-obscur du Caravage, elle trouve le moyen d’attirer leur attention, de captiver ses jeunes en manque de repère. De poèmes à peine ébaucher aux dessins tout juste esquissés, Tigrane, malgré les remontrances de son père, ses rejets, s’accroche, se bat, lutte pour plaire à cette enseignante dont la gentillesse ne lui est pas indifférente. Mais rien n’y fait, le lourd passif familial, l’entraîne vers le bas. Seule porte de sortie, la fuite. 

Entremêlant l’enquête sur sa disparation et flash-back reconstituant les événements précédents sa fugue, Jalie Barcilon signe un conte contemporain – dont le texte est lauréat en 2018 du prix Terzieff du Lucernaire – plutôt efficace mais qui, à trop vouloir montrer, démontrer, s’égare sans que jamais vraiment le récit prenne corps. On aimerait pourtant adhérer à cette histoire, cette fable. Tigrane séduit par sa fougue, son énergie désespérée à aimer, à croire en un avenir meilleur. Le jeune comédien Soulaymane Rkiba ne démérite pas, mais n’est pas aidé par une mise en scène qui bien qu’ingénieuse veut en faire trop. Elle noie l’interprétation dans des effets scéniques superflus. 

C’est d’autant plus dommage qu’on souhaiterait soutenir l’engagement et le projet de Jalie Barcilon. Ses bonnes intentions, son désir de mettre dans la lumière les exclus, de raconter de belles histoires, ici celle du sauvetage d’un ado par l’art, a tout pour séduire. Il en faudrait peu pour qu’elle nous saisisse. On lui souhaite de trouver le bon rythme, la bonne approche et de faire de Tigrane, un joli moment de théâtre. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Tigrane de Jalie Barcilon (Editions L’Harmattan)
Théâtre Lucernaire – Le paradis
53 rue Notre Dame des Champs
75006 Paris
Jusqu’au 8 décembre 2019
du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 17h
Durée 1h20


Mise en scène de Jalie Barcilon 
Avec Eric leconte, Soulaymane Rkiba en alternance avec Tigran Mekhitarian et Sandrine Nicolas 
Collaboration artistique de Sarah Siré
Création lumière de Jean-Claude Caillard 
Scénographie et dessins de Laura Reboul 
Création sonore de Sophie Berger 
Création des costumes d’Alexandre Chagnon 
Regard chorégraphique de Thomas Chopin 

Crédit photos © Pauline Le goff

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